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Pourquoi l'objectif de 100.000 bornes de recharge électrique en France n'est pas irréalisable

Avec près de 32.000 bornes de recharge publiques en France début septembre, l'objectif de 100.000 bornes visés par le gouvernement à la fin 2021 reste ambitieux mais ne semble pas hors de portée, selon les acteurs du marché.

La France pourra-t-elle disposer de 100.000 bornes de recharge publiques fin 2021? C'est l'objectif, initialement fixé fin 2022, que le gouvernement a avancé d'un an pour accompagner le plan de relance automobile et donner un coup de fouet à la mobilité électrique.

D'après les derniers chiffres fournis par Gireve, une start-up créée par des acteurs de la mobilité électrique (EDF, Enedis, Renault...), la France comptait début septembre 31.840 points de recharge ouverts au public (voir notre carte interactive), contre 29.854 fin juin. Une hausse de seulement 6,65% qui peut paraître insuffisante pour atteindre l'objectif visé à moyen terme.

"Avec la crise sanitaire, l'installation de certaines bornes a pu être repoussée comme c'est le cas pour de nombreux chantiers", nuance Cécile Goubet, déléguée générale de l'Avere, association pour le développement de la mobilité électrique".

"Une forte accélération des installations début 2021"

Rien de surprenant non plus pour Alexandre Borgoltz, directeur général du fabricant français de bornes de recharge DBT:

"Ce sont des projets d’infrastructures qui se décident et se déploient sur plusieurs mois. Si on pend l’exemple du parking d’une mairie, il faut prendre que le budget soit voté, adapter l’infrastructure électrique, produire la borne et l'installer… ce qui nécessite un certain temps. On peut ainsi prévoir une forte accélération des installations début 2021 le temps que les programmes se mettent en place."

"Il reste près de 70.000 bornes encore à installer"

Pour cet acteur basé à Douai (Nord) et spécialisé, la hausse des installations devrait intervenir plutôt en début d'année prochaine:

"Il reste près de 70.000 bornes encore à installer, c’est le projet le plus ambitieux au niveau européen et un vrai défi : si on compare avec les cinq dernières années, cela représente trois plus de bornes à installer en trois fois moins de temps. Mais la France dispose d’un très bon réseau électrique ce qui est un atout important pour atteindre les 100.000 bornes, la contrainte est plus dans la planification que technique".

Un nombre de bornes à rapporter aux ventes électriques

Avec le décollage des ventes de voitures électriques, la porte-parole de l'Avere insiste de son côté sur le ratio rapportant le nombre de bornes au nombre de véhicules en circulation:

"Les constructeurs ont globalement fait leur travail avec une variété de modèles disponibles, maintenant il faut que les infrastructures suivent. A fin juin, on comptait une borne pour onze voitures électriques (100% électriques et hybrides rechargeables), ce qui se rapproche du ratio préconisé d'une borne pour dix véhicules en circulation. La France n'est pas en retard à ce niveau, se plaçant à la troisième place européenne derrière les Pays-Bas et l'Allemagne", souligne Cécile Goubet.

La recharge publique, c'est à dire en voirie, sur les parkings des centres commerciaux ou encore sur autoroutes, se révèle ainsi importante pour accompagner le développement de la mobilité électrique.

"Faciliter les installations chez les particuliers"

Mais pour l'Avere, il ne faut pas non plus oublier les bornes de recharge à domicile et en entreprise, qui couvrent 90% des besoins des utilisateurs. L'association souhaite ainsi continuer à faciliter et encourager les installations chez les particuliers et dans les copropriétés notamment.

La question du modèle économique se pose également pour le réseau public de recharge:

"Le marché a besoin de beaucoup d’investisseurs pour l’infrastructure de recharge, mais pour qu’il existe un coût théorique intéressant pour ce type d’investissement, il faut un prix du plein d’électricité équivalent au niveau de celui de l’essence ou alors un payback sur 30 ans", nous résumait en mai dernier Laurent Petizon, consultant en charge de l’automobile chez Alix Partners.
https://twitter.com/Ju_Bonnet Julien Bonnet Journaliste BFM Auto