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ZFE: combien de temps pourrez-vous encore rouler à moto dans le Grand Paris?

Dès le 1er juin, les véhicules Crit'Air 4 ne pourront plus circuler dans 79 communes du Grand Paris

Dès le 1er juin, les véhicules Crit'Air 4 ne pourront plus circuler dans 79 communes du Grand Paris - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

Dès le 1er juin, les véhicules Crit'Air 4 ne pourront plus circuler dans 70 communes du Grand Paris. La Fédération française des motards en colère conteste cette mesure et appelle les motards à se rassembler samedi 29 mai.

L'étau se resserre un peu plus en Île-de-France sur les motards. Dès le 1er juin, il faudra montrer patte blanche pour circuler dans la plupart des 79 communes du Grand Paris. Dans cette nouvelle étape de la zone à faible émission (ZFE) métropolitaine, les deux roues Crit'Air 4 (véhicules immatriculés entre le 1er juin 2000 et le 30 juin 2004) et antérieurs ne pourront plus circuler à l’intérieur du périmètre de l’autoroute A86 en semaine de 8h à 20h.

Cette zone inclut non seulement les villes, mais aussi le périphérique et les autoroutes, sauf l'A86. Dans Paris, qui a pris un peu d'avance sur la métropole en termes de restrictions de circulation avec des Crit'Air 4 interdits depuis juillet 2019, les contrevenants peuvent d'ores et déjà être verbalisés.

Début 2021, 67 communes de la Métropole du Grand Paris sont engagées dans la ZFE métropolitaine, sur les 79 de ce périmètre de référence, soit près de 91 % des 5,6 millions d’habitants concernés depuis l’instauration de la première étape.
Début 2021, 67 communes de la Métropole du Grand Paris sont engagées dans la ZFE métropolitaine, sur les 79 de ce périmètre de référence, soit près de 91 % des 5,6 millions d’habitants concernés depuis l’instauration de la première étape. © MGP

Dans deux ans, lors de la prochaine étape, ce sera aux véhicules Crit'Air 3 (1er juillet 2004 au 31 décembre 2006) d'être bannis de cette zone. Puis, en 2024, seuls les Crit'Air 1 (Du 1er janvier 2007 au 31 décembre 2016 pour les motos, jusqu’au 31 décembre 2017 pour les cyclomoteurs) pourront circuler dans ces territoires.

Les autres, motos, scooters ou cyclomoteurs, devront rester sur la béquille s'ils doivent franchir la frontière de l'A86. En 2030, cette zone ne sera ouverte qu'aux véhicules électriques, tous les engins thermiques y seront interdits.

Les motos de collection (plus de 30 ans avec certificat d’immatriculation "Véhicules de collection") bénéficieront d'une tolérance. En mars, le Sénat a adopté une proposition leur permettant de circuler dans les ZFE. Inutile de chercher sur les sites d'annonces des modèles datant d'avant 1991. Cette dérogation impose en effet des restrictions. Ces engins ne pourront pas circuler avec dans un cadre professionnel et pour effectuer les trajets quotidiens entre le domicile et son lieu de travail.

Des conséquences sociales

Ce dispositif est vécu comme un coup dur pour les motards. La section Paris Petite Couronne (PPC) de la Fédération française des motards en colère (FFMC) appelle à manifester dans Paris dès 13 heures porte Dauphine le samedi 29 mai pour contester cette mesure. Dernièrement, la manifestation pour le maintien de la circulation interfile avaient rassemblé des milliers de motards dans toute la France.

Elle estime qu'en matière de pollution et d'engorgement des villes, motos et scooters ne sont pas le problème mais une partie de la solution. Le 2RM (deux roues motorisé) ne représentent que 2% des déplacements en Île-de-France, consomment peu, ont un faible encombrement et fluidifient le trafic et ceux visés par la mesure ne représentent que 30% d'entre eux, nous a indiqué la FFMC, qui estime cette contrainte inutile d'un point de vue environnemental.

Le calendrier des ZFE pour les deux roues motorisés
Le calendrier des ZFE pour les deux roues motorisés © FFMC

Jean-Marc Belotti craint aussi des conséquences sociales:

"On demande à des gens qui n'ont pas les moyens de boucler les fins de mois d'acheter des véhicules neufs. C'est d'autant plus impossible qu'ils ne pourront même plus revendre leur moto, les concessionnaires n'en voudront plus puisqu'elles seront vendables. Ils vont faire comment pour aller travailler?", indique le représentant de la FFMC PPC.

Et si ces dispositifs sont un coup dur pour les motards, ils le sont aussi pour l'industrie de la moto. Les constructeurs risquent de voir leurs ventes s'éroder au fur et à mesure des années et stopper net celles des motos d'occasion. Les artisans qui réparent motos et scooters dans de petits ateliers pourront aussi être durement affectés.

Sur ces points, la FFMC rappelle que les constructeurs de motos et scooters se sont pliés aux normes Euro conçues pour réduire l'impact environnemental des deux roues motorisés. Mise en place depuis 2020, la norme Euro 5 réduit d’un tiers environ des émissions polluantes par rapport à la norme Euro 4.

"On ira jusqu'au bout!"

La FFMC demande que les deux roues motorisées puissent continuer à circuler dans les ZFE en insistant sur le fait qu'ils doivent être considérés comme un moyen de transport alternatif parce que moins polluant et indispensable pour ceux qui habitent trop loin pour venir travailler à vélo dans les centres-villes.

"La manifestation de samedi n'est pas un baroud d'honneur. On ira jusqu'au bout parce que c'est un enjeu majeur pour moins polluer et mieux circuler", déclare Jean-Marc Belotti qui rencontrera mardi 1er juin Patrick Ollier, président de la métropole du Grand Paris, pour défendre cette cause.

Paris et la petite couronne ne sont pas les seuls concernés par ces mesures environnementales. Les ZFE existent aussi à Grenoble et à Lyon.

"Il faudra disposer d'une vignette Crit'Air récente pour traverser tout ou partie des métropoles de Aix-Marseille-Provence, Nice-Côte d'Azur, Toulon-Provence-Méditerranée, Toulouse, Montpellier-Méditerranée, Strasbourg, Rouen-Normandie. Et ce n'est qu'une étape! En 2025, 25 autres métropoles devraient venir s'ajouter à celles-ci !", indique la FFMC dans un courrier adressé à ses adhérents.

En France, le parc de motos et scooters est estimé à 4,2 millions de véhicules dont la grande majorité n'est renouvelée en moyenne que tous les 7 à 8 ans.

Pascal Samama
https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco