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Alcool au volant: Matignon n’envisage pas de baisser à zéro le taux légal

L'idée d'abaisser à zéro le taux d'alcoolémie légal au volant, contre 0,5 g/l actuellement, "n'est pas envisagée par le gouvernement", a indiqué lundi Matignon à l'AFP.

L'idée d'abaisser à zéro le taux d'alcoolémie légal au volant, contre 0,5 g/l actuellement, "n'est pas envisagée par le gouvernement", a indiqué lundi Matignon à l'AFP. - AFP

Matignon a démenti ce lundi tout projet d’abaisser à zéro le taux d’alcoolémie légal au volant. Cette idée avait été avancée le 17 novembre par le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume.

Le taux d’alcoolémie légal au volant ne bougera pas. Ce lundi, Matignon a écarté l’idée proposée par le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume la veille: faire passer de 0,5 gramme par litre de sang à zéro l’alcoolémie autorisée au volant.

Interrogé dimanche, le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume s'était dit "pour" interdire totalement l'alcool au volant, deuxième cause de mortalité sur la route après une vitesse excessive et en cause dans près d'un tiers des accidents mortels.

"Je pense que lorsqu'on conduit, on ne doit pas boire, avait-il déclaré au Grand Jury RTL-Le Figaro-TF1/LCI. Je pense qu'on peut faire la fête et qu'on peut boire des coups, et boire du vin français, des vins d'excellence (...) Je pense que c'est très bon, mais lorsqu'on boit, on ne conduit pas".

"Une mesure pas envisagée par le gouvernement"

Instruite dans le cadre des travaux préparatoires du Conseil interministériel de sécurité routière (CISR) en janvier, "la proposition visant à abaisser le taux d'alcoolémie légal à zéro n'a pas été retenue et elle n'est pas envisagée par le gouvernement", a donc finalement tranché lundi soir Matignon. Selon les services du Premier ministre, "les effets positifs sur l'accidentalité seraient tout d'abord très limités".

Ils arguent que "les 2/3 des accidents mortels liés à l'alcool se produisent avec des conducteurs dont l'alcoolémie dépasse le triple du seuil légal (soit 1,5 gramme par litre) et les taux contraventionnels compris entre 0,5 et 0,79 gramme par litre ne sont constatés que dans 12% des accidents mortels liés à l'alcool". L'évolution du seuil légal d'alcoolémie vers "une tolérance zéro" serait par ailleurs, "pas réaliste" pour Matignon.

"Elle emporterait d'importantes conséquences sur les contrôles par les forces de l'ordre comme sur le quotidien de nos concitoyens, et pourrait être contredite par la possibilité d'un seuil résiduel d'alcoolémie chez des conducteurs qui n'ont pas bu de verre d'alcool", précise-t-on à Matignon.

Ethylotests anti-démarrage, mise en fourrière des véhicules en cas de contrôle positif

Cette position recoupe celles des associations de prévention routière, qui demandaient plutôt l’application de la loi déjà en vigueur, et des campagnes de prévention. Un taux zéro est déjà en vigueur dans plusieurs pays d’Europe de l’est, sans avoir prouvé son efficacité.

Matignon rappelle que plusieurs mesures ont été annoncées pour combattre la conduite sous l'emprise de l'alcool: "l'incitation des usagers à l'auto-évaluation de leur taux d'alcool, le développement de l'éthylotest antidémarrage, ou encore la possibilité donnée aux forces de l'ordre de mettre en fourrière le véhicule d'un conducteur contrôlé avec un taux délictuel".

Actuellement, la limite autorisée du taux d'alcool dans le sang est de 0,5 gramme par litre de sang. Pour les jeunes conducteurs, le taux légal est de 0,2 gramme par litre de sang.

Pauline Ducamp, avec AFP