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Un fabricant de machines à voter s'inquiète des risques de piratage

(image d'illustration)

(image d'illustration) - PAUL J. RICHARDS / AFP

Pour la première fois, un fabricant demande au Congrès américain d'adopter une loi pour obliger les entreprises à soumettre leurs appareils à des tests de sécurité.

Les craintes autour de la vulnérabilité des machines à voter électroniques utilisées aux Etats-Unis se multiplient. Les hackers alertent depuis longtemps sur les failles de sécurité de ces appareils, qui permettraient à des personnes malintentionnées de fausser le résultat des élections. Mais jusqu’à présent, leurs fabricants faisaient la sourde oreille. Pour la première fois, l’un d’entre eux tire la sonnette d’alarme, rapporte le site américain Gizmodo.

L’année dernière, les fabricants avaient unanimement critiqué les hackers qui montraient la simplicité avec laquelle il était possible de prendre le contrôle de ces appareils. Elles avaient alors assuré qu’il était "extrêmement improbable" qu’une telle situation se produise dans les conditions réelles.

Mais l'entreprise Election Systems & Software (ES&S), qui fabrique une grande partie des machines à voter du pays, a finalement retourné sa veste. Son PDG, Tom Burt, réclame dans une tribune publiée cette semaine dans le journal politique Roll Call, une loi "qui obligerait tous les fournisseurs de machines à voter à soumettre leurs systèmes à des tests de sécurité programmatiques plus rigoureux, effectués par des chercheurs approuvés et contrôlés". Une hypothèse pourtant balayée d’un revers de main par cette même entreprise l'an dernier.

La trace de vote papier, la solution? 

Le PDG d’ES&S précise dans sa tribune que son entreprise vendrait désormais des machines qui laissent une trace écrite du vote. La meilleure solution pour lutter contre toute ingérence, assure Tom Burt.

Ce bulletin, dont l’électeur peut contrôler la justesse, est ensuite utilisé pour d’éventuelles vérifications des résultats en cas de soupçons de fraude. Mais ce procédé pose problème en cas de différence entre ce que l'électeur a inscrit sur la machine et ce qui est indiqué sur le papier.

"L’électeur peut dénoncer son bulletin comme non conforme à son choix mais il ne doit pas trahir le secret du vote" note Chantal Enguehard, maître de conférences en informatique dans son ouvrage Vote papier, vote mécanique, vote électronique. "Dans ce cas, les procédures légales autorisent l’électeur à produire un nouveau bulletin. [...] Cependant, en l’absence de possibilité de constat du dysfonctionnement par le bureau de vote, le dispositif de vote n’est pas déclaré en erreur et reste en usage."

Peu de chances qu'une loi soit adoptée 

Le retournement de veste de ES&S a été accueilli favorablement par ceux qui avaient démontré les failles de ces machines lors du Def Con en 2018, la convention annuelle des hackers. Mais il est peu probable que cette décision mène à une réflexion plus globale au niveau du Congrès, le leader républicain de la majorité sénatoriale, Mitch McConnell, y étant opposé. Par ailleurs, la plupart des fabricants de ces appareils ne souhaitent pas se soumettre à la surveillance d’experts en cybersécurité. 

"Si le Congrès peut adopter une loi qui exige un registre sur papier pour chaque électeur et établit un programme de tests de sécurité obligatoire pour les personnes qui fabriquent les machines à voter, la confiance du grand public dans le processus de vote pourra être rétablie. Et ce n'est pas seulement une bonne chose, c'est essentiel pour l'avenir de l'Amérique", écrit Tom Burt.
https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech