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Un détecteur de mensonge basé sur les expressions faciales testé dans des aéroports européens

Le douanier virtuel iBorderCtrl.

Le douanier virtuel iBorderCtrl. - University of Manchester

Un agent virtuel sera bientôt mis à l'épreuve aux frontières de l’Union européenne. A partir de l'analyse des micro-expressions des voyageurs, il promet de déceler d’éventuels mensonges à des questions posées.

Dans les aéroports européens, l’intelligence artificielle pourrait bientôt prêter main forte à la Police aux frontières. La technologie iBorderCtrl, qui se présente comme un détecteur de mensonge aux capacités avancées, sera testée pendant six mois en Hongrie, en Grèce et en Lettonie, relève New Scientist. Le projet, financé à hauteur de 4,5 millions d'euros par l'UE, vise à "accélérer le trafic aux frontières extérieures" et à "renforcer la sécurité", d'après un communiqué.

Avant d'entamer leur voyage, les passagers seront invités à répondre à une série de questions face à une webcam, sur leur Etat civil, leur pièce d'identité, la raison de leur venue ou encore les objets contenus dans leurs bagages. Chacune des réponses sera filmée et soumise à l'analyse d'iBorderCtrl. A lui de déterminer, en fonction des micro-expressions de la personne, si elle dit vrai ou non. 

"On ne recherche pas des signes comme le sourire ou le froncement de sourcils, mais de très petits mouvements, tels qu'un regard allant vers la gauche ou la droite", explique le Dr Keeley Crockett de l'université de Manchester, à l'origine du développement de cette technologie. En tout, 38 micromouvements "révélateurs" peuvent être scrutés par iBorderCtrl. 

Un "score de risque"

De cet entretien, l'agent aux frontières virtuel déduit un indice de crédibilité, ou "score de risque" du voyageur. Ce dernier permet aux douaniers de déterminer s'ils doivent procéder à des entretiens poussés, comprenant notamment des prélèvements biométriques, ou à une simple et brève "réévaluation". Le système n'est donc pas censé juger seul de la sélection à opérer à l'entrée aux frontières. 

Pour le moment, 32 cobayes ont éprouvé iBorderCtrl. Les responsables du dispositif avancent un taux de précision de 76% dans la reconnaissance des mensonges, amené à grimper jusqu'à 85%, d'après les chercheurs.

L'appartenance ethnique prise en compte

Les outils de détection de mensonges font toutefois l'objet d'une grande méfiance de la part de la communauté scientifique. "Les signaux non-verbaux, comme les micromouvements, ne donnent aucune information sur le fait de savoir si une personne ment ou non. De plus, il n'existe aucune base scientifique qui prouve l'efficacité de cette méthode", note ainsi Bruno Verschuere, maître de conférence en psychologie légale à l'université d'Amsterdam, auprès du journal néerlandais De Volskrant

Par ailleurs, qu'adviendra-t-il des personnes s'étant vu attribuer un haut "score de risque" sans avoir menti ? Par le passé, les systèmes de reconnaissance faciale entraînés pour repérer des individus dangereux ont été pénalisés par d'importants biais, dont des préjugés raciaux. "Cela pourrait être une fausse bonne idée, qu’il faut donc tester très prudemment", estime Tristan Nitot, Vice-président Advocacy de Qwant et ancien président de Mozilla Europe. "Le risque est de reproduire des biais qui seraient "injectés" dans l’intelligence artificielle via les données d’apprentissage. Et, par conséquent, de pousser à l’interrogatoire humain certaines catégories de personnes de façon injuste. Ce qui ressemble de près à ce que l'on reproche aux contrôles "au faciès"." D'après le site de l'UE, les questions posées dans le cadre du programme iBorderCtrl seront personnalisées en fonction "du genre, de l'appartenance ethnique et de la langue" du voyageur.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech