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Trois Anonymous jugés pour avoir diffusé les coordonnées de 541 policiers

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Les hacktivistes avaient récupéré les données personnelles en piratant le site web d'un syndicat de police. Ils encourent jusqu'à cinq ans de prison et 300 000 euros d'amende.

Ils s’appellent "Sunki", "Dump" et "Calin", ils ont entre 22 et 27 ans, ils sont plutôt calés en informatique et se sont retrouvés aujourd'hui, mardi 23 février, au tribunal correctionnel de Paris. Objet du délit: le vol et la diffusion des données personnelles de 541 policiers, avec noms, prénoms, adresses mail et numéros de téléphone.

L'affaire remonte au début 2012, lorsque le site de partage de fichiers Megaupload est coupé à la suite d'une opération de la justice américaine, et que trois Anonymous français sont interpellés pour l'attaque du site internet d'EDF après la catastrophe de Fukushima (opération Greenrights).

Nos trois compères, qui sympathisent avec le mouvement contestataire Anonymous, décident alors de passer à l'action et de pirater le site web du syndicat de police SGP-FO, à savoir unitesgppolice.com.

"Sunki", un des prévenus, a reconnu avoir découvert la faille qui a permis l'attaque du site, mais a affirmé que c'était un autre qui avait récupéré les données. Il est poursuivi pour avoir participé à leur diffusion. "Dump" est poursuivi pour avoir capté et copié la base de données du site de SGP-FO. Le troisième, "Calin", se voit reprocher d'avoir annoncé la mise en ligne des coordonnées des 541 fonctionnaires de police. D'après Metronews, celui-ci avait envoyé le tweet suivant le 27 janvier 2012:

"Cette nuit, le dox arrive... ! Amis #journalistes. Vous allez entendre parler de nos ennemis policiers:) 

Le jour d'après, chose promise chose due, un lien est tweeté menant vers la liste de noms, accompagné du mot-clé #freeanons, un mot d'ordre pour la libération des Anonymous interpellés.

"C'était quelques mois de sa vie"

L'avocat de "Calin", Me Anne-Sophie Laguens, estime qu'il n'a fait que "rediffuser l'information" et pensait qu'elle était accessible. Par ailleurs, l'appartenance au groupe Anonymous "n'est pas une association de malfaiteurs en soi", ajoute-t-elle. "Quatre ans sont passés depuis ces faits. Aujourd'hui, il a fini ses études, il est jeune travailleur. Anonymous, c'était quelques mois de sa vie", a souligné Me Laguens auprès de Metronews. La position des deux autres avocats de la défense n'est pas connue : l'un n'a pas souhaité s'exprimer avant l'audience, l'autre n'a pas pu être joint.

Evidemment, côté police, on ne voit pas les choses de la même manière. En diffusant cette liste, les hackers ont "objectivement et volontairement mis en danger les policiers, parce qu'ils sont policiers, et leurs familles", estime Daniel Merchat, avocat d'une centaine de fonctionnaires parties civiles et du syndicat.

Les deux premiers prévenus sont également poursuivis pour le piratage des sites gouvernementaux modernisation.gouv.fr et immigration.gouv.fr, en ayant exploité des failles de la sécurité. Pour ces faits, les prévenus encourent jusqu'à cinq ans de prison et 300 000 euros d'amende.

La rédaction, avec AFP