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Pourquoi les services secrets américains ont peur des ordinateurs du futur

Une puce fabriquée par D-Wave, société spécialisée dans l'informatique quantique

Une puce fabriquée par D-Wave, société spécialisée dans l'informatique quantique - Creative Commons

Les administrations américaines sont brutalement contraintes d'augmenter la puissance de leur chiffrement, en raison des avancées récentes dans l'informatique quantique.

Branle-bas de combat dans les cercles feutrés des cryptologues américains. La NSA a publié récemment une mise à jour de ses standards à respecter au niveau du chiffrement des données sensibles de l’Etat, y compris les données "Top Secret".

Cette notification, qui n’était pas vraiment prévue au planning, impose une augmentation considérable de la taille des clés et met au placard certains algorithmes au profit d’autres jugés plus résistants.

Pourquoi ? Car la NSA craint l’arrivée prochaine des ordinateurs quantiques. "Il y a de plus en plus de recherche dans le domaine de l'informatique quantique, et suffisamment de progrès pour que la NSA soit contrainte d'agir maintenant", peut-on lire dans un document officiel (p. 8).

Mais pourquoi les ordinateurs quantiques font-ils peur au point de bousculer les plans des experts en sécurité du gouvernement américain? Ces machines d'un nouveau type s'appuient sur le phénomène physique de superposition d'états quantiques – une particule peut avoir plusieurs états en même temps – pour développer des capacités de calcul beaucoup plus importantes que l'informatique classique, en tous les cas dans certains domaines.

La mauvaise nouvelle, c'est que l'un des domaines où l'ordinateur quantique sera particulièrement fort, c'est dans le cassage d'algorithmes de chiffrement asymétriques tels que RSA ou Diffie Hellman. Or, ces algorithmes sont aujourd'hui omniprésents dans tous nos échanges numériques. Nous les utilisons tous les jours en surfant sur le Web.

En d'autres termes, le premier qui arrive à développer un ordinateur quantique suffisamment puissant pourra intercepter tous les échanges de la planète. Cette capacité intéresse évidemment la NSA qui travaille d'arrache-pied sur la création d'un ordinateur quantique. Mais l'agence américaine n'est pas le seul acteur à faire des recherches dans ce domaine. Mieux vaut donc prendre des précautions.

Cette mise à jour ne veut pas dire qu'il existe d'ores et déjà un ordinateur quantique opérationnel, mais que les recherches avancent plus vite que prévue. Comme le précise la NSA dans son document, les standards cryptologiques définis aujourd'hui doivent pouvoir tenir au moins pendant dix à vingt ans, le temps de trouver un antidote, c’est-à-dire des algorithmes résistants aux ordinateurs quantiques. Pour l'instant, il n'en existe pas.

Au passage, on remarquera que les standards cryptologiques américains sont désormais plus forts que ceux définis en France par l'Agence nationale de sécurité des systèmes d'information (ANSSI), au travers de son référentiel général de sécurité. Il est donc probable que ce dernier subira bientôt une mise à jour.