BFM Business

La France dévoile ses armes anti-drones

Le pistolet brouilleur de drone UAV Scramblers 300 de la société MC2 technologies.

Le pistolet brouilleur de drone UAV Scramblers 300 de la société MC2 technologies. - 01net.com

Pistolet brouilleur, laser éblouissant ou encore leurre GPS, le gouvernement a financé plusieurs systèmes pour neutraliser les drones contrevenants. Ils viennent d’être présentés sur la base aérienne de Villacoublay. Nous y étions.

Bazooka lance-filets, drone anti-drones, éjecteur de projectiles... pas un mois ne passe sans un nouveau moyen spectaculaire et parfois farfelu d’anéantir un drone. L’armée de l’air française vient même de faire l’acquisition de plusieurs aigles destinés à intercepter les petits aéronefs sans pilote.

Le gouvernement français s’est emparé de la question dès 2015, après le survol de sites sensibles comme des centrales nucléaires. Il a lancé un appel d’offres et chargé l’Agence Nationale de la Recherche de sélectionner trois consortiums (ANGELAS, BOREADES et SPID) pour développer des solutions capables de détecter, identifier et neutraliser les petits aéronefs sans pilote. Financés en partie par de l’argent public, ces projets sont maintenant opérationnels et ont été présentés vendredi 18 novembre sur la base aérienne de Villacoublay.

Des démonstrations de neutralisation de drones ont eu lieu ce vendredi 18 novembre sur la base aérienne de Villacoublay.
Des démonstrations de neutralisation de drones ont eu lieu ce vendredi 18 novembre sur la base aérienne de Villacoublay. © 01net.com

"On compte déjà 400 000 drones en circulation en France dont 4000 à usage professionnel. Il y avait urgence à agir en modifiant le cadre légal, ce qui a été fait avec l’adoption le 24 octobre dernier d'un nouveau règlement. Une sorte de code de la route des dronistes qui va permettre de limiter les infractions non volontaires", résume Louis Gautier, le Secrétaire Général de la défense et de la sécurité nationale, qui dépend directement du Premier ministre.

La seconde étape consiste à agir contre les intentions malveillantes et notamment pouvoir se prémunir d’une attaque terroriste multi-drones. D’où ce programme de recherche.

Voir une démonstration vidéo de brouillage de drone sur la base de Villacoublay :

Comment neutraliser un drone ?

Le brouillage radiofréquence. C’est le moyen le plus simple pour interrompre la trajectoire d’un drone et le forcer à atterrir. Cela consiste à couper les liaisons radio entre le pilote et le drone à partir d’une petite mallette, comme on peut voir sur la photo ci-dessous de ce brouilleur développé par Thalès, la plupart du temps embarqué dans un camion.

Un brouilleur radio.
Un brouilleur radio. © 01net.com
Un camion brouilleur.
Un camion brouilleur. © 01net.com

Des pistolets anti-drones ont fait aussi leur apparition (voir la photo de tête). Leur forme permet de viser précisément dans la direction du drone, comme ce UCAV Scrambler 1000 de la société MC2 technologies proposé dans la solution BOREADES. Il s’utilise avec un sac à dos de plus de 10 kilos embarquant l’alimentation, et a une portée d’au moins 300 mètres.

Le UAV Scrambler 300.
Le UAV Scrambler 300. © 01net.com

L’inconvénient du brouillage radiofréquence, c'est qu'il interrompt l'ensemble des communications radio qui se trouvent dans le périmètre. Compliqué en milieu urbain et dense. De quoi perturber la population et certains services.

Le leurrage GPS. Dans le cas où le drone évoluerait de façon autonome et ne pourrait donc être neutralisé en agissant sur les ondes radio, il est possible de leurrer son GPS. Il suffit d’envoyer un faux signal GPS pour tromper le drone sur sa position, ce qui le stoppe.

Le brouillage vidéo. "Il est possible d’éblouir la caméra vidéo du drone", nous explique Henry de Plinval, le directeur du Programme Drones de l’ONERA qui pilote le projet ANGELAS. "Avec un rayon laser ou une lampe stroboscopique", précise-t-il. Dans ce cas, l’effet est principalement dissuasif et peut constituer un premier avertissement au pilote contrevenant.

La radiogoniométrie. Cette technique consiste à détecter et contrôler les fréquences émises par le drone à partir d’une simple antenne radio tournante. Elle n’est valable que dans les cas minoritaires de drones pilotés en Wi-Fi. "C’est la seule solution qui permet de prendre le contrôle du drone, de le détourner et de le faire atterrir là où on le souhaite, sans aucun risque de chute", souligne Eric Georges, le directeur scientifique du projet. "En quelques secondes, on est capable d’écouter la liaison, de décoder le protocole et d’émettre plus fort que la communication du pilote", détaille-t-il encore.

La plateforme logicielle du projet BOREADES permettant de détecter et d'identifier un drone.
La plateforme logicielle du projet BOREADES permettant de détecter et d'identifier un drone. © 01net.com
Des tourelles pour détecter et identifier des drones.
Des tourelles pour détecter et identifier des drones. © 01net.com

les techniques de détection et d'identification

Les systèmes sont tous désormais dotés de multiples capteurs et capables de détecter un drone à plusieurs kilomètres. Ils se fixent sur ce qu'on appelle des tourelles comme on peut le voir dans la photo tout en bas ci-dessous.

• les radars. Des radars passifs et actifs peuvent être utilisés pour repérer les drones. Cela consiste à émettre des ondes électromagnétiques qui se réfléchissent sur l’engin. Les radars actifs permettent même de déterminer la vitesse, la position du drone et de suivre sa trajectoire.

• l’optronique. L’optronique (mot valise formé à partir d'"optique" et d'"électronique") sert, elle, à observer les drones grâce à des caméras munies de plusieurs capteurs et associées à un système de traitement d’image. Certaines peuvent être dotées de balayage laser. Et avec une imagerie 3D, on peut même reconstituer l’apparence du drone en 3D.

• l’acoustique. C’est une technique qui permet de détecter la signature sonore d’un drone grâce à des capteurs disposés le long d’un secteur à protéger. Une solution qui a l’avantage de fonctionner aussi sur des drones qui ne sont pas connectés à leurs pilotes et qui n'émettent donc pas de signal.