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Gab, le repaire de trolls d’extrême-droite condamné à fermer après la tuerie de Pittsburgh

Pepe the Frog, l'un des symboles de l'alt-right américaine.

Pepe the Frog, l'un des symboles de l'alt-right américaine. - Pepe the Frog

Le réseau social américain a été mis hors de circuit par son hébergeur et son fournisseur d'accès Internet. Prisé de l'auteur de la fusillade de Pittsburgh, il lui avait servi à propager des messages antisémites.

Sentant sa fin venir, Gab crie à la censure. Le réseau social américain, créé en août 2016, a successivement été lâché par son fournisseur d'accès Internet, Joyent, son partenaire de paiement PayPal, Stripe et son hébergeur, GoDaddy. En cause: des messages antisémites retrouvés sur sa plateforme, signés par le tueur de Pittsburgh, qui a fait onze victimes ce 27 octobre dans une synagogue. Le 28 octobre, il annonce ainsi être contraint de cesser son activité et reste actuellement inaccessible.

"Gab va probablement être hors service pendant des semaines", a réagi le réseau social sur son compte Twitter. "Nous continuerons à nous battre pour la liberté d’expression et la liberté individuelle en ligne pour tous. Les grandes entreprises technologiques ne peuvent pas nous arrêter. Les médias traditionnels ne peuvent pas nous arrêter", poursuit le site.

Terre promise des ardents défenseurs de la liberté d’expression, allergiques à la modération des autres réseaux sociaux, Gab se situe à la frontière entre Twitter et le populaire forum Reddit. Il permet de partager tous types de contenus sans crainte d'être banni. La plateforme compte dans ses rangs plusieurs figures de l'"alt-right", cette mouvance d'extrême-droite, devenues persona non grata sur les réseaux sociaux traditionnels. Ainsi du Britannique Milo Yiannopoulos, ancien contributeur du site ultraconservateur Breitbart, viré de Twitter pour avoir dirigé une campagne d’insultes racistes visant l’actrice afro-américaine Leslie Jones, ou Alex Jones, animateur complotiste d'InfoWars, aux contenus déréférencés par Apple, Youtube, Spotify et Facebook en août.

"Tous bienvenus pour s’exprimer librement"

Sa devise, "Tous bienvenus pour s'exprimer librement", a séduit près de 800 000 internautes, d'après les chiffres du réseau. Pour rappel, Twitter compte 326 millions d'utilisateurs actifs. La communauté qu'il rassemble, encore limitée, est très engagée. Le réseau social est ainsi loin de manquer d'argent. Il a levé 500 000 dollars en financement participatif à la suite de la manifestation de Charlottesville et annonce avoir collecté plus de 5,6 millions de dollars d'actions réservées via une levée de fonds en cryptomonnaies lancée en début d'année. 

Sur son compte Twitter, toujours actif, Gab s'en tient à sa ligne. Le service, qui appelle désormais Donald Trump à prendre sa défense, se positionne en chevalier blanc de la liberté d'expression, dans un monde de modération excessive des opinions divergentes. "Internet n'est pas la réalité. Les médias grand public ne sont pas la réalité. Netflix n'est pas la réalité. Hollywood n'est pas la réalité. 80% des gens normaux sont d'accord avec Gab et soutiennent la liberté d'expression. Les Gens l'emporteront", s'emporte Gab dans un tweet indigné.

Le réseau, qui semble avoir opéré un début de bras de fer pour préserver son existence, a indiqué dans un communiqué avoir une "tolérance zéro" pour la violence et le terrorisme, et se dit "attristé et écœuré" par la tuerie de Pittsburg. Il n'en reste pas moins vindicatif à l'égard des grandes plateformes Web. 

Aux accusations d'extrémisme et d'appétence pour les contenus racistes et antisémites, Gab répond que "Facebook, Twitter, Instagram ou Reddit" sont utilisés "chaque jour par des terroristes, des pédophiles et des criminels". "Nous voyons des meurtres en direct sur Facebook, de l’activité criminelle sur l’ensemble des réseaux sociaux grand public, et personne ne demande à ce que Facebook soit fermé, pas plus que pour Twitter", estime dans une interview accordée à Infowars, Andrew Torba, le fondateur de Gab.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech