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Facebook se refuse à censurer les complotistes et négationnistes

Une personne se plonge un peu trop intensément dans Facebook.

Une personne se plonge un peu trop intensément dans Facebook. - Christophe SIMON / AFP

Dans une interview accordée à Recode, Mark Zuckerberg a plaidé en faveur de la liberté d’expression pour défendre le maintien de pages niant la Shoah. Il est depuis revenu sur ses propos.

Si poster une photo d'un corps dénudé est défendu sur Facebook, ce n’est pas le cas des propos négationnistes. Dans une interview accordée au site américain spécialisé Recode, Mark Zuckerberg a expliqué que les membres du réseau social rejetant l'existence de la Shoah ne seraient pas sujets à un blocage, au même titre que les conspirationnistes, dont les adeptes du site d'Alex Jones Infowars. 

Mark Zuckerberg, lui-même juif, décrit la négation de la Shoah comme l’erreur de gens qui se trompent, mais ne se trompent pas intentionnellement. "Ces propos sont terribles, mais je ne pense pas que notre plateforme devrait les supprimer. Les gens font parfois des erreurs. Il est difficile de comprendre leurs intentions”, a-t-il justifié.

La polémique n’a pas tardé à enfler. Dans une réponse envoyée à Recode, Mark Zuckerberg a tenu à préciser son propos. “Je ne cherche absolument pas à défendre les intentions de ces personnes. Ce sont des questions très complexes. Je pense néanmoins que, bien souvent, la meilleure manière de combattre les mauvais discours est de produire du bon discours.”

La réponse de Berlin

Dans une tribune sur le site de CNN, l’historienne américaine Deborah Lipstadt a qualifié les propos tenus par Mark Zuckerberg d’"incroyablement irresponsables". "Ce que Zuckerberg ne comprend pas – même s’il soutient que ce n’était pas son but –, c’est qu’en disant que les négationnistes ne se trompent pas "intentionnellement", il laisse ouverte la possibilité qu’ils puissent avoir raison", maintient-elle. Une idée reprise par le compte Twitter Ask Historians (pour "Demandez à des historiens", qui affirme que le négationnisme ne peut être considéré comme une simple erreur. 

Les propos de Mark Zuckerberg ont également suscité une vive réaction de Berlin. L'Allemagne n'autorisera pas des posts négationnistes sur Facebook ou sur d'autres réseaux sociaux, a tranché un porte-parole du Ministère de la justice allemand auprès de Politico. La législation allemande ordonne aux réseaux sociaux de détruire ou de verrouiller l'accès aux contenus manifestement illégaux dans un délai de 24 heures.

Facebook est depuis plusieurs mois sévèrement critiqué pour sa politique de modération et sa propension à laisser prospérer des "fake news" extrêmement virales sur son réseau. Où placer le curseur en la matière? L'entreprise n'a pas encore clairement la réponse. En témoigne un documentaire tout récemment diffusé sur Channel 4. Pour les besoins du tournage, un journaliste sous couverture s'est infiltré dans un centre de modération du réseau social, et estime que cette dernière est à géométrie variable. Malgré des violations répétées des conditions d'utilisation du réseau, de populaires pages propices aux contenus racistes et islamophobes ont pourtant prospéré plus longtemps que prévu. 

https://twitter.com/Elsa_Trujillo Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech