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Comment les objets connectés sont détournés pour harceler les femmes

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- - CC, Flickr (Franck Michel)

Une fois piratées, serrures, caméras et enceintes connectées viennent aggraver les violences domestiques et conjugales aux Etats-Unis, rapporte le New York Times. Les recours juridiques sont encore peu nombreux.

A San Francisco, les numéros d'écoute destinés aux femmes victimes de violences domestiques recueillent des témoignages d'un genre nouveau. Aux violences physiques ou morales, s'ajoutent désormais des piratages des objets connectés de ces mêmes victimes, pour leur mener la vie dure.

Le New York Times a conduit une trentaine d'interviews sur le sujet. Un large panel d'objets connectés peut faire l'objet de piratages. Parmi eux, les serrures, caméras, thermostats ou encore enceintes reliés à un réseau Internet. Les victimes font ainsi état d'une forte augmentation de la température de leur chauffage ou du volume de leurs enceintes connectées, d'arrêts intempestifs de leur climatisation, de changements réguliers de leurs codes Wi-Fi ou des mots de passe de leurs serrures connectées. D'après le journal américain, les cas de divorce ou de séparation sont particulièrement propices à ce type de "cyber-revanches".

L'une des femmes sollicitées indique que son mari ingénieur opère sur trois fronts à la fois : il contrôle non seulement le thermostat de son domicile mais aussi la luminosité et la musique diffusée par ses enceintes connectées. "Les relations abusives ont trait au pouvoir et au contrôle. Il a, lui, opté pour la technologie".

Une porte d'entrée sous-estimée

Encore vulnérables, les objets connectés constituent bien souvent un cheval de Troie au sein des maisons et entreprises, pour qui peine à les paramétrer. Les cas de piratages sont nombreux. Fin 2016, une équipe de chercheurs était parvenue à prendre le contrôle d'ampoules connectées, pouvant ainsi accéder à d'autres objets connectés au réseau, relevait le New York Times.

Dans le cas de violences domestiques, les harceleurs s'avèrent bien plus informés que des pirates extérieurs. Ils connaissent bien souvent l'emplacement et le modèle des objets connectés et ont pu éprouver leur fonctionnement. Autant d'informations mises à profit pour contrôler, harceler ou surveiller leurs détenteurs.

Face à ces comportements abusifs, subsiste encore un vide juridique dans le pays. Seules quelques dérives, telle que l'utilisation d'images dégradantes récupérées à l'insu de la victime via ses caméras de surveillance, peuvent tomber sous le coup de la loi. Les avocats s'emparent progressivement du sujet. En 2017, selon un rapport de McKinsey, 29 millions de foyers américains étaient équipés d’appareils connectés.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech