BFM Business

Sur Twitter, la bataille d’Amazon contre la syndicalisation de ses salariés

Trois employés d'un vaste entrepôt d'Amazon à New-York ont porté plainte contre leur employeur.

Trois employés d'un vaste entrepôt d'Amazon à New-York ont porté plainte contre leur employeur. - Eric Piermont-AFP

Le géant américain déploie une stratégie agressive sur le réseau social pour décourager ses salariés de se syndiquer.

C’est un vote historique pour Amazon, deuxième employeur américain derrière Walmart. Hier 29 mars, les salariés de l’un de ses entrepôts, basé dans l’Alabama (États-Unis), se sont prononcés concernant la création du tout premier syndicat de l’entreprise, avec des résultats attendus dans les prochaines heures. Depuis l’automne, une campagne a été lancée par Amazon pour tenter de faire barrage à la syndicalisation de ses employés.

Comme le rapportait France 24 ce 29 mars, le leader américain du e-commerce a eu recours à plusieurs artifices plus ou moins originaux pour faire campagne, allant de la création d’un site Web destiné à décourager ses salariés de se syndiquer jusqu’à la modification de la vitesse d’un feu tricolore à la sortie de l’entrepôt pour limiter les échanges entre chauffeurs et militants syndicaux. Mais comme le rapporte le site américain Recode, c’est sur Twitter qu’Amazon se montre le plus virulent.

Coup de gueule de Jeff Bezos

D’après Recode, le fondateur d’Amazon Jeff Bezos s’est récemment plaint du manque de réactivité de ses équipes face aux attaques contre l’entreprise. Un coup de gueule qui aurait poussé la multinationale à se montrer bien plus agressive sur le réseau social.

Alors que l’ancien candidat démocrate Bernie Sanders s’est rendu dans l’Alabama pour soutenir la création du premier syndicat d’Amazon, le patron opérationnel de l’entreprise, Dave Clark, s’est ouvertement attaqué à l’homme politique le 24 mars dernier.

“Si vous voulez entendre parler d’un salaire horaire de 15 dollars et d’une couverture santé, le sénateur Sanders s’exprimera au centre-ville. Mais si vous voulez vraiment gagner 15 dollars de l'heure et bénéficier d’une bonne couverture santé, Amazon embauche” taclait ainsi Dave Clark ce 24 mars.

Depuis 2018, Amazon a en effet défini le salaire minimum de tous ses salariés à 15 dollars de l’heure, soit plus du double du salaire minimum fédéral aux Etats-Unis.

Mais le message de Dave Clark a lui-même été commenté par Mark Pocan, élu démocrate à la Chambre des représentants des États-Unis, qui a évoqué le cas de nombreux salariés d’Amazon dont les objectifs de rentabilité leur imposent d’uriner dans une bouteille. Suscitant là encore une réaction offensive de l’entreprise.

“Vous ne croyez quand même pas à ces histoires de bouteilles d’urine? Si c’était vrai, personne ne travaillerait pour nous” répond ainsi Amazon, quelques heures avant de défier la sénatrice démocrate Elizabeth Warren concernant une hypothétique hausse des impôts pour les grandes entreprises.

Un version qui a aussitôt été démentie par les faits, avec à la clef des preuves que des salariés et/ou sous-traitants d’Amazon sont contraints d’uriner dans des bouteilles ou de déféquer dans des sacs, rapporte The Intercept. Une situation dont l’entreprise a connaissance

Armée d’ambassadeurs

Selon Recode, la virulence des messages mis en ligne par Amazon a même poussé un salarié à signaler une activité suspecte du compte Twitter de l’entreprise, qu’il pensait avoir été piraté.

Comme le rappelait le site Gizmodo en 2019, Amazon profite d’une armée “d’ambassadeurs” sur Twitter, issus de ses salariés œuvrant dans les entrepôts américains et récompensés par un jour de congé supplémentaire et une carte-cadeau de 50 dollars à dépenser chez leur employeur.

“Je souffre de dépression aussi et j’ai un moment voulu quitter Amazon. Mais j’ai réalisé que les problèmes venaient de moi et pas d’Amazon” écrivait en août 2019 une certaine Hannah, “ambassadrice” Amazon, dont le compte a par la suite été désactivé.

Ces partisans de l’entreprise ont naturellement été mobilisés dans la lutte contre les salariés souhaitant créer un syndicat. Certains profils ont par ailleurs éveillé les soupçons de certains observateurs, en raison de leur activité parfaitement corrélée avec le vote de ce 29 mars.

Toujours d’après Gizmodo, un compte Twitter enregistré en mars 2021 et appartenant à une certaine Darla affichait une photo qui semblait avoir été créée à l’aide du site Web Generated Photos, capable de générer des visages photoréalistes grâce à une intelligence artificielle. La femme était alors présentée comme employée dans un entrepôt d’Amazon.

“Amazon n’est pas anti-syndicat! Les syndicats sont des outils utiles dans les entreprises qui ne proposent pas de bons salaires et d’avantages comme le fait Amazon. Nous n’avons simplement pas besoin d’eux” assurait ainsi Darla ce dimanche 28 mars, avant que son compte ne disparaisse. Auprès du New York Times, Amazon a ainsi évoqué “un faux compte”, signalé par ses équipes à Twitter.

https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably Chef de service BFM tech