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Apple: quand la BBC dénonce "Les promesses rompues" du fabricant

Des employés d'un sous-traitant chinois d'Apple, ici au garde à vous, sont soumis à une discipline quasi-militaire sur les lignes de production.

Des employés d'un sous-traitant chinois d'Apple, ici au garde à vous, sont soumis à une discipline quasi-militaire sur les lignes de production. - BBC – capture YouTube

Le Californien Apple, qui fait fabriquer ses produits en Chine, a très peu goûté le documentaire "Apple's Broken Promises", diffusé à la télévision britannique, et consacré aux conditions de travail désastreuses des ouvriers chinois. La marque à la pomme réfute les conclusions de l'enquête des journalistes britanniques.

"Ce soir dans 'Panorama' (une émission de documentaires britannique très suivie), la vérité sur Apple et votre iPhone. Pour la première fois, nous avons filmé en secret à l'intérieur de l'usine de haute sécurité où les produits Apple sont fabriqués..." Jusqu'à ce point de la présentation, l'honneur d'Apple est sauf. Mais pas pour longtemps. Le documentaire Apple's Broken Promises (en français, Les promesses rompues d'Apple), diffusé le 18 décembre sur la BBC, est une charge très sévère sur la manière dont les produits Apple, nouveaux iPhone 6 en tête, sont produits. En découvrant cette enquête, on se dit qu'il ne fait pas bon être un ouvrier chinois travaillant pour les sous-traitants de la marque californienne.

Tout cela n'est certes pas neuf. Pour ne prendre qu'un exemple, en septembre dernier, l'ONG China Labor Watch pointait déjà des problèmes similaires dans un rapport.

Jusqu'à 16 heures de travail par jour

Que les ouvriers chinois ne bénéficient pas toujours de bonnes conditions de travail n'étonnera personne. Le reportage de l'émission française "Cash investigation" avait, il y a quelques semaines, dénoncé de très graves abus de la part de la plupart des grands fabricants de smartphones. Mais qu'Apple, qui surfe sur l'image d'une entreprise ultraresponsable, tout en bâtissant son succès directement ou indirectement sur des conditions de travail inhumaines, est encore une autre affaire.

Pour parvenir à leurs fins, les reporters de la BBC ont tourné en caméra cachée après avoir obtenu des emplois chez Pegatron, l'un des principaux sous-traitants de la marque à la pomme. Les témoignages des ouvriers sur place sont accablants. Ainsi se relaient-ils jour et nuit pour assurer la production, travaillant de 12 à 16 heures par jour, sans pause, parfois sans repos avant une douzaine de jours d'affilée. "Nous avons trouvé une main-d'œuvre éreintée", commente le journaliste.

Mais il y a pire. Selon la BBC, des enfants travailleraient en Indonésie dans des mines d'étain illégales, pour extraire ce métal indispensable à la fabrication des iPhone.

Apple outré par ces allégations

En écornant ainsi l'image d'Apple, le documentaire a provoqué la réponse des plus hauts dirigeants de la marque: le président Tim Cook et son vice-président Jeff Williams ont écrit aux 5.000 employés de la branche britannique d'Apple. "Comme beaucoup d'entre vous, Tim et moi-même sommes profondément blessés par l'allégation selon laquelle Apple aurait brisé la promesse faite aux employés de notre chaîne d'assemblage ou induit en erreur notre clientèle d'une quelconque manière", explique-t-il.

Jeff Williams reconnaît des difficultés, mais se défend encore: "Nous savons qu’il existe de nombreux problèmes là-bas, et nous n’en avons pas encore terminé. Mais nous ne nous reposerons pas tant qu’il restera des personnes dans notre chaîne logistique qui ne seront pas traitées avec le respect et la dignité qu’elles méritent".

Selon Apple, aucune autre firme n'en ferait autant pour améliorer les conditions de travail de cette main d'œuvre à bas coût. La firme dit notamment se battre pour que soit respectée une durée hebdomadaire de travail maximum de 60 heures et en empêchant la rétention des papiers d'identité des travailleurs par des intermédiaires peu scrupuleux. Apple met aussi en avant des formations dont auraient bénéficié à quelque "750.000 personnes".

D. N.