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Pourquoi Paris stocke et gère elle-même les données de ses habitants

Paris s’est doté d'un centre de données développé et géré par les services de la Ville, indépendamment de tout opérateur privé.

Paris s’est doté d'un centre de données développé et géré par les services de la Ville, indépendamment de tout opérateur privé. - Jacques Demarthon-AFP

La capitale ouvre son propre centre de stockage de données concernant ses administrés qu'elle gère sans recourir à un prestataire privé. Ce site héberge désormais l’ensemble des applications, des services numériques et des données de la capitale dans un site parisien sécurisé.

Paris s'est équipée de son premier site informatique d'hébergement dédié aux données numériques de ses administrés, développé et géré par les services municipaux. Ce centre héberge l’ensemble des applications utilisées par les agents de la Ville, les services numériques offerts aux Parisiens et l’ensemble des données de la capitale.

Le centre de données a représenté un investissement de 16 millions d'euros. Ce montant peut sembler très élevé mais Paris dispose des moyens financiers, techniques et humains pour assumer le coût d'une telle infrastructure informatique. Le site est installé en sous-sol dans les immeubles d'un nouveau quartier situé sur une ancienne emprise SNCF à la porte de la Chapelle, dans le nord de Paris.

"La ville assurera désormais la maîtrise complète de ses données, répondant à des enjeux de souveraineté numérique" expliquait Emmanuel Grégoire, premier adjoint en charge de la transformation des politiques publiques, présent à l'inauguration de ce site il y a quelques jours.

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- © Le centre de données représente un investissement de 16 millions d'euros en sous-sol dans les immeubles d'un nouveau quartier à la porte de la Chapelle, dans le nord de Paris. Henri Garat-Ville de Paris

Cette volonté municipale représente un revirement de stratégie puisque auparavant les données étaient hébergées par des sociétés liées à la Ville par des marchés.

Si la capitale a choisi de gérer elle-même ce centre informatique, c'est donc aussi pour de ne pas dépendre des grands acteurs du cloud, qu'ils soient français ou surtout américains. Ces derniers sont soumis au "cloud act", une législation adoptée en mars 2018 outre-Atlantique qui peut contraindre les géants américain du cloud (Amazon, IBM, Google, Microsoft...) à communiquer à l'administration américaine des données qu'ils hébergent même en dehors des États-Unis.

Le site hébergera les données d'autres services publics

Ce choix "nous permet de donner une garantie d'inviolabilité sur les données sensibles" des habitants de Paris, a expliqué Emmanuel Grégoire dans un contexte où les municipalités qui traitent des données personnelles de leurs administrés sont soumises au règlement européen sur la protection des données (RGPD) qui leur impose de nouvelles obligations de sécurisation.

Pour rentabiliser son investissement, la ville de Paris a déjà prévu d'héberger (moyennant une prestation payante) les données et serveurs d'autres services publics tels l’AP-HP, Paris Habitat et Eau de Paris.

Enfin, le site est conçu pour s'inscrire dans une démarche environnementale. L'énergie thermique produite par ses serveurs alimentera le réseau de chaleur local (géré par la compagnie parisienne de chauffage urbain) pour chauffer les bâtiments du quartier et les serres d’agriculture urbaine placées sur le toit du bâtiment.

Frédéric Bergé avec AFP