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Pour Tim Cook de passage à Paris, Apple paie l'impôt qu'il doit

Tim Cook et l'artiste Tyrsa, à l'Apple Store Marché Saint-Germain, le 2 octobre 2019

Tim Cook et l'artiste Tyrsa, à l'Apple Store Marché Saint-Germain, le 2 octobre 2019 - Apple

Interrogé par les Echos, le patron d'Apple rappelle que sa société est la première contribuable mondiale et qu'elle paie des impôts là où elle crée de la valeur.

Apple paie-t-elle suffisamment d'impôt? La société qui est pointée du doigt pour faire de l'optimisation fiscale en ne déclarant par exemple ses revenus que dans les pays européens où la fiscalité est la plus douce se défend d'échapper à l'impôt.

Dans une interview aux Echos, Tim Cook a tenu à rappeler que sa société payait déjà beaucoup d'impôts. "Beaucoup ne le savent pas mais Apple est le premier contribuable mondial, assure ainsi le Pdg d'Apple, afin de couper court à la croyance selon laquelle les géants du numérique ne paient aucun impôt dans le monde. "Il est très important de payer ses impôts pour financer les Etats, les services publics, l'éducation", reconnaît Tim Cook.

Si cette affirmation peut surprendre, elle semble vraie. L'entreprise qui a réalisé plus de 59 milliards de dollars de bénéfice en 2018 est un très gros contribuable. Selon les calculs de l'Institut Molinari, Apple aurait payé ces cinq dernières années dans le monde 78 milliards de dollars d'impôt pour 324 milliards de dollars de bénéfice. Ce qui représente un taux moyen d'imposition de 24% sur les bénéfices. A titre d'exemple, les 50 plus grandes entreprises européennes ont elles payés 23% de leurs bénéfices sur 5 ans. Soit la même chose, voire un peu moins.

Si Apple paie des impôts, où les paie-t-il? Car la question est de savoir si Apple paie ses impôts au bon endroit. Et c'est là le problème soulevé par les Gafa. Tim Cook estime en tout cas que c'est le cas. "Apple a toujours payé des impôts là où nous créons de la valeur. La question qui nous est posée, à nous les multinationales, est de savoir si nous payons nos impôts au bon endroit. Nous pensons que oui, assure le Pdg d'Apple. Il y a des procédures en cours en Europe sur le sujet. Je souhaite que cette question soit tranchée au niveau de l'OCDE. Que les pays se mettent d'accord entre eux pour éviter les litiges. Ce qu'il faut, c'est un régime global décidé au niveau des pays de l'OCDE." 

Autrement dit Tim Cook estime qu'en l'état actuel du droit Apple est dans son bon droit et que c'est aux Etats de définir de nouvelles règles fiscales.

500 millions d'euros d'arriérés d'impôt

En domiciliant ses activités et en rapatriant son chiffre d'affaires en Irlande par exemple, Apple paie dans l'Hexagone un très faible montant d'impôt. Selon les calculs de l'ex-secrétaire d'Etat en charge du numérique Mounir Mahjoubi, Apple n'aurait déclaré en France en 2018 que 925 millions d'euros de chiffre d'affaires contre un chiffre d'affaires réel estimé à 3,9 milliards d'euros. Apple devrait ainsi payer 399 millions d'euros d'impôt en plus que ce qu'il paie. 

Et si Apple estime être dans les clous au niveau du droit, la compagnie a tout de même accepté en début d'année une transaction avec le fisc français pour avoir transféré en Irlande une partie de son chiffre d'affaires. Le géant américain a ainsi réglé dix ans d'arriérés d'impôt sur les sociétés pour un montant avoisinant les 500 millions d'euros. Car si la pratique n'a rien d'illégale, elle peut être reconsidérée par Bercy en cas d'abus. 

Dans le reste de l'interview aux Echos, Tim Cook fait part de son scepticisme face au futur projet de monnaie de Facebook. Sans directement nommer le libra, le patron d'Apple assure que sa compagnie n'a pas l'intention de créer sa propre devise. 

Je pense profondément que la monnaie doit rester dans les mains des Etats. Je ne suis pas à l'aise avec l'idée qu'un groupe privé crée une monnaie concurrente. Une entreprise privée n'a pas à chercher à gagner du pouvoir par ce biais. La monnaie, comme la Défense, doit rester dans les mains des Etats, c'est au coeur de leur mission. Nous élisons nos représentants pour assumer des responsabilités de gouvernement. Les entreprises ne sont pas élues, elles n'ont pas à aller sur ce terrain.

Apple semble ainsi vouloir se démarquer des ambitions hégémoniques de certains de ses concurrents comme Facebook ou Google. "Certains ont sans doute été arrogants, c'est vrai. D'où les critiques, estime le Pdg d'Apple qui assure ne pas craindre d'être ciblé pour abus de position dominante comme l'est actuellement Facebook. 

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco