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Ondes radio, 4G, 5G: la lutte contre les brouilleurs, nouveau défi des autorités

Free Mobile, qui était passé début mai 2015 devant son concurrent Numericable-SFR en nombre de sites d'antennes-relais 4G, a conservé son avance au 1er juin.

Free Mobile, qui était passé début mai 2015 devant son concurrent Numericable-SFR en nombre de sites d'antennes-relais 4G, a conservé son avance au 1er juin. - Philippe Huguen-AFP

Les brouilleurs, illégaux en France mais facilement accessibles en ligne, peuvent venir fortement perturber des signaux radio, GPS, ainsi que 2G, 3G et 4G. L'ANFR et la gendarmerie notent une nette hausse de leur utilisation.

Ce sont de petits appareils portatifs qui peuvent causer, à eux seuls, de sérieuses perturbations des réseaux utilisés par les Français au quotidien. Les brouilleurs, dont les prix avoisinent une centaine d'euros pour les appareils de milieu de gamme, peuvent être utilisés pour parasiter tous types de signaux, à commencer par ceux que nous utilisons pour passer des appels ou aller sur Internet depuis un mobile.

Faciles à manier, ils peuvent créer des interférences sur une bande de fréquences à même d'entraver, voire d'empêcher, son utilisation. L'ANFR, l'Agence nationale des fréquences qui se charge d'en faire respecter le spectre (la bonne utilisation des fréquences), voit dans ces brouilleurs une menace bien réelle.

"Les menaces que les brouillages, offensifs ou non intentionnels, font peser sur tous les secteurs de l’économie et de l’Etat n’ont rien à envier aux menaces liées aux attaques informatiques", explique auprès de BFMTV Catherine Gabay, directrice adjointe du contrôle du spectre.

Et cette même menace, qui vient planer aussi bien sur les services de radiocommunication que sur certaines antennes 3G et 4G, a récemment pris de l'ampleur. Auprès du Point, le chef adjoint du service Aix-Marseille de l'ANFR confiait mi-avril que le nombre d'interventions pour mettre fin à des brouillages avait augmenté de façon exponentielle au premier trimestre 2021.

Sur cette période, une centaine d'interventions, main dans la main avec la gendarmerie, ont ainsi été dénombrées pour ce même service, dont le champ d'action va des Pyrénées-Orientales aux Alpes du Sud.

Trois types d'attaques

Au niveau national, l'ANFR traite environ 1500 cas de brouillages par an, d'après des chiffres transmis à BFMTV. "Il s’agit majoritairement de brouillages concernant des réseaux de téléphonie mobile (3G/4G). Sur les 1500 cas de brouillages, près de 1100 cas sont des brouillages des réseaux de téléphonie mobile.

Les autres types de brouillages concernent essentiellement la réception de la TNT, des réseaux de sécurité (aviation civile, Météo, réseau rail GSM-R, réseau de la Défense…) ou encore des réseaux professionnels", détaille l'agence.

"Nos équipes de contrôle du spectre sont extrêmement sollicitées", poursuit l'ANFR. "Le nombre de signalements de brouillages transmis à l'ANFR pour intervention est en nette hausse. 633 cas sont en cours d’instruction dans les différents services régionaux de l’ANFR. Soit 69 de plus en un mois".

D'après une source de la gendarmerie, ces attaques prennent essentiellement trois formes.

Certains brouillages s'avèrent involontaires. L'ANFR relatait tout récemment le cas d'un casque audio analogique mal réglé, venu empiéter sur les signaux 4G de deux antennes environnantes (dans la bande 800 MHz), dans le département du Gard, sans que son propriétaire ne s'en aperçoive. Il aura suffi de débrancher ce même casque pour que le signal soit à nouveau émis correctement.

"Ces cas de brouillages involontaires, sans intention de nuire, ont connu une franche augmentation. Le nombre de cas traités par an est passé d'une centaine en moyenne à 230 sur la seule année 2020", note l'ANFR.

Mais les brouilleurs peuvent aussi trouver leur utilité dans le cadre d'activités illicites pour venir, par exemple, parasiter les communications autour d'un convoi de transport de stupédiants ou neutraliser un système d'alarme sans fil lors d'un cambriolage.

Viennent ensuite les brouillages "offensifs", pour "nuire au système" en lui-même, toujours d'après cette source, émanant parfois de militants anti-4G ou 5G. Ces opérations restent néanmoins marginales et difficiles à mener à grande échelle. "Les cas intentionnels liés à l’utilisation de brouilleurs sont minimes", précise l'ANFR. "Nous en traitons environ une vingtaine par an."

De lourdes sanctions

Les brouilleurs, du plus simple au plus sophistiqué, sont interdits en France. Pourtant, ils sont accessibles en quelques minutes sur Internet, parfois sur de bien connues plateformes de vente en ligne. En cas de brouillage, les recours des opérateurs peuvent s'avérer limités. L'intervention conjointe de l'ANFR et de la gendarmerie ne se fait qu'a posteriori.

"Plus on avance, plus nos technologies sont résistantes au bruit (électromagnétique), mais à des niveaux qui permettent encore des brouillages assez simples", souligne un expert des réseaux télécoms auprès de BFMTV.
"La seule protection contre ces brouillages reste la cage de Faraday", ironise la source proche de la gendarmerie, à propos de ce recours pour le moins délicat à mettre en œuvre concrètement. "Les voitures équipées de capteurs de l'ANFR, qui s'apparentent à 'la police du spectre électromagnétique', peuvent permettre de détecter le brouillage anormal de signaux", complète-t-il.

Au titre de l’article L.39-1 du Code des postes et des communications électroniques, le fait de perturber les émissions hertziennes d'un service autorisé en utilisant un équipement radioélectrique, dans des conditions non conformes, est passible d’une sanction pénale de six mois d'emprisonnement et de 30.000 euros d'amende.

À cela s'ajoute une possibilité, qui incombe à l'ANFR: appliquer à la personne responsable une taxe de 450 euros pour les frais d'intervention occasionnés par l'usage d'une installation radioélectrique en dehors des conditions légales et réglementaires, dès lors qu'elle aura causé le brouillage d'une fréquence régulièrement attribuée. La saisie du matériel d'émission est elle aussi prévue.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech