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Mobilisations, dégradations d’antennes... L’opposition à la 5G déteint sur la 4G

La France a déjà autorisé l'ouverture de près de 10.000 sites pour implanter des antennes relais 4G.

La France a déjà autorisé l'ouverture de près de 10.000 sites pour implanter des antennes relais 4G. - -

Alors que des mouvements d'opposition à l'installation d'antennes 4G essaiment sur le territoire français, les opérateurs constatent une recrudescence des dégradations contre ces équipements.

Ils font les gros titres de la presse régionale. Du Finistère à la Sarthe en passant par les Pyrénées-Orientales, les riverains se fédèrent par petits groupes pour s’opposer non pas à la 5G mais à l’installation d’antennes 4G. Le phénomène n'est pas nouveau. Mais, sur le seul mois dernier, au moins sept cas d'opposition à l'installation de nouveaux pylônes ont été relayés par les médias.

Le 23 août, 110 manifestants se sont ainsi rassemblés à Courtillers dans la Sarthe pour protester contre l'installation à venir d'une antenne 4G par Orange, relevait récemment Ouest-France. À Corvasy, dans les Pyrénées-Orientales, une pétition a été lancée pour qu'une antenne Bouygues ne vienne pas "défigurer le paysage". Des habitants de Longeray, en Savoie, entendent pour leur part aller "jusqu'au bout dans leur combat contre l'antenne". Une vingtaine d'électrosensibles de Locronan, en Bretagne, se sont pour leur part déplacés jusqu'aux lieux des travaux, pour contrecarrer les projets d'Orange.

Une soixantaine d'attaques de pylônes en 2020

Parmi les arguments les plus régulièrement invoqués pour justifier leur franc rejet de la 4G, la crainte des effets sanitaires des ondes et des champs électriques, de la pollution visuelle occasionnée par ces infrastructures, mais aussi le refus du progrès à tout prix. "On observe de petits groupes de riverains qui se fédèrent, sur le territoire français, pour obtenir le déplacement de pylônes qui devraient être installés chez eux ou empêcher leur installation", confirme Nicolas Guérin, secrétaire général d'Orange et président de la Fédération française des télécoms. Il n'y voit cependant pas le cœur du problème, les protestations liées au retard de déploiement du mobile étant selon lui plus prégnantes que l'opposition anti-4G.

Ce qui a augmenté, de façon significative, ce sont les dégradations et le vandalisme, notamment durant la période de confinement. En l’occurrence, le débat sur la 5G, et les doutes ou fantasmes à propos de cette technologie, viennent déteindre sur la 4G. On estime qu’en France, tous opérateurs confondus, il y a eu une soixantaine d’attaques de pylônes depuis le début de l'année", poursuit-il.

Ces mêmes actes de vandalisme, qui émanent de groupes disparates, prennent essentiellement la forme d'effractions, de tentatives de déboulonnages ou encore d'incendies. Fin mai, au sortir du confinement, une enquête a ainsi été ouverte dans l'Aude, après l'incendie d'une antenne-relais qui desservait trois opérateurs téléphoniques. Une vingtaine d'incidents similaires avaient été signalés les semaines auparavant et recensés par le service central du renseignement territorial, relevait à l'époque Le Parisien.

Un essoufflement en juin

"Ce phénomène s’est essoufflé légèrement en juin, à la fois car le déconfinement a rendu ce genre d’actes plus difficiles à mener. Les premières condamnations judiciaires ont par ailleurs eu un effet dissuasif", fait remarquer Nicolas Guérin. "Certaines d’entre elles, dont l’une de trois et quatre ans de prison ferme pour deux hommes responsables de l’incendie d’une antenne-relais dans le Jura, adressent un message clair aux auteurs."

Les opérateurs indiquent prendre en compte cette opposition et faire montre de pédagogie sur le terrain. Leurs efforts se concentrent notamment sur quelques idées reçues à démystifier. "Beaucoup de légendes urbaines circulent encore, selon lesquelles on pourrait, en tant qu’opérateur, installer un pylône sans que les riverains ou le maire soient au courant. C’est absolument faux", rappelle Nicolas Guérin.

L'ombre de la fronde anti-5G

"Tous les pylônes sont recensés sur le site de l’Agence nationale des fréquences (ANFR) et soumis à des autorisations de mission. Les maires sont informés de ces demandes d’implantation d’équipements et ont la possibilité d'en informer les riverains. Ces derniers peuvent quant à eux demander à l’ANFR de faire des mesures d’émission, s’ils ont des inquiétudes quant aux ondes émises par ces installations."

Et pour rendre ces mêmes pylônes plus discrets, les opérateurs ont pris l'habitude d'adopter des techniques de dissimulation. "Certains sont peints en vert, voire camouflés en arbre: d’autres sont installés sur des sites entourés de verdure. Cela ne marche pas à tous les coups et certains sont plus visibles que d’autres, notamment ceux de 35 mètres de hauteur", précise le président de la Fédération française des télécoms.

Alors que les enchères pour les fréquences 5G s'apprêtent à s'ouvrir, d'ici la fin du mois, l'opposition à cette technologie monte en puissance, quitte à venir imprégner le champ politique. Plusieurs maires écologistes élus aux dernières élections municipales ont pointé du doigt les dangers de ce nouveau standard de téléphonie mobile. Le député insoumis François Ruffin réclame quant à lui un moratoire sur son déploiement, en raison de ses "conséquences environnementales et sanitaires". Les opérateurs redoutent d'ores et déjà des dégradations contre les nouvelles antennes. Indiscernables des antennes 4G, elles ne feront pas l'objet d'une sécurisation plus importante.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech