BFM Business

3 questions pour comprendre le phénomène Pokémon Go

Captures d'écran dans Pokémon Go.

Captures d'écran dans Pokémon Go. - Xavier Allain, Jamal El Hassani

Le jeu pour smartphones, sorti la semaine dernière dans quelques pays, rencontre déjà un large succès auprès des amateurs. Mais pourquoi ?

Cela ne fait même pas une semaine que Pokémon Go est disponible dans une poignée de pays (Etats-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande), et déjà, le jeu mobile déchaîne les passions. Aux Etats-Unis, il a dépassé dès le 7 juillet (un jour après sa sortie) le nombre d’installations de l’application de rencontres Tinder sur Android. Et le 8 juillet, le jeu était présent sur plus de 5% des téléphones Android du pays, selon l'analyste SimilarWeb.

Face à cette frénésie et des serveurs de jeu surchargés, Niantic, le développeur de Pokémon Go, a annoncé que le déploiement international du jeu, notamment en France, était pour l’instant mis en pause. Ce qui n’a pas arrêté les Internautes: ils se sont procuré Pokémon Go ailleurs que sur les magasins d’applications officiels d’Android et iOS. Ainsi, le site apkmirror.com, qui permet de télécharger des applications pour Android, dont Pokémon Go où que l’on soit dans le monde, a vu son trafic augmenter de presque 600% pour atteindre plus de 4 millions de visiteurs le 6 juillet, jour de la sortie de l’application.

Alors, en quoi consiste Pokémon Go, et pourquoi rencontre-t-il un tel succès ? La réponse en trois questions.

Pokémon, c’est quoi ?

Reprenons les bases. Pokémon est une jeu de rôle japonais dans lequel le joueur incarne un dresseur de Pokémon, des "monstres de poche" ("Pocket Monster" en anglais) que l’on peut trouver, capturer, faire évoluer, combattre et échanger dans un vaste monde imaginaire qui fourmille d’autres dresseurs prêts à en découdre. Les premiers jeux Pokémon (versions verte et rouge) sont sortis au Japon en 1996 et en Europe en 1999 (versions rouge et bleu) sur la Game Boy, la console portable de Nintendo de l’époque. Le jeu est rapidement devenu culte pour toute une génération et de nouvelles versions avec de nouveaux Pokémon à capturer sont sorties régulièrement, toujours sur les consoles portables de Nintendo (Game Boy Color, Game Boy Advance, Nintendo DS, Nintendo 3DS). En comptant les nombreux dérivés de cette série, les jeux Pokémon se sont vendus à plus de 280 millions d’exemplaires dans le monde. Pokémon est également devenu une lucrative franchise, déclinée en dessins animés, cartes à jouer et nombre d’autres produits dérivés, qui a généré plus de 42 milliards d’euros de revenus (jeux vidéos compris), selon The Pokémon Company.

Pokémon Go, une énième version ?

Pas exactement. Le but dans Pokémon Go est toujours d’attraper des Pokémon, sauf que le joueur n’évolue plus dans un univers fictif, mais dans la ville dans laquelle il se trouve. L’application fait appel à la realité augmentée, une technologie qui ajoute une couche d’éléments virtuels au monde réel. Ainsi, dans Pokémon Go, on se déplace sur une véritable carte grâce à la géolocalisation de son smartphone, comme sur Google Maps. Sauf que les points d’intérêt, comme un parc, un monument ou une station de métro, sont transformés en "Poké Stop", zones dans lesquelles les joueurs peuvent attraper des Pokémon et trouver des objets (Pokéballs pour capturer des Pokémon, potions pour les soigner, encens pour les attirer…). Et les Pokémon rencontrés diffèrent selon l’endroit où l’on se trouve. Il va donc falloir marcher pour tous les attraper. Certains joueurs ont même pu en dénicher dans leur jardin, dans leur salon ou dans leur lit !

Outre ce mélange de réel et de virtuel, l’autre différence est que Pokémon Go met moins l’accent sur les combats — qui sont plus complexes et constituent l’occupation principale dans les jeux Pokémon traditionnels — pour insister plutôt sur la capture de monstres. D’autre part, Pokémon Go est un jeu free to play: son installation est gratuite, mais les joueurs pourront payer pour acheter différents objets et accélérer leur progression.

  • Pourquoi un tel engouement ?

C’est le premier Pokémon d’envergure (quelques mini-jeux existaient déjà) sur mobile . Nintendo, qui édite la série, a longtemps été réticent à sortir des jeux sur mobile. Notamment parce que sa stratégie consiste à faire de franchises cultes comme Mario, Zelda ou Donkey Kong des exclusivités Nintendo, qui doperont ses ventes de consoles. C’est donc l’occasion pour de nombreux nostalgiques de Pokémon qui n’ont pas de console portable Nintendo récente de se replonger dans le jeu grâce à leur téléphone. Et l’application met habilement à profit les fonctionnalités du smartphone, comme la géolocalisation ou l’appareil photo. Par exemple, lorsqu’on rencontre un Pokémon, la caméra du smartphone s’enclenche et le monstre apparaît dans l’environnement que l’on cadre. Pokémon Go réalise ainsi le fantasme caché de nombreux dresseurs: attraper des Pokémon "en vrai".

Jamal El Hassani