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L'Allemagne veut empêcher Facebook d'aspirer les données de WhatsApp

La nouvelle mise à jour de WhatsApp permet de supprimer ces messages envoyés par erreur.

La nouvelle mise à jour de WhatsApp permet de supprimer ces messages envoyés par erreur. - AFP

Une injonction administrative somme Facebook d'effacer les données déjà transmises, car le réseau social aurait dû, au préalable, demander l'autorisation aux utilisateurs de WhatsApp.

La nouvelle stratégie de partage de données entre WhatsApp et Facebook passe mal, en tous les cas en Allemagne. Aujourd’hui, mardi 27 septembre, une autorité allemande a interdit à Facebook de "collecter et enregistrer" les données des utilisateurs allemands de l'application de messagerie WhatsApp, rachetée par le réseau social américain en 2014.

Plus précisément, il s’agit de l'Autorité de protection des données de la ville-Etat de Hambourg (nord), où est installé le siège allemand de Facebook et dont les décisions valent pour l'ensemble du territoire. Cette administration a émis une injonction administrative interdisant "dès maintenant à Facebook de rassembler et d'enregistrer les données des utilisateurs allemands de WhatsApp". Mieux : Facebook doit "effacer les données déjà transmises à l'entreprise via WhatsApp", peut-on lire dans le communiqué.

Les données sont partagées dans tous les cas

Cette injonction fait suite à la modification fin août de la politique de confidentialité de WhatsApp, qui va désormais partager certaines données de ses utilisateurs – comme leur numéro de téléphone ou la fréquence d’usage – avec sa maison mère, le géant Facebook. Contrairement à ce que certains ont pu penser, ce partage de données est obligatoire pour tous les utilisateurs WhatsApp. Les utilisateurs existants avaient la possibilité pendant 30 jours de désactiver le partage à usage commercial (ciblage publicitaire par exemple). Mais le partage à usage technique ("amélioration de l'infrastructure", "protéger les systèmes", "combattre les spams", etc.) existe quoi qu’il arrive. Les nouveaux utilisateurs WhatsApp, quant à eux, n'auront même plus ce choix. Leurs données seront utilisées pour les aspects techniques et commerciaux.

Pour cette autorité allemande, cela va beaucoup trop loin. "L'injonction protège les données des quelque 35 millions utilisateurs de WhatsApp en Allemagne. Cela doit être leur décision s'ils souhaitent que leurs comptes soient liés à Facebook. Facebook doit pour cela leur demander au préalable l'autorisation. Cela n'est pas arrivé", explique le chef de l'office Johannes Caspar, qui espère que le géant des réseaux sociaux ne fera pas, à l'avenir, main basse sur les carnets d'adresse des utilisateurs de WhatsApp. "Cette masse gigantesques de données n'a pas encore été collectée par Facebook. La réponse de Facebook, qui dit que ceci n'a pas encore été fait pour l'instant, fait craindre des répercussions encore bien pire", souligne-t-il.

Facebook va faire appel

De son côté, le réseau social se montre rassurant. "Facebook respecte la loi de protection des données de l'UE. Nous allons faire appel de cette injonction et travailler avec l'autorité de Hambourg afin de répondre à ses questions et lever toute inquiétude", a réagi une porte-parole de Facebook, sollicitée par l'AFP. L'annonce du partage des données de WhatsApp avait été critiquée en Allemagne, très attachée pour des raisons historiques au respect de la vie privée. Avec cette stratégie, le réseau social cherche à rentabiliser ce service de messagerie gratuit, racheté au prix fort pour plus de 20 milliards de dollars en 2014.

L'office de protection des données de la ville-Etat s'est déjà illustré par le passé en demandant à Google, dont le siège est également situé à Hambourg, de modifier ses pratiques de divulgation des informations personnelles.

Gilbert Kallenborn, avec AFP