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ESTA, AVE, e-visas: les sites non-officiels sont-ils des arnaques?

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Avant de partir aux Etats-Unis ou au Canada, chaque voyageur français doit obtenir une autorisation, par le biais d’une plateforme en ligne. D'autres pays font de même pour l'obtention d'un e-visa. Une aubaine pour de nombreux sites non-officiels qui apparaissent en tête des résultats sur Google.

Ces sites Web s’appellent “esta.fr”, “france-esta.fr”, “avecanada.com", ou encore “canada-ave.com”. Ils ont pour point commun de proposer aux internautes de réaliser les démarches administratives pour entrer légalement aux Etats-Unis (avec l’autorisation de voyage baptisée ESTA) et au Canada (par la procédure AVE), sans nécessiter l'obtention d’un visa classique. Mais en parcourant les différents forums spécialisés, les termes “arnaque” leur sont fréquemment associés. En cause: la différence de prix avec le tarif pratiqué par les plateformes officielles et leur position avantageuse dans les résultats des requêtes sur les moteurs de recherche.

Des acteurs présents de longue date

Pour se rendre compte de la mainmise de ces quelques acteurs sur le marché, il suffit d’effectuer une recherche sur Google -dont les résultats sont susceptibles d’évoluer. En inscrivant les termes “ESTA”, “ESTA officiel” ou “AVE Canada”, les plateformes citées plus haut remontent toutes en bonne place. “Esta.fr” arrive en première position, devant le site de l’administration française informant les voyageurs, lui-même suivi par le site “france-esta.fr”. Le site officiel de l’administration américaine (“esta.cbp.dhs.gov”) n’arrive qu’en quatrième position.

Ce dernier arrive toutefois en première place lorsque l’internaute recherche les termes “ESTA officiel”. Mais le premier site en français, justement baptisé “esta-officiel.com”, s’affiche juste au-dessous. De la même façon, les sites “avecanada.com” et “canada-ave.com” s’affichent dans les premières places lors d’une recherche liée au système d’autorisation indispensable pour voyager au Canada.

Le site “esta.fr” est loin d’être un nouveau venu, avec pour preuve son nom de domaine très convoité. Il a été créé en 2013 et est géré par la société E-Max international, basée dans l’état américain du Delaware, souvent considéré comme un paradis fiscal. Bien implantée dans le secteur, cette dernière possède également le site “esta.es”, qui s’adresse aux internautes espagnols.

Un surcoût peu justifié

Dans sa version française, le site “esta.fr” affiche un drapeau français accolé à un drapeau américain. Pour faire sa demande, il est indispensable de remplir un long formulaire afin d’y indiquer son identité, les détails liés à ses documents de voyage (dont son passeport), ses coordonnées, le nom de ses parents, ainsi que des informations concernant le voyage à venir.

Le formulaire est strictement identique à celui proposé par le site officiel du Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis, disponible en français. Mais à la fin, la facture est bien différente. Sur la plateforme officielle, l’internaute doit débourser 14 dollars (environ 13 euros), contre 80 euros pour la plupart des sites créés par des entreprises privées. La différence peut s’avérer encore plus importante dans le cadre de l’AVE, qui coûte 7 dollars canadiens, soit moins de 5 euros.

Comment justifier cette différence de prix? Dans des pages dédiées à la présentation de leurs prestations, les sites évoquent régulièrement des frais de traitement, une vérification des informations et l’existence d’un service client. 

“Nous proposons [...] l’envoi d’un SMS de suivi permettant de télécharger à tout moment son ESTA, ou encore la notification d’expiration de l’ESTA par SMS et mail. [...] Ensuite, nous assurons un suivi des dossiers et des questions reçus par les clients, notamment pour les visas (en moyenne une dizaine de questions reçues par jour)” détaille à BFM Tech Franck de Védrines, cofondateur de l’entreprise Monsieur TSHIRT, mais surtout de l’entreprise Devandseo, qui possède le “france-esta.fr”. Créé en 2016, le site facture sa prestation 79,90 euros.

Autant de services dont peuvent se dispenser les voyageurs se rendant aux Etats-Unis: aucune impression de l’ESTA n’est nécessaire pour entrer dans le pays, tandis que l’administration américaine envoie également des mails avant l'expiration de cette autorisation -tous les deux ans- et propose un numéro de téléphone afin de venir en aide aux internautes. Si ces services ne constituent pas juridiquement une arnaque, il est bien difficile de justifier leur véritable pertinence.

Des données très sensibles

A la perte financière peut s’ajouter un risque de mésusage des données personnelles. Pour l’utilisateur, il est impossible de s’assurer que ces prestataires, souvent établis en dehors de l’Union européenne, respectent la loi sur la bonne gestion des informations fournies au travers des différents formulaires. Avec le partage de noms, prénoms, adresses mails, adresses postales et numéros de passeport, ces dernières sont pourtant très sensibles.

Basée en Gironde, la société Devandseo peine à démontrer que les informations qu'elle collecte sont protégées: “Nous sommes conscients que nous traitons un certain nombre de données personnelles. Par conséquent, des investissements ont été réalisés afin de sécuriser le serveur ainsi que le site internet afin d’éviter toute possibilité d’intrusion et surtout afin de tout mettre en œuvre pour respecter la réglementation en vigueur dans ce domaine” promet Franck de Védrines, qui ne souhaite pas communiquer sur les résultats financiers de son site Web.

Les limites de Google

Comme le suggère son nom, Devandseo attache avant tout de l'importance au SEO, acronyme de l'anglais “search engine optimization”. En clair, l’ensemble des méthodes utilisées par de nombreux acteurs du numérique afin que leurs contenus remontent au mieux dans les résultats Google, avec pour finalité d’attirer toujours plus d’internautes sur leurs plateformes.

Pour se retrouver en si bonne place, Franck de Védrines évoque la création de contenus susceptibles d’intéresser l’internaute -et donc d’être “appréciés” par les algorithmes de Google, comme “la rédaction de contenu pertinent sur les USA en général (informations sur les VISA, comment préparer son voyage, comment se loger, comment louer une voiture, etc.)”. 

Face à ces techniques aussi classiques qu’efficaces, Google a bien des difficultés à faire remonter les plateformes officielles en première position. Selon nos informations, l’entreprise américaine ne souhaite pas entraver le fonctionnement algorithmique et associer une sélection arbitraire, afin de privilégier certains acteurs. Pour maintenir les différents sites sur un pied d’égalité, la firme tente d’améliorer ses algorithmes pour mieux prendre en compte l’intérêt des portails officiels, qui sont souvent l’objet de la véritable recherche de l’internaute. 

David Zachara, en créateur des sites “esta-officiel.com”, “avecanada.com", et “canada-ave.com” (basés à l’Île Maurice), n’a pas souhaité s’exprimer auprès de BFM Tech.

esta, ave et e-visas

Notons que l'ESTA et l'AVE ne sont pas les seules procédures proposées par des sites non-officiels, bien plus coûteux. C'est également le cas des e-visas, des visas qui peuvent être obtenus entièrement en ligne pour certaines destinations. Afin éviter les mauvaises surprises, voici la liste de toutes les plateformes officielles existant à ce jour.

https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably Chef de service BFM tech