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Etats-Unis: comment l'invasion du Capitole s'est organisée sur les réseaux sociaux

Un partisan de Donald Trump a placé un drapeau en faveur du président sortant sur une statue de la rotonde du Capitole, le 06 janvier 2021

Un partisan de Donald Trump a placé un drapeau en faveur du président sortant sur une statue de la rotonde du Capitole, le 06 janvier 2021 - Saul LOEB © 2019 AFP

De très larges réseaux sociaux, dont Facebook et Twitter, mais aussi des plateformes de niche aux ascendants pro-Trump ont permis de planifier les émeutes survenues dans l'enceinte et aux alentours du Capitole américain.

De Facebook à Twitter en passant par l'application de messagerie sécurisée Telegram mais aussi Gab et Parler, deux plateformes en ligne prisées de l'extrême-droite américaine, les réseaux sociaux ont ces derniers jours pullulé de signes annonciateurs de l'invasion du Capitole survenue ce 6 janvier.

Ces plateformes ont fait office d'outils de mobilisation particulièrement efficaces mais aussi de redoutables caisses de résonance aux appels à la violence, qui se sont finalement concrétisés dans l'enceinte du Congrès américain.

Ces mêmes appels à la violence étaient ainsi, dans les jours ayant précédé l'insurrection, prévus et encouragés sur le forum américain au nom évocateur TheDonald, relève le site américain BuzzFeed News.

Des appels à la violence

"Sur TheDonald, plus de 50% des principaux messages du 4 janvier 2021, concernant la certification du Collège électoral du 6 janvier, comportaient des appels non modérés à la violence dans les cinq premières réponses", a constaté l’organisation Advance Democracy, une organisation américaine de recherche indépendante.

Peu connu du grand public français, ce forum n'en jouit pas moins d'une audience considérable, qui peut atteindre les 15 à 20 millions de vues par mois, confirme auprès de BFMTV Tristan Mendès-France, maître de conférence associé à l’Université de Paris, spécialisé dans les cultures numériques, et collaborateur de l’observatoire du conspirationnisme .

Quelques jours avant l'invasion du Capitole, des publications faisant référence à un nœud coulant à installer devant le Congrès pour "pendre Mike Pence", le vice-président de Donald Trump, ont également connu une audience importante sur Parler, un réseau social à l'ascendant alt-right. Ce dernier est apprécié pour la liberté de ton totale qu'il revendique, à rebours des règles de modération instaurées par Facebook ou Twitter. Ce nœud coulant a finalement été mis en place le 6 janvier aux abords du Congrès.

Les grands réseaux sociaux, pourtant conspués par les partisans de Donald Trump pour leur propension à la "censure", ont eux aussi servi d'outils de mobilisation.

"L'appel au rassemblement s'est essentiellement effectué par le biais de groupes Facebook pro-Trump, dans la lignée d'un mouvement lancé il y a plusieurs mois "Stop the Steal", selon lequel l'élection aurait été "volée aux Américains", indique ainsi Tristan Mendès-France.

Le groupe d'origine, qui comptait près de 320.000 membres, a été supprimé début novembre par Facebook, avant de réapparaître sous plusieurs groupes distincts.

En particulier, le groupe Red State Secession aura servi à partager des conseils sur des itinéraires de voyage pour se rendre à Washington, quitte à donner des recommandations de memes à publier sur les réseaux sociaux, pour amplifier encore davantage le mouvement. Le groupe, régulièrement cité, a une audience de 8.000 membres.

Facebook impliqué

Enfin, selon Advanced Democracy, plus de la moitié des comptes liés à la mouvance conspirationniste QAnon sur Twitter - environ 20.800 - ont fait référence au 6 janvier dans les jours ayant précédé l'invasion.

Toujours selon l'organisation, la majorité de ces messages n'appelaient pas explicitement à la violence, qui fait l'objet de règles de modérations strictes sur le réseau.

Le 5 janvier, Ashli Babbitt, la manifestante pro-Trump tuée au Capitole, avait elle aussi indiqué sur Twitter participer au large rassemblement prévu pour contester le résultat de l'élection présidentielle.

Ces groupes, onglets de discussion et forums restent pour l'heure actifs. "Au lendemain de cette invasion, deux théories coexistent chez les partisans de Donald Trump: une exaltation des plus radicaux mais aussi une posture de retrait d'une certaine frange des pro-Trump, avec la mise en route d’une mécanique complotiste", explique Tristan Mendès-France. Le tout, pour mieux se dédouaner des violences perpétrées sur place.
https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech