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Accusé d'espionnage, Huawei allume les contre-feux et tente de rassurer

Huawei s'est défendu bec et ongles, depuis la Chine, contre les accusations de cyberespionnage dont il fait l'objet de la part de plusieurs pays occidentaux.

Huawei s'est défendu bec et ongles, depuis la Chine, contre les accusations de cyberespionnage dont il fait l'objet de la part de plusieurs pays occidentaux. - Nicolas Asfouri-AFP

Huawei a réfuté publiquement tout lien avec les services de renseignements de Pékin. L'industriel chinois fait face à une vague d'accusation de cyberespionnage de nombreux pays occidentaux, lesquels l'excluent de leur marché pour les équipements télécoms mobiles 5G.

Huawei a organisé sa première riposte publique officielle aux accusations de cyberespionnage dont il est la cible de la part de nombreux pays d'Occident (États-Unis, Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande, Australie). Face à ces inquiétudes occidentales qui aboutissent à son exclusion des marchés des opérateurs télécoms dans ces pays, l'industriel chinois avait décidé d'ouvrir ses laboratoires de recherche aux journalistes et convié la presse à Dongguan, sur son vaste campus non loin du siège du groupe à Shenzhen (sud de la Chine).

Huawei dénonce l'absence de preuve sur les menaces qu'il ferait peser

"Il n'y aucune preuve que Huawei menace la sécurité nationale de quelque pays que ce soit", a martelé Ken Hu, le président de la firme chinoise de télécommunications. Le dirigeant a assuré que son entreprise n'a jamais reçu de la part du gouvernement chinois la moindre demande d'accès à des données liées aux réseaux des opérateurs fixes ou mobiles qui sont ses clients. "Interdire une entreprise en particulier ne peut résoudre les problèmes de cybersécurité", a jugé Ken Hu, assurant que de nombreux clients de Huawei continuait à lui faire confiance.

Huawei connaît une année 2018 difficile. Les États-Unis, inquiets de l'avancée chinoise dans le secteur des technologies, tentent de dissuader leurs alliés d'utiliser les équipements du groupe. L'entreprise chinoise a ainsi dû faire face ces derniers mois au rejet de ses équipements aux Etats-Unis, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Royaume-Uni, en France ou en Allemagne.

La République tchèque se méfie aussi de Huawei

"Faut-il s'inquiéter de Huawei ou d'autres entreprises chinoises ? Oui, je pense qu'il faut s'inquiéter", avait affirmé il y a dix jours le conmissaire européen Andrus Ansip, selon lequel ces entreprises sont contraintes de "coopérer avec leurs services de renseignement". L'opérateur britannique BT a annoncé début décembre qu'il se défaisait d'équipements de l'industriel chinois en téléphonie mobile, installé dans son réseau. À cette liste s'est ajoutée, lundi 17 décembre, la République tchèque, dont l'agence pour la sécurité de l'information et la cybersécurité a estimé que les logiciels et le matériel de Huawei constituaient une menace pour sa sécurité nationale.

Les accusations auxquelles Huawei doit faire face et les exclusions de certaines marchés nationaux dont il fait l'objet, tombent très mal à l'heure où les opérateurs télécoms s'apprêtent à investir dans la 5G, future norme de téléphonie mobile appelée à devenir un moteur de la transition numérique.

Avec ce déploiement de la 5G qui devrait s'accélérer dans les prochaines années dans le monde, la course entre équipementiers télécoms fait rage, les malheurs de Huawei faisant potentiellement le bonheur de ses deux grands rivaux occidentaux dans les télécoms mobiles: Ericsson et Nokia.

Huawei revendique 25 contrats signés pour la 5G

Pour rassurer les opérateurs étrangers, Huawei leur donne notamment accès à ses équipements dans des laboratoires dédiés, où ils peuvent les démonter totalement et avoir accès à leur code source. Huawei a déjà investi des milliards d'euros à cette fin, et signé 25 contrats commerciaux pour installer des réseaux 5G, a affirmé Ken Hu. Ces investissements pourraient cependant avoir été menés en vain si l'entreprise continue à être écartée des marchés occidentaux, selon des experts.

Ken Hu n'a cependant pas voulu commenter l'arrestation début décembre au Canada de sa directrice financière Meng Wanzhou, soupçonnée par la justice américaine de complicité de fraude pour contourner les sanctions américaines contre l'Iran. "Nous avons confiance dans l'impartialité et dans l'indépendance des systèmes judiciaires des pays impliqués", s'est-il contenté de déclarer. "Nous attendons avec impatience une juste conclusion de cette affaire." Accusée d'avoir favorisé une violation des sanctions imposées par Washington à l'Iran, Meng a été libérée sous caution mais a l'interdiction de quitter le Canada dans l'attente d'une audience d'extradition vers les États-Unis fixée à février 2019.

Frédéric Bergé avec AFP