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Évacuation controversée de migrants: à Calais, des violences "régulières" mais "invisibles"

Des policiers près d'un campement de migrants à Calais (photo d'illustration)

Des policiers près d'un campement de migrants à Calais (photo d'illustration) - DENIS CHARLET / AFP

Au lendemain de l'évacuation violente de la place de la République, plusieurs associations calaisiennes dénoncent la "politique de plus en plus répressive et liberticide" dont sont victimes les exilés.

Les "évacuations violentes" de campements de migrants, "rendues visibles" par l'importante médiatisation d'une opération controversée lundi soir à Paris, sont "régulières" voire quasi-quotidiennes mais "invisibles" à Calais, ont dénoncé ce mardi des associations intervenant sur le terrain, pointant une "dérive policière".

"Les associations calaisiennes intervenant auprès des personnes exilées apportent leur soutien à toutes les personnes migrantes, à Paris, à Calais et partout en France, victimes d'une politique de plus en plus répressive et liberticide" écrivent les associations L'Auberge des Migrants, La Cabane Juridique et Salam dans un communiqué commun. "À Calais, les violences et le harcèlement policier sont permanents", y accusent-elles.

"Je suis choquée, il s'est passé la même chose à Paris que sur le littoral" du Nord et du Pas-de-Calais, où se concentrent depuis des années des migrants désireux de rejoindre clandestinement la Grande-Bretagne, a expliqué à l'Agence France-Presse (AFP) Claire Millot, de l'association Salam.

"Le genre de choses qu'on voit un jour sur deux"

L'évacuation musclée de centaines de migrants place de la République à Paris, "c'est le genre de choses qu'on voit un jour sur deux à Calais, des démantèlements de façon très brutale, où (les forces de l'ordre) prennent les tentes ou les lacèrent, prennent les couvertures, les vêtements", a assuré Claire Millot.

"L'expulsion des lieux de vie, avec confiscation des bien personnels, dans un contexte violent accompagné d'interpellations (...), ici c'est quotidien", a aussi affirmé Chloé Smidt, coordinatrice du Human Rights Observers (HRO) à Calais et Grande-Synthe, dénonçant une "banalisation" des violences.

Mais contrairement aux évacuations parisiennes, "à Calais c'est aujourd'hui peu médiatisé", explique François Guennoc, représentant de l'Auberge des migrants.

Difficile à médiatiser

Alors que "tous les deux jours désormais", les autorités évacuent plusieurs petits campements simultanément, "c'est assez difficile à médiatiser: nos équipes sont éloignées du périmètre et les médias sont peu présents", poursuit-il. Face à une situation "installée" dans la durée, "il y a une certaine usure des médias".

Les démantèlements massifs, plus rares, s'effectuent hors du centre-ville, dans des lieux souvent "difficiles d'accès". À Paris, "il y avait aussi beaucoup de soutiens, des associatifs, des journalistes", qui devant les caméras "ont été nassés, matraqués, bousculés", ce qui a choqué l'opinion publique, ajoute-t-il.

Mais si elles sont moins visibles, ces évacuations entraînent "une dispersion importante des exilés dans la ville" rendant plus difficile l'action des associations, qui estiment à plus de mille le nombre de personnes exilées qui "survivent dans des campements précaires détruits toutes les 48h".

La préfecture pointée du doigt

Souvent mise en cause par les associations, la préfecture du Pas-de-Calais, qui engage régulièrement des opérations de "mises à l'abri" des migrants, souligne que "l'action des forces de sécurité répond à des règles de déontologie strictes qui sont régulièrement rappelées par la hiérarchie".

Les associations rappellent dans leur communiqué qu'elles ont assigné, avec des personnes exilées, le préfet devant le Tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer pour une opération d'expulsion le 29 septembre qu'elles estiment illégale. L'audience se tiendra le 2 décembre.

F.B. avec AFP