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Sauvé par une PME locale, le débardeur marseillais entre au musée

Sugar continue de fabriquer l'iconique débardeur dans son usine de Marseille

Sugar continue de fabriquer l'iconique débardeur dans son usine de Marseille - CLEMENT MAHOUDEAU

Sugar, une entreprise familiale de Marseille, continue d'utiliser des métiers à tricoter des années 1950. Une exposition rend hommage à cette icone de la mode qu'est le débardeur.

Vêtement ouvrier devenu symbole des femmes libres dans les "années folles" puis adopté par des stars comme Freddy Mercury, le débardeur, petit haut de coton sans manche, s'expose à Marseille, où il se fabrique encore sur des machines historiques.

A l'origine, ce "vêtement du dessous" était un tricot de peau formé d'une seule pièce de coton tubulaire, absorbant bien la sueur grâce à sa maille tricotée, rappelle à l'AFP Colline Zellal, commissaire associée de l'exposition "Vêtements modèles" organisée jusqu'au 6 décembre au Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (Mucem) autour de cinq vêtements "iconiques" ayant traversé les époques et les modes.

Particulièrement adapté au travail physique, des usines aux grands ports maritimes comme celui de Marseille, le débardeur tire son nom de "débarder", l'action de décharger des marchandises à quai, explique Isabelle Crampes, commissaire de l'exposition, engagée dans une démarche de soutien aux savoir-faire textiles de par le monde.

Une entreprise familiale marseillaise, Sugar, continue de le fabriquer avec des métiers à tricoter des années 1950. La fratrie Tokatlian -Jean-Richard, Anne-Marie et Rosemonde, enfants d'un tailleur et d'une maroquinière- a eu l'idée d'en relancer la fabrication en 1980.

"Mon frère a trouvé un débardeur en coton blanc chez un grossiste. Il me l'a apporté et m'a dit débrouille-toi, fais quelque chose avec ça. Je l'ai porté chez un artisan teinturier et tout à coup dans les couleurs, les bleus, les verts, les roses, c'était magnifique!", se souvient Anne-Marie Tissot (née Tokatlian), cofondatrice de Sugar.

Une vingtaine de salariés au travail

La marque expose au salon du prêt-à-porter à Paris et "tout à coup la foule, on a le monde entier sur le stand pour le débardeur. Joseph à Londres (célèbre magasin de prêt-porter), des magasins de New York, c'était incroyable", se souvient-elle.

Aujourd'hui, dans l'atelier du quartier de La Rose, les métiers à tisser rachetés aux anciens équipementiers du port continuent leur délicat ballet circulaire, avec leurs centaines d'aiguilles, leur carrousel de bobines de fil de coton qui tricotent le fameux tube de coton en maille Richelieu, sous l'oeil attentif de Pierre Parisi.

"Quand on a affaire des machines si vieilles, historiques, il faut les bichonner", explique à l'AFP cet opérateur technique gardien d'un savoir-faire unique.

Avec une vingtaine de salariés, Sugar fabrique artisanalement, en collaboration avec un teinturier basé en France et du coton cultivé en Europe des centaines de débardeurs par mois avec la volonté de faire "une mode durable". Avec ce "made in France, nous sommes un peu le dernier des Mohicans" alors que tellement d'usines textiles ont été délocalisées en Asie et ailleurs, sourit Anne-Marie. Mais ce savoir-faire a un prix. Les débardeurs Sugar coûtent entre 70 et 85 euros la pièce.

C.C. avec AFP