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Probiotiques, cannabis thérapeutique… Comment Boiron doit se réinventer après le déremboursement de l'homéopathie

Boiron en quête de renouveau

Boiron en quête de renouveau - Boiron

Le groupe voit son chiffre d'affaires baisser depuis plusieurs années, notamment en raison de la fin du remboursement des préparations homéopathiques par la sécurité sociale. Mais les laboratoires Boiron n'entendent pas faire une croix sur leurs gélules miracle et cherchent désormais à se diversifier. 

Les temps sont durs pour Boiron. Le 1er janvier dernier, le déremboursement total des préparations homéopathiques a été acté au Journal Officiel, après plusieurs baisses successives. Cette décision était la conséquence logique d'un avis de la Haute Autorité de Santé (HAS) du 26 juin 2019 qui avait conclu que l'intérêt clinique de ces produits était insuffisant pour justifier le maintien d'une prise en charge par l'Assurance maladie. 

Mais pour Boiron, ce déremboursement est une catastrophe économique. Le groupe français a encore enregistré une baisse de 7,8% de son chiffre d'affaires en 2020 à 513,6 millions d'euros en 2020. Paradoxe de la pandémie: grâce aux gestes barrière, les symptômes hivernaux ont été drastiquement limités et les ventes de Boiron au dernier trimestre ont en conséquence baissé de 9%. 

La baisse est davantage marquée en France: -11% à 278 millions d'euros (contre 313,4 millions en 2019). Pour autant, Boiron a limité la casse dans l'hexagone, au dernier trimestre, notamment grâce au lancement de nouveaux produits sur le marché.

On ne lâche rien sur l'homéopathie" expliquait en octobre dernier, sur BFM Business, sa directrice générale Valérie Lorentz-Poinsot. 

Probiotiques et cannabis

Reste que le groupe pharmaceutique doit désormais entamer sa diversification pour ne pas se faire piéger par un marché devenu incertain. Première décision, le lancement d'une gamme de probiotiques qui répondent au positionnement de la marque à savoir "soigner sans nuire". Sous le nom d'Osmobiotic, cette gamme a été lancée en novembre dernier pour conquérir une bonne part d'un marché mondial évalué à 6 milliards d'euros. 

Un autre axe de croissance, plus surprenant, est celui du cannabis thérapeutique. À la suite d’un appel à candidatures lancé en octobre 2020, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a finalement sélectionné (entre autres) Boiron et son partenaire, le britannique Emmac Life Sciences, pour l'expérimentation du cannabis à usage médical dans l'hexagone. 

Participer à cette expérimentation s’inscrit dans notre projet d’apporter aux patients en impasse thérapeutique des solutions efficaces. Le cannabis thérapeutique est une alternative d’avenir notamment pour la prise en charge de certaines douleurs chroniques et complexes", souligne Valérie Lorentz-Poinsot, directrice générale de Boiron, dans un communiqué.

Dans un lointain passé, les laboratoires ont d'ailleurs exploité du cannabis, avant que la règlementation ne l'interdise totalement dans la pharmacopée homéopathique. Concrètement, Boiron se contentera donc d'exploiter le cannabis fourni par Emmac Life Sciences, leader européen du secteur.  

Pour autant, Boiron n'a pas fait une croix sur l'homéopathie et tourne désormais les yeux vers l'étranger.

"Il y a encore deux ans, le groupe faisait 62% de son chiffre d'affaires en France. Désormais, c'est 50% en France et 50% à l'international, expliquait Valérie Lorentz-Poinsot sur BFM Business. Nous avons une belle progression dans les Amériques, l'Amérique du nord mais aussi le Brésil, la Colombie."  

Surtout, la pandémie a retardé le lancement de produits sur un continent alléchant: l'Asie. La Chine, la Thaïlande, le Vietnam, la Malaisie… Des pays où l'homéopathie commence à être demandée. Boiron espère y régner, comme le laboratoire a su le faire en France. 

Thomas Leroy Journaliste BFM Business