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Privée d'une partie des cotisations, la caisse de retraite complémentaire des salariés cherche 2 milliards

Le régime Agirc-Arrco dans le vert en 2019

Le régime Agirc-Arrco dans le vert en 2019 - Philippe Hughen-AFP

Après s'être vu refuser une avance de trésorerie par l'Etat et ne souhaitant pas piocher dans ses réserves, le régime Agirc-Arrco, va se résoudre à emprunter 2 milliards d'euros auprès des banques pour assurer le paiement des pensions de juin et juillet.

Dans le vert en 2019 pour la première fois depuis neuf ans, les comptes de l’Agirc-Arrco devraient redevenir déficitaires cette année. En cause, la crise sanitaire et la mise en place du chômage partiel qui a fait chuter les cotisations collectées par le régime de retraite complémentaire des salariés du privé. Sans oublier les reports de cotisations sociales accordés par le gouvernement.

Pour compenser l'absence de trésorerie à court terme, et s’assurer du paiement des pensions de juin et juillet, les partenaires sociaux qui gèrent seuls l’Agirc-Arrco ont réclamé une avance de trésorerie de 8 milliards d’euros à l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss), rapporte Le Monde. Depuis la publication d'une ordonnance le 25 mars, l’établissement public peut en effet accorder des prêts ou des avances de trésorerie de moins de douze mois aux régimes complémentaires en difficulté.

Un besoin réestimé à 2 milliards d'euros 

Seulement voilà, l’Etat n’a pas souhaité apporté son aide à l’Agirc-Arrco. Pour justifier leur refus, Gérald Darmanin, Laurent Pietraszewski et Olivier Véran ont écrit aux gestionnaires de l'Agirc-Arrco que leur caisse n’avait pas besoin du soutien de l’Etat compte tenu des "actifs obligataires, qui constituent une part substantielle des réserves" et qui "sont de nature à permettre la couverture du besoin (de financement)".

De fait, les réserves de l’Agirc-Arrco, essentiellement composées d’actions et d’obligations sont estimées à 65 milliards d’euros. "On a des réserves mais c’est un peu bête de vendre des actions au mauvais moment", rétorque Frédéric Sève, secrétaire national CFDT, contacté par BFM Eco.

Fort heureusement, les prévisions initiales ont été surestimées: "On s’est finalement aperçu que les chutes de cotisations étaient moins importantes que prévu. Notre besoin de trésorerie est donc tombé à 2 milliards d’euros", poursuit Frédéric Sève. Pour y répondre, les partenaires sociaux devraient donc faire un prêt classique auprès d’établissements bancaires, comme cela leur a été conseillé par le gouvernement.

Pas de problème de versement 

Quoi qu’il arrive et eu égard au niveau de leurs réserves qu’ils pourront toujours solliciter en dernier recours, les gestionnaires de l’Agirc-Arrco assurent qu’il n’y aura aucun problème pour le versement des pensions cet été. "Il n’y a jamais eu de défaut sur le versement des pensions depuis la création du régime en 1947", rappelle Frédéric Sève.

Reste que la crise aura tout de même "un impact" sur le régime, reconnaît-il alors que l’augmentation attendue du chômage risque à nouveau de faire baisser les cotisations. Dans ce contexte, les questions pour assainir les comptes "se poseront", poursuit le secrétaire national CFDT.

Comment procéder pour retrouver l’équilibre?

Comme toujours dans ces cas-là, il n’existe pas pléthores de solutions pour retourner à l'équilibre. Première hypothèse: geler les pensions. Une option délicate alors que les organisations syndicales et patronales ont trouvé un accord en octobre 2019 pour garantir une hausse des pensions au moins équivalente au niveau de l’inflation jusqu’en 2022.

Autre possibilité: faire travailler les salariés plus longtemps en retardant l'octroi de la pension même à ceux qui ont atteint l'âge leur permettant de toucher leur retraite de base à taux plein. Mais "l’augmentation de l’âge de départ ne rapporte rien à court terme", note Frédéric Sève. Selon lui, les salariés du privé ne peuvent pas payer seuls les pots cassés sachant qu’ils ne sont en rien responsables de cette crise exceptionnelle et que d’autres régimes, comme celui des fonctionnaires, ne seront pas affectés.

Plutôt que d’absorber le coût de la crise via des décisions sur les retraites des seuls salariés du privé, il propose de "l’absorber collectivement", par exemple via l’impôt ou la dette publique.

Paul Louis