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Baisse des taux de la BCE: quelles conséquences pour votre argent?

La BCE affirme que ses mesures n'auront pas d'impact direct sur l'épargne des particuliers.

La BCE affirme que ses mesures n'auront pas d'impact direct sur l'épargne des particuliers. - -

La BCE a annoncé, jeudi 5 juin, des baisses de taux importantes pour lutter contre la faible inflation. Ces mesures auront-elles des conséquences directes pour les particuliers?

Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne a annoncé, jeudi 5 juin, des baisses de taux. Une révolution jamais menée par une grande banque centrale.

La BCE a ainsi porté en territoire négatif son taux de dépôt, à -0,10%. Il stagnait à 0% depuis juillet 2012. Le principal taux directeur a, lui, été abaissé à 0,15%. Depuis novembre, il restait à 0,25%. Mais quelles conséquences auront ces annonces très techniques pour les particuliers?

> L'impact pour les crédits immobiliers

Sans conséquence ou presque pour le crédit immobilier : voilà ce que pourraient être les conclusions des annonces de la BCE.

Le principal taux de la Banque centrale est l'outil principal dont elle dispose pour influer sur l'octroi de crédits et contrôler l'évolution des prix en zone euro. Le fait qu'il passe de 0,25% à 0,15% ne va pas avoir réellement d'impact sur le crédit immobilier, "tout simplement parce que nous sommes depuis maintenant quelques années déjà, dans une politique extrêmement accommodante de la BCE avec des taux inférieurs à 1% depuis décembre 2011", explique Hervé Hatt, président de Meilleurtaux.

En effet, les taux des crédits immobiliers enregistraient, début juin, leur huitième mois consécutifs de baisse, selon les chiffres du courtier Empruntis. Le taux moyen sur 15 ans ressortait ainsi à 2,85% contre 2,9% en mai, et à 3,15% sur 20 ans, contre 3,2% en mai.

Néanmoins, si ces annonces n'auront pas un impact significatif sur l'évolution des taux immobiliers, elles devraient leur permettre de rester bas. Le mois de septembre est la dernière fenêtre de tir pour les banques avant une fin d'année souvent calme. Elles pourraient donc en profiter pour attirer encore des clients d'ici là avec des taux toujours attractifs.

> L'impact pour les épargnants et les emprunteurs

La quasi-totalité des mesures de la BCE sont censées favoriser les conditions de crédit, que ce soit pour les entreprises ou les particuliers. L'une d'entre elles peut toutefois avoir des conséquences risquées: la baisse du taux de dépôt qui est désormais négatif: à -0,10%. En clair, la BCE taxe les dépôts excédentaires que les banques commerciales viendraient placer chez elle, pour les inciter à prêter davantage.

De fait, la décision de la BCE représente pour les banques un coût ou tout du moins un coût d'opportunité. La question cruciale est de savoir si elles vont répercuter ce coût sur leurs clients, voire proposer elles-mêmes des taux négatifs?

La BCE a préféré couper court à ce genre de craintes. Dans un document publié sur son site, elle affirme qu'il n'y "aura pas d'impact direct sur votre épargne". "Seules les banques qui déposent de l'argent dans certains comptes de la BCE devront payer. Les banques commerciales peuvent bien sûr choisir de baisser les taux", ensuite. Mais l'institution de Francfort explique qu'en réalité ses décisions sur les taux "vont profiter aux épargnants" car "elles vont soutenir la croissance et créer un climat dans lequel les rendements (et donc la rémunération de l'épargne, ndlr) peuvent graduellement revenir à de plus hauts niveaux".

Gilles Moec, co-directeur des études économiques chez Deutsche Bank, explique que "ce qui s'est vu au Danemark (pays qui a, lui aussi, mis en place des taux négatifs, ndlr) , c'est que les banques n'ont pas baissé les taux de dépôts, ce qui est techniquement compliqués, mais ont augmenté le coût du crédit. Elles ont ainsi récupéré par ce moyen les marges qu'elles avaient perdu sur le taux de dépôt".

De façon plus pragmatique, on imagine mal les banques françaises afficher des taux d'intérêts négatifs sur leurs produits d'épargne quand le livret A, dont le taux est réglementé, est lui ancré à 1,25%.

Diane Lacaze et Julien Marion