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Placements: comment investir au mieux 50.000 euros en fonction de votre profil de risque

"L'horizon de temps définit le profil de risque et de positionnement des encours".

"L'horizon de temps définit le profil de risque et de positionnement des encours". - Pixabay

Que vous disposiez d'un profil prudent, équilibré ou plus ouvert au risque, vous n'allez pas investir 50.000 euros de la même manière.

Bien sûr, l'adage selon lequel "les performances passées ne préjugent pas des performances futures" ne doit pas vous quitter lorsque vous mettez en place une stratégie d'investissement.

En outre, en fonction du patrimoine financier et immobilier que vous détenez, de vos projets, de votre âge, de votre inclination au risque et de votre horizon de placement (période durant laquelle vous n'aurez pas besoin de disposer de vos fonds), certaines stratégies d'investissement peuvent s'avérer plus pertinentes (et fructueuses) que d'autres. Voici quelques idées si vous disposez de 50.000 euros de côté.

Avant d'investir

S'il est difficile d'anticiper les aléas des différentes classes d'actifs, il importe de toujours investir en diversifiant son portefeuille. Et surtout, bien prendre en compte son appétence ou son aversion au risque. Pour le jauger, connaître votre horizon de placement peut constituer une première piste. Ylan Cattan, conseiller en investissements financiers et fondateur du site Gérant Privé, n'hésite pas à régulièrement le rappeler. "L'horizon de temps définit le profil de risque et de positionnement des encours". 

De son côté, Bertrand Tourmente, fondateur d'Althos Patrimoine, tient à souligner qu'il convient, bien souvent, de prendre un peu de recul vis-à-vis des annonces faites en début d'année. "Nombreux sont les analystes à partager leurs préconisations à ce moment là. Mais personne ne peut jamais présager de ce qu'il va se produire sur les marchés. Le mieux reste donc de diversifier en allant à la fois sur de l'immobilier, des fonds euros, des actions cotées et du private equity. Un investisseur – quel que soit son profil de risque – qui possède ces quatre typologies d'actifs en portefeuille dispose d'une stratégie efficace".

Sur le volet conjoncturel, s'il y a une nouveauté à observer de près depuis l'automne dernier, c'est bien un décret paru le 15 novembre 2019 dans le cadre de la loi Pacte qui facilite l'investissement en private equity (ou capital investissement) au sein d'une assurance vie. Le texte autorise également d'allouer jusqu'à 50% des montants investis sur ce type de placement pour les investisseurs avertis ou ceux qui engagent plus de 100.000 euros dans leur assurance vie (pour les autres investisseurs, le plafond est de 10%). Une petite révolution que Bertrand Tourmente salue. Notamment parce que cette réforme de la loi Pacte permet désormais d'élargir l'univers d’investissement des détenteurs de contrats d’assurance vie. "Les contrats d'assurance vie en private equity constituent les meilleurs rapports rendements-risques du marché quel que soit le profil de risque", estime-t-il.

"Jusqu'à novembre dernier, il n'était pas possible pour les investisseurs de soutenir les entreprises en croissance. Aujourd'hui, cette révolution survenue fin 2019 commence à se mettre en ordre de bataille. En finançant l'emploi non coté, on libère l'emploi en France et en Europe. Puisqu'il s'agit de non coté, les dirigeants se retrouvent moins dans une logique de court terme et c'est beaucoup plus efficace que la Bourse par exemple qui s'inscrit dans une logique d'immédiateté du bénéfice. Investir en private equity, cela donne des perspectives aux dirigeants. Sans compter que ce rehaussement intervient au moment même où les assureurs soutiennent de moins en moins l'investissement en fonds euros", précise le fondateur d'Althos Patrimoine. Rappelons néanmoins que le niveau de risque est beaucoup plus élevé en private equity qu'en Bourse par exemple. 

Ces éléments étant rappelés, toute stratégie d'investissement relève du dosage. Un dosage qu'il convient donc de réaliser en fonction de chaque profil d'investisseur.

Avec un profil prudent

Rendement à viser : 1 à 2% par an

Pour Bertrand Tourmente, il importe avant tout de rappeler un point essentiel. "La prudence aujourd'hui se veut plus dangereuse qu'une gestion dynamique", insiste-t-il. "Il faut absolument donner du temps à son argent. Si tel n'est pas le cas, le rapport rendement-risque peut vite devenir défavorable". Pour autant (et pour des profils prudents), l'expert préconise de se pencher sur certaines SCPI (sociétés civile de placement immobilier) dont les frais de souscriptions ne dépassent pas 2% (ils peuvent même parfois être inexistants). Autrement dit dans la pierre papier, qui affiche un rendement brut moyen de près de 4,5% par an (mais avec des frais de gestion et de souscription parfois élevés). 

L'expert préconise aussi d'allouer malgré tout une partie de son enveloppe assurance vie aux fonds euros. Et ce, bien que le taux de rendement moyen ne cesse de s'étioler d'année en année. En 2019, le taux en question pourrait avoir perdu jusqu'à 0,5 point par rapport à 2018 et se fixer aux environs de 1,3%, contre 1,8% en 2018 selon les chiffres de la Fédération française de l’assurance (FFA). Il existe des poches aussi très liquides et à capital garanti comme le Livret A (et le LDDS dont les taux doivent passer à 0,5% en février). Mentionnons également les livrets non réglementés qui proposent parfois des taux temporaires attractifs à 3 ou 4%. 

Bien entendu, si vous disposez de 50.000 euros de côté, l'immobilier demeure toujours un placement à la fois de "bon père" ou de "bonne mère" de famille, mais aussi et surtout rentable. Depuis près de 5 ans, les prix des logements ne cessent de croître. Rien que sur l'année 2019, ces derniers ont parfois augmenté de plus de 12% dans certaines villes de plus de 100.000 habitants (c'est le cas de Villeurbanne +12,7% sur un an, de Brest +12%, ou encore d'Angers +11%). Et selon le baromètre LPI-SeLoger, en 2019, la hausse du prix de l'immobilier en France ancien a atteint 4,7% en moyenne. Pour 2020, les notaires estiment que cette envolée des prix devrait se poursuivre. De quoi laisser présager de belles perspectives de plus-values à la revente dans quelques années, le tout en prenant un minimum de risques. L'achat d'un logement en vue de le louer explose. Les taux bas participent bien évidemment à ce boom. Selon le réseau Century 21, plus d'un achat immobilier sur quatre (27,2%) était ainsi dédié à l'investissement locatif en 2019.

Concrètement, avec une mise de 50.000 euros, cela peut constituer un bel apport pour acheter un appartement à 200.000 euros. De quoi acquérir 44 m2 à Lyon, 69 m2 à Lille et même 80 m2 à Marseille. Encore faut-il vérifier que les loyers soient intéressants pour le propriétaire par rapport au remboursement du prêt (autour de 750 euros par mois pour 150.000 euros empruntés sur 20 ans avec un taux à 1,3%, hors assurances). Il faut également se renseigner sur la vacance locative dans la zone et anticiper un éventuel non paiement des loyers (avec une garantie des loyers impayés). Après impôts et charges, il faut viser un rendement net de 1 à 3% par an avec ce type d'investissement. 

Autre placement physique destiné aux profils prudents: les parkings. Là encore, si vous investissez dans certaines villes, vous pouvez vous permettre d'acheter un ou plusieurs parkings en vue de louer. Comptez 34.600 euros en moyenne à Paris contre 10.000 euros la place de parking à Saint-Etienne. Selon SeLoger, la location d'une place rapporte 136 euros par mois en moyenne à Paris. Soit 4,7% de rentabilité locative brute. On est donc très loin des rendements générés par les livrets d'épargne. Reste qu'on préférera éviter la capitale, où les prix des parkings sont stables voire baissent, alors que la place de la voiture se réduit progressivement. En moyenne, à l'échelle nationale, le prix d’une place de parking en France s'élève à 25.432 euros. Dans certaines villes à l'instar de Dijon et de Nantes, la location d'une place rapporte environ une cinquantaine d'euros chaque mois.

Avec un profil équilibré

Rendement à viser : 3 à 5% par an

Si vous avez un profil plus modéré mais que vous souhaitez malgré tout dynamiser quelque peu votre portefeuille, Ylan Cattan suggère de tabler en partie sur des produits structurés (comprenez: sur un assemblage d'instruments financiers qui permet à une banque ou tout autre établissement financier de proposer aux épargnants, en fonction de leur profil de risque, un montage qui correspond à leurs attentes). Une stratégie d'investissement qui peut se révéler intéressante, notamment parce que ce type de placement permet de protéger le capital et de disposer d'une rémunération sûre sous conditions de contrat.

"Les produits structurés répondent à un besoin de protection du capital car contractuellement l’investissement peut être garanti jusque 40 voire 50%. Ils peuvent convenir à un profil prudent mais uniquement si son horizon d’investissement est longue et donc supérieure à 5 ans dans la mesure où les fonds ne sont pas liquides. Pour un profil équilibré, je propose de tabler sur de l'immobilier coté, des Sicav monétaires US et d'y ajouter 20% d’exposition aux actions US ou UE", détaille l'expert.

Un point de vue que le fondateur d'Althos Patrimoine ne partage pas forcément. Pour quelle raison? Parce qu’il s’agit, selon lui, "de fonds à formule qui promettent de protéger les investisseurs en cas de baisse avec, à la clé, un remboursement de capital. Sauf qu’il ne s’agit que d’une illusion. Mieux vaut s’exposer sur des cours d’actifs purs".

Résultat, ce dernier préconise davantage de miser une partie de ce capital dans le private equity détenu au sein d'un contrat d'assurance vie à hauteur de 50% de l'enveloppe pour un profil équilibré. Il suggère, par ailleurs, de se renseigner sur certaines SCPI sans frais de sortie. Tout en sachant, poursuit-il, qu'"il existe désormais des solutions immobilières sans frais d'entrée, ni de sortie qui, dès lors qu'elles sont conservées plus de cinq ans, peuvent générer un rendement annuel moyen de l'ordre de 5,5%".

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L'investisseur s'intéressera alors également à la Bourse. Si les performances de l'an passé ont été exceptionnelles, il s'agit surtout d'un placement de long terme (5 à 10 ans). Selon le palmarès BFM Bourse 2019, le rendement annuel moyen des actions du CAC 40 (dividendes compris) a été de 7,76% sur la période allant de fin 2014 à fin 2018.

Avec un profil ouvert au risque

Rendement à viser : 5 à 10% par an

Si vous pouvez vous permettre de prendre plus de risques, vous allez nécessairement devoir augmenter la part des actifs les plus risqués (comme les actions ou le private equity) dans votre portefeuille. Mais il faut alors se préparer à ne pas nécessairement retrouver sa mise de départ (voire à ne rien récupérer à la fin). 

Bertrand Tourmente propose de tabler toujours sur le private equity dans le cadre d'un contrat d'assurance vie mais de type fonds d’actions non cotés. Pour le coup, le simple fait d'allouer une partie de vos 50.000 euros au capital investissement peut potentiellement vous permettre de "dégager un rendement de 8%" par an, observe le spécialiste. Mieux, l'association France Invest évaluait, dans son étude annuelle, les rendements annuels issus du capital investissement à environ 10% à fin 2018 lorsque ledit placement est effectué dans la durée (soit à un horizon de 10 ou 15 ans).

En dehors des actions classiques, il existe également des produits financiers plus complexes ou le rendement potentiel peut largement dépasser les 10% mais où le capital n'est pas garanti. Sur ce plan, l'investisseur doit toujours bien se renseigner pour savoir si ses pertes peuvent excéder sa mise de départ initiale. 

Julie Cohen-Heurton