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Où en sera l'économie française après cinq ans de Macron?

Les mesures budgétaires et fiscales d'Emmanuel Macron profiteraient avant tout aux plus agésq

Les mesures budgétaires et fiscales d'Emmanuel Macron profiteraient avant tout aux plus agésq - Bertrand Guay - AFP

L'OFCE s'est penché sur l'impact des grandes réformes présidentielles. D'ici 2022, le déficit reculerait, la croissance augmenterait légèrement et le chômage baisserait lentement. Les 1% des plus contribuables les plus aisés seraient les grands gagnants du quinquennat.

Faire une prévision économique est un exercice périlleux. D'autant plus lorsque le gouvernement louvoie sur le calendrier et peut changer d'avis en un week-end, comme cela a été le cas ces derniers jours.

Pour ces raisons, l'évaluation du programme économique de l'exécutif faite par l'OFCE et publiée ce mercredi ne prétend pas à l'exactitude. Les économistes de ce centre de recherché plutôt marqué à gauche n'ont ainsi pu intégrer les dernières révélations faites par le Premier ministre Édouard Philippe aux Échos ce matin. Mais les résultats de leur recherche permettent néanmoins d'avoir une idée de l'évolution de la conjoncture française sous Emmanuel Macron.

Au-dessus des 3% en 2019

Et à première vue le verdict de l'OFCE est plutôt flatteur pour le nouveau locataire de l'Élysée. Ainsi le déficit public se réduirait progressivement pour passer de 3% en 2017 à 1,4% d'ici à 2022, atteignant au passage 2,8% l'an prochain, soit quasiment la prévision du gouvernement (3% en 2017 2,7% en 2018). "Ce n'est pas magique, il n'y a pas de réduction rapide du déficit mais cela permet d'être deux années sous les 3% de déficit et de sortir du bras correctif du pacte (le pacte de stabilité et de croissance de la Commission européenne, NDLR) souligne Xavier Ragot, le président de l'OFCE.

Avec un bémol toutefois: en 2019, le déficit repasserait très temporairement au-dessus des 3% (3,5%), un point de déficit entier étant dû à la bascule du CICE en baisse de charges en 2019. En effet, sur ces douze mois, le gouvernement devra à la fois financer les créances au titre de 2018 et les baisses de charges pour 2019. Une double ration dont l'OFCE chiffre le coût à 23 milliards d'euro. Le gouvernement fait lui le pari de rester dans les clous des 3% (2,9% en 2019).

Sur la croissance, l'OFCE considère que la moyenne sur la période 2017-2022 devrait s'élever à 1,6%, avec une montée progressive les premières années jusqu'à 1,8% en 2020, avant de s'essouffler (1,6 puis 1,5% en 2021 et 2022). Enfin, sujet ô combien sensible, le chômage diminuerait, passant de 9,2% à 7,6% d'ici à la fin du quinquennat.

Des mesures qui freinent la baisse du chômage

Mais derrière ce tableau assez positif, les chiffres sont à nuancer. Tout d'abord sur la baisse du chômage, l'OFCE considère en fait que l'ensemble du programme économique d'Emmanuel Macron ralentit la baisse du chômage. En effet, selon l'organisme, l'ensemble des mesures fiscales accroîtraient le PIB de 0,2 point en 2017 alors que dans le même temps l'évolution de la dépense publique la réduirait de 0,65 point. Bilan: un impact négatif de 0,4 point de PIB sur l'ensemble du quinquennat.

"Ces mesures en retirant 0,4 point de PIB freinent la baisse du chômage. Globalement, s'il n'y avait pas ces mesures on aurait une baisse bien plus rapide", résume Éric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l'OFCE.
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Ensuite, sur le déficit, la réduction s'accélérerait surtout en seconde partie de mandat, passant de 2,2% en 2020 à 1,2% en 2022. Le gros des efforts budgétaires aurait ainsi lieu dans la deuxième partie du mandat, après que les mesures fiscales soient déjà mises en place et que le plan d'investissement de 50 milliards d'euros ait atteint sa vitesse de croisière. Mais d'ici là, l'exécutif aura tous le loisir d'ajouter de nouvelles mesures qui changeraient la donne…

Du coté des détails, l'OFCE considère que l'exécutif ne respectera pas à la lettre certains de ses objectifs: les prélèvements obligatoires, que le Premier ministre Édouard Philippe veut diminuer de 20 milliards d'euros d'ici à la fin du quinquennat, ne serait réduit "que" de 16 milliards. Il est en de même pour la baisse de la dépense publique: Emmanuel Macron évoquait une diminution de la dépense publique de 3 points de PIB. L'OFCE ne la voit pas dépasser 2,3 point. Autre écart notable, le chiffrage du coût du prélèvement forfaitaire unique (PFU) des revenus du capital estimé à 1,5 milliards d'euros contre 4 milliards d'euros pour l'OFCE.

Accroissement des inégalités 

Plus problématique: la relative bonne tenue de la croissance n'est pas totalement acquise, en particulier pour l'un des éléments phares du programme: le plan d'investissement de 50 milliards d'euros. Pas anodin quand voit l'impact supposé de ce plan sur la croissance en 2020 et 2021 (0,7 point de PIB). "Il y a une incertitude sur la nature de ce plan sur lequel on sait peu de choses et c'est un élément clef de l'équilibre macroéconomique de ce programme", commente ainsi Xavier Ragot.

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Concernant l'évaluation de la très médiatique réforme du marché du travail, L'organisme de recherche économique préfère botter en touche et ne pas en tenir compte dans son analyse. "D’une part, le projet de loi d’habilitation n’est pas très informatif quant à ce que sera au final la réforme du marché du travail (…) Ensuite, en matière de réforme du marché du travail, la science économique ne nous instruit pas très précisément sur les effets que l’on peut attendre (…) De plus, on soupçonne que les effets seront longs à se manifester", justifie l'OFCE.

Enfin, le centre de recherche économique s'est penché sur les effets distributifs du programme économique du président. Et là le verdict est catégorique. En effet, 46% des gains induits par les 9 milliards d'euros de mesures touchant les ménages sont en effet captés par les 10% des ménages les plus riches, voire même les 1% les plus aisés, soit environ 280.000 ménages. Le gain chiffré par l'OFCE pour ces foyers très riches est de 1.487 euros. Logique: la transformation de l'ISF en impôt sur le patrimoine immobilier, et le prélèvement forfaitaire unique sont des mesures qui bénéficient avant tout au Français les plus aisés.

Au final "ce que fait Emmanuel Macron ressemble finalement beaucoup à ce qu'avait fait Nicolas Sarkozy en 2007: un choc fiscal destiné plutôt aux plus riches dans l'idée que tout cela va relancer l'économie, va faire revenir des capitaux en France, va participer à l'attractivité du territoire et que, par l'effet d'un ruissellement qui reste à observer, cela va bénéficier à tout le monde", conclut Xavier Timbeau, directeur principal de l'OFCE.

Mais accuser le programme d'Emmanuel Macron de creuser les inégalités serait toutefois aller un peu vite en besogne. L'analyse de l'OFCE n'inclut pas les potentiels gains de pouvoir d'achat liés à la baisse du chômage. Or on sait "que les effets redistributifs sur les premiers déciles (les ménages les plus modestes, NDLR) sont très forts lorsque le chômage diminue", admet Xavier Ragot qui précise que l'OFCE fera une analyse plus poussée de ces effets en octobre prochain.

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