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Obligées de retourner au travail, les personnes vulnérables font part de leurs inquiétudes

Un décret paru dimanche au Journal officiel met fin à compter du 1er septembre au dispositif exceptionnel d'indemnisation dont bénéficiaient les travailleurs vulnérables depuis le 1er mai.

Un décret paru dimanche au Journal officiel met fin à compter du 1er septembre au dispositif exceptionnel d'indemnisation dont bénéficiaient les travailleurs vulnérables depuis le 1er mai. - Ludovic Marin

Les plus de 65 ans, les personnes ayant des antécédents cardiovasculaires, un diabète non équilibré ou encore une obésité ne peuvent plus bénéficier du chômage partiel. Une association réclame le télétravail quand c'est possible ou la prise en charge du transport individuel.

Le retour au travail des personnes vulnérables face au Covid-19, officialisé par un décret gouvernemental, suscite inquiétudes et réserves chez les associations de patients et professionnels de santé, qui jugent les exemptions trop restrictives.

"Là où la médecine patine, l'administration fait des miracles. Dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2020, des milliers de personnes atteintes de pathologies vasculaires ou pulmonaires ont soudain cessé d'être considérées vulnérables au coronavirus", écrit Christian Lehmann, écrivain et médecin dans les Yvelines dans son "journal d'épidémie" paru mercredi sur libération.fr.

Explication: un décret paru dimanche au Journal officiel met fin à compter du 1er septembre au dispositif exceptionnel d'indemnisation dont bénéficiaient les travailleurs vulnérables depuis le 1er mai. Eux et leurs proches, après s'être fait prescrire un certificat d'isolement par leur médecin, pouvaient rester chez eux en télétravail ou, quand cela n'était pas possible, bénéficier du chômage partiel.

Des associations sont montées au créneau

Le gouvernement appuie sa décision sur le Haut Conseil de santé publique (HCSP): "les personnes à risque de forme grave de Covid-19 peuvent reprendre une activité professionnelle sous réserve que leur soit donnée la possibilité de mettre en oeuvre les mesures barrières renforcées", souligne-t-il dans un avis du 23 juillet. Au regard des scientifiques du HCSP, le retour au travail ne souffrait aucune exception.

"On a alors exprimé de fortes inquiétudes", explique à l'AFP Féreuze Aziza, conseillère technique Assurance maladie pour la fédération d'associations de patients France Assos Santé.

Plusieurs associations sont montées au créneau. Le 27 août, Renaloo, qui représentent les dialysés et insuffisants rénaux, a adressé une lettre ouverte au Premier ministre.

"Pour la première fois, le ministère de la Santé a sollicité l'avis des usagers", se réjouit Jean-François Thébaut, vice-président de la Fédération française des diabétiques.

Conséquence: le décret paru dimanche prévoit le maintien du système d'indemnisation pour "les plus fragiles des plus vulnérables, ceux qui présentent un risque élevé de développer une forme grave du Covid", selon le ministre de la Santé, Olivier Véran.

Limiter un peu la casse

Sont concernés les malades atteints d'un cancer évolutif, d'une immunodépression, d'une insuffisance rénale chronique sévère, dialysés et les personnes de plus de 65 ans présentant un diabète associé à une obésité ou à des complications micro ou macrovasculaires.

En revanche disparaissent de la liste les plus de 65 ans, les personnes ayant des antécédents cardiovasculaires, un diabète non équilibré, une pathologie chronique respiratoire ou encore une obésité. Eux peuvent reprendre le travail avec des précautions sanitaires renforcées.

"On est content de limiter un peu la casse pour les personnes à risques très élevés même si c'est trop restrictif et qu'il y a des trous dans la raquette", concède Féreuze Aziza.

France Assos Santé réclame des "garanties" supplémentaires: maintien du télétravail quand c'est possible, "prise en charge du transport individuel" quand la distanciation physique n'est pas garantie dans les transports collectifs, "statut protecteur" contre les licenciements pour ceux qui sont maintenus à l'isolement.

Renaloo se dit "très réservée sur l'exclusion de certaines pathologies pourtant associées à un risque élevé avéré", comme l'obésité morbide et certaines affections cardiaques ou respiratoires.

Côté médecins, la Société de pneumologie de langue française (SPLF) déplore que soient "exclus de facto les patients insuffisants respiratoires chroniques au sens large. Un oubli qui pourrait avoir de graves répercussions".

Jean-François Thébaut estime pour sa part qu'"on a été extrêmement prudent" en s'appuyant notamment sur une étude française qui a "permis de déterminer les diabétiques à risques". Pour les autres, "il est important de pouvoir retravailler".

"Reste aux médecins à expliquer à leurs patients qu'il n'y a pas d'argent magique, qu'il faut retourner au travail +quoiqu'il en coûte+", conclut le Dr Lehmann dans son "journal d'épidémie".
C.C. avec AFP