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Les ventes de champagne et de caviar ne sont pas à la fête

Les expéditions de champagne ont, en 2016, généré un chiffre d'affaires proche de leur record

Les expéditions de champagne ont, en 2016, généré un chiffre d'affaires proche de leur record - Simon Law - Wikimedia Commons - CC

Le confinement mais aussi la fermeture des palaces et des grands restaurants plombent les ventes de ces deux produits de luxe.

Les ventes de caviar, de champagne et de mets d'exception souffrent, frappés de plein fouet par la fermeture des grans hôtels et des restaurants étoilés où ils sont traditionnellement abondamment consommés.

"Le marché mondial progresse à peu près comme le marché français, une progression linéaire de l'ordre de 15% par an. Ça, c'était avant la Covid, qui a un impact catastrophique sur notre secteur d'activité", déclare, morose, à l'AFP, Laurent Dulau, directeur général de Sturgeon, premier producteur français de caviar.

Ce dernier estime que l'"effondrement" du marché sera compris entre -20 et -30% cette année. Traditionnellement, le secteur produit 43 tonnes de caviar par an pour un chiffre d'affaires de 28 millions d'euros.

La France est le 3e producteur mondial de caviar

Les producteurs français (numéro 3 mondial derrière l'Italie et la Chine) s'accrochent désormais aux ventes pour les Fêtes de fin d'année avec la réouverture des commerces dès ce week-end. Mais aussi sur les achats en grande distribution qui représentent désormais 20 tonnes par an, une spécificité très française.

Pour autant, les consommateurs auront-ils l'envie d'acheter du caviar alors que ce Noël s'annonce comme tout sauf normal?

Plus populaire, le champagne n'échappe pourtant pas à la même déprime. Les géants du secteur accusent le coup à l'image de Laurent-Perrier dont les ventes ont flanché de 28,4% d'avril à septembre à 71 millions d'euros, contre 99,1 millions un an plus tôt, est-il rapporté dans un communiqué. En volume, le recul atteint même presque 36%.

Et le producteur ne s'attend pas à une reprise immédiate mettant en avant de "nombreuses incertitudes quant au développement de la crise sanitaire et aux perspectives d'activité sur les marchés anglais (Brexit) et américain, qui appellent à beaucoup de prudence", souligne le président du groupe Stéphane Dalyac, cité dans le communiqué.

-20 à 30% pour les ventes de champagne

Chez LVMH, le leader mondial (Moët&Chandon, Krug, Dom Pérignon, Veuve Clicquot…), la tendance est la même avec des ventes en baisse de 30% au premier semestre.

Plus globalement, le secteur s'attend à un recul des ventes de 20% à 30% cette année (moins de 200 millions de bouteilles contre 297 millions en 2019), avec pour conséquence un stock énorme de bouteilles et des pertes financières liées au coronavirus estimées à 1,7 milliard d'euros.

Même en grande distribution, les ventes sont en berne avec un recul entre janvier et juillet de 23%. dont -68% en avril selon le syndicat général des vignerons champenois (SGV).

Ce dernier se désole d'un "choc économique colossal qui n'a pas eu d'équivalent depuis la deuxième guerre mondiale" qui rappelle que toute crise entraîne une baisse de la consommation de petites bulles. Mais en général, la demande locale compense la baisse de la demande internationale. Ce qui n'est pas le cas actuellement.

Là encore, les Fêtes de fin d'année sont très attendues. Mais le doute demeure. Un producteur cité par La Revue du Vin de France s'inquiète: "Tout va dépendre de la fin d'année, savoir si les gens vont re-consommer. On n'en doute pas pour les Français, le champagne est la boisson incontournable des fêtes de fin d'année. Pour nos amis anglais, pour l'Italie, c'est pareil, la question, ça sera de savoir dans quelle proportion".

"Il est très probable que cette crise produira des effets sur la Champagne pendant plusieurs années", ajoute le Comité Champagne. Car les vignerons sont également très impactés. Leurs revenus pourraient être amputés de 30% cette année, de quoi mettre en péril certaines exploitations.

Olivier Chicheportiche