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Les magasins calment le jeu sur les rumeurs de pénuries de jouets

Chaque enfant devrait recevoir en moyenne 6 jouets

Chaque enfant devrait recevoir en moyenne 6 jouets - Philippe Huguen - AFP

Alors que certains fabricants de jouets assurent qu'ils auront du mal à livrer toutes les marchandises de jouets, les enseignes tiennent à rassurer les parents et assurent que les stocks seront suffisants.

Après la fermeture des magasins, des pénuries de jouets? Depuis quelques jours certains fabricants de jouets tirent la sonnette d'alarme. Selon eux, à cause du confinement, de nombreux jouets ne pourraient pas être livrés à temps pour les achats de Noël. Notamment Mattel dont le directeur général Christophe Salmon assure dans Le Figaro que son entreprise ne servira pas notre pays en priorité.

"On ne rattrapera pas en deux semaines le retard de livraison accumulé en novembre, avertit-il. Nos stocks sont à Marseille. Tous les jours, j’ai des demandes de la part d’autres pays pour transférer de la marchandise qui était destinée à la France. Comme nous n’avions pas de visibilité sur les dates de réouverture des magasins, j’ai dû en transférer une partie dans d’autres filiales. Il va manquer des jouets Mattel pour la France."

Effectivement, une partie des commandes de jouets ne sont pas encore arrivées en magasins qui ne peuvent pas tous les stocker. Elles auraient dû arriver progressivement au mois de novembre mais avec la fermeture des magasins, les enseignes ont demandé aux marques de temporiser.

"Il y a 40% des jouets qui n'ont pas encore été livrés chez nous, précise Romain Mulliez, le patron de PicWicToys. Ils sont actuellement chez les marques. Mais nous avons aussi beaucoup de produits qui sont dans nos entrepôts et qui devaient arriver dans nos magasins. Si on ne rouvre pas fin novembre, il sera difficile de pouvoir tout livrer d'un coup en décembre."

Si la logistique risque d'être tendue, parler de pénurie semble pour l'heure très prématurée. Ce que confirme Michel-Edouard Leclerc interrogé sur le sujet sur CNews.

"C'est du pipeau, assure le patron des Centre Leclerc. J'ai commencé à voir dans les journaux qu'il y aurait des problèmes, et pas assez de jouets. C'est pipeau, hein ! Faut pas se précipiter ! Faut y aller calmement, il y a largement du stock !"

Aujourd'hui pour les magasins qui vendent du jouet, le problème serait plutôt inverse, on ne sait plus comment gérer ses énormes stocks. Les enseignes spécialisées comme JouéClub ou King Jouet enregistrent un recul de 60 à 70% en novembre. Elles sont pu limiter la casse avec la vente en ligne et le click and collect qui ont représenté 30 à 40% de l'activité.

Des ventes à -80% en grandes surfaces

Et du côté des grandes surfaces, la chute est encore plus spectaculaires. Elle s'établit à -80% sur ce mois de novembre. La fermeture des rayons de jouets non-essentiels n'a quasiment pas été compensée par la vente en ligne.

Les enseignes tiennent à rassurer les clients.

"Du jouet il y en aura, il ne faut pas exagérer, assure Franck Mathais de JouéClub. Avant le deuxième confinement, on craignait effectivement les ruptures car la production avait été ralentie par le premier confinement et les enseignes s'étaient montrées prudentes dans les achats pensant que la consommation serait fortement touchée. Mais le reconfinement a changé la donne."

Avec la fermeture des magasins, les ventes se sont effondrées dans les enseignes et se sont reportées sur le e-commerce. Les ventes en ligne de jouets sont à +100% à la mi-novembre après avoir bondi de 140% en début du mois avec le reconfinement. LEs consommateurs ont déjà effectué une partie de leurs achats.

Et si rupture il y a, ce sera sur un nombre limité de références.

"Des ruptures on en a chaque année, précise Philippe Gueydon, le directeur général de King Jouet. Sur les 8000 références qu'on propose en magasin, cela concerne en général une vingtaine de produits, cette année ça va peut-être monter à 40-50 mais pas plus. Sur la collection Reine des Neiges par exemple, il va peut-être me manquer une ou deux références en décembre mais c'est tout."

Le problème pourrait concerner les réassorts. Car s'il n'y aura pas de pénurie, il pourrait bien y avoir des ruptures comme chaque année sur des produits très demandés. Ce qui s'est passé dans les grandes surfaces en avril avec certains produits alimentaires. Mais si en l'absence de pâtes, on peut manger du riz, le problème est différent avec le jouet. Si vous n'avez pas la bonne poupée Reine des Neiges, vous pouvez vous rabattre sur un Lego mais cela créera de la déception.

"Cela va être plus compliqué le réassort cette année mais ça concernera surtout les hypermarchés, estime Philippe Gueydon. Les grandes surfaces ont été déstructurées par la fermeture de leurs rayons et ont coupé les cadences d'approvisionnement auprès de leurs fournisseurs."

Les grandes surfaces pour qui le jouet est moins essentiel auront plus de mal à éviter les ruptures. Les parents devront peut-être cette année faire quelques déçus.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco