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Les fournisseurs des restaurants inquiets pour leur avenir

Un restaurant fermé (photo d'illustration)

Un restaurant fermé (photo d'illustration) - THOMAS COEX / AFP

Alors que les restaurants resteront fermés jusqu’au 20 janvier, leurs fournisseurs s’inquiètent, avec des stocks qui s'accumulent et des trésoreries exsangues.

La fermeture des restaurants prolongée jusqu’au 20 janvier, et sans garantie de réouverture à cette date, n’inquiète pas que les restaurateurs. Toute la filière de leurs fournisseurs voit les difficultés se multiplier aussi bien pour une partie des industries agroalimentaires que pour les agriculteurs qui les fournissent.

Stocks qui s’accumulent, trésorie qui s’assèche, "on n'ose pas imaginer la suite", confie le porte-parole de l'organisation Adepale à l’AFP. Cette organisation rassemble 400 entreprises françaises de l'agroalimentaire, certaines très dépendantes des commandes des restaurateurs.

"On rentre dans une catastrophe monumentale"

Au premier confinement décrété contre le Covid-19, "tout le monde a tapé dans ses réserves, les entreprises ont attaqué la 2e vague affaiblies", résume Pascal Bredeloux, un des dirigeants du groupe Bonduelle. Si les restaurants restaient fermés au 20 janvier, "on rentre dans une catastrophe monumentale", affirme Pascal Bredeloux, évoquant des ventes parfois amputées jusqu'à 90%.

Les quelques commandes des établissements se lançant dans la livraison et la vente à emporter sont loin de compenser. Et il n'est pas toujours possible de rediriger vers les supermarchés les formats prisés par les restaurateurs, comme les conserves de 5 kilos...

Une défiscalisation des dons alimentaires pour un an demandée

Alors l'Adepale demande, "à titre exceptionnel pour une durée d'un an", que les dons alimentaires des entreprises soient entièrement défiscalisés, pour "éviter le stockage, voire la destruction, des produits préparés pour les besoins aujourd'hui disparus de la restauration hors domicile" (RHD).

Au sein des 2300 entreprises-coopératives agricoles et agroalimentaires, six entreprises sur 10 accusent des baisses de chiffre d'affaires de plus de 50%, a rapporté lors d'une conférence de presse le président de la Coopération agricole, Dominique Chargé.

"Nous demandons un soutien massif pour un secteur menacé pour sa survie", a-t-il insisté. Les coopératives font face à une "dégradation des fonds propres" et une augmentation de l'endettement qui compromettent selon lui leur capacité à investir, en particulier dans la transition écologique appelée de ses voeux par le gouvernement.

Des stocks qui débordent

Le "segment RHD" a été "fortement affecté" dans une filière alimentaire "considérée comme relativement épargnée par la crise", constatait mercredi un groupe de travail de l'Assemblée nationale, qui suit les conséquences économiques du confinement.

Alors qu'"un emploi industriel sur six dépend de l'agroalimentaire", les députés s'inquiètent "qu'une entreprise sur deux diffère (ou annule) ses intentions de recrutement, alors que 80% des emplois ont été créés dans leurs PME ces vingt dernières années" et que "10% des entreprises prévoient même de licencier dans les prochains mois", d'après le baromètre de l'Ania, principal lobby agroalimentaire français.

Certaines entreprises très en difficulté doivent arbitrer entre la préservation de leur trésorerie et l'achat de matières premières pour produire et préparer la saison 2021", notent aussi les députés.

Même si les restaurants repartent, les usines qui débordent sous les stocks risquent en effet de limiter leurs commandes aux agriculteurs. Déjà confrontés, entre autres, au plongeon des ventes des produits traditionnellement consommés au restaurant, comme les canards, cailles et pigeons.

Le télétravail pèse aussi sur les professionnels

L'organisation rassemblant les producteurs de pommes de terre du nord-ouest de l'Europe (NEPG) vient de recommander aux agriculteurs de réduire de 20% les superficies de pommes de terres, qui seront mises en place au printemps. Objectif: éviter une surproduction et une chute des prix.

On a déjà connu des années compliqués mais le problème de cette crise, c'est qu'on ne sait pas quand on reviendra à un mode de consommation relativement normal", relève Jean-Noël Pfaff, à la tête de la coopérative de champagne Covama, qui accuse un chiffre d'affaires en baisse de 20 à 30% sur ses marques.

Ceux qui s'en sortiront devront sans doute composer avec une nouvelle normalité, souligne de son côté Pascal Bredeloux, de Bonduelle, qui pressent des "changements de consommation durables". Notamment avec le télétravail appelé à rester ancré dans le paysage au détriment des cantines et restaurants.

Pauline Ducamp
https://twitter.com/PaulineDucamp Pauline Ducamp avec AFP Rédactrice en chef adjointe web