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Les classes moyennes supérieures, grandes gagnantes en 2020 des mesures budgétaires

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Selon une étude de l'OFCE, les mesures prises dans le cadre du budget 2020 seront avant tout favorables aux classes moyennes supérieures. Les ménages les plus modestes comme les plus aisés devraient quant à eux voir leur pouvoir d'achat diminuer.

L’image de président des riches qui colle à la peau d’Emmanuel Macron est-elle encore justifiée? Une étude de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) publiée ce mercredi tente de mesurer les effets pour les ménages des mesures socio-fiscales contenues dans le budget 2020.

Baisse de l’impôt sur le revenu, suppression de la taxe d’habitation, défiscalisation des heures supplémentaires … Selon les calculs de l’OFCE, 70% des ménages français vont bénéficier d’une hausse de pouvoir d’achat à hauteur de 5 milliards d’euros en 2020. Mais "les grands gagnants se trouvent au centre de la distribution et les perdants en bas et en haut de celle-ci", précise l’Observatoire. En clair, les principaux bénéficiaires seront les classes moyennes, et particulièrement les classes moyennes supérieures.

Ainsi, 90% des ménages dont le niveau de vie est compris entre 1860 euros et 2570 euros par unité de consommation vont profiter des mesures socio-fiscales du budget 2020. Il s’agit globalement de ceux qui sont assujettis à l’impôt sur le revenu (-5 milliards en 2020) et à la taxe d’habitation (-3 milliards d’euros).

Perte de 45 euros en moyenne pour les ménages les plus modestes

À l’inverse, les 15% des ménages les plus modestes vont voir leur pouvoir d’achat diminuer. De fait, n’étant pas imposables, le gain généré par la baisse de l’impôt sur le revenu pour cette catégorie est nul. Les pertes enregistrées s’expliquent quant à elles en grande partie par la baisse des aides au logement et la réforme des allocations chômage.

Au total, le revenu disponible des 5% des ménages les plus modestes devrait diminuer de 45 euros en moyenne sur l’année. "Les effets des mesures prises sur les aides au logement (-30 euros), la réforme des allocations chômage (-40 euros) et la hausse du prix du tabac (-30 euros) étant en partie compensés par les effets positifs de la taxe d’habitation (+35 euros) et les revalorisations de l’AAH (+15 euros) et de l’ASPA (+10 euros)", souligne l'OFCE.

Après avoir profité de la réduction de la fiscalité du capital (suppression de l’ISF, création de l’IFI, etc.) en 2018, les ménages les plus aisés voient également leurs gains diminués en 2020, notamment parce qu’ils ne sont pas concernés par la baisse de la taxe d’habitation, ni par la réduction de l’impôt sur le revenu. Mais les pertes devraient essentiellement toucher les retraités aisés à travers le quasi-gel des pensions de retraite de plus de 2000 euros par mois.

Ces résultats confirment une volonté de "rééquilibrage" des gains de pouvoir d'achat entamé en 2019 et qui avait essentiellement bénéficié à l'ensemble des classes moyennes, après une année 2018 surtout profitable aux plus aisés, a expliqué Pierre Madec, économiste à l'OFCE.

Un effet cumulé toujours profitable aux plus aisés

Malgré ce rééquilibrage, "l’effet cumulé des mesures socio-fiscales de 2018 à 2020 reste très fortement marqué par le geste fiscal effectué en direction des ménages les plus aisés en début d’année 2018", précise l’OFCE, rappelant que "sur les 17 milliards d’euros de gain de pouvoir d’achat pour les ménages depuis 2018, plus de 4 milliards d’euros l’ont été aux 5% de ménages les plus aisés".

Mis à contribution en 2018 via notamment l’augmentation de la fiscalité indirecte, les ménages du milieu de la distribution dont le niveau de vie est compris entre 1675 euros et 4000 euros mensuels devraient bénéficier d’un gain moyen cumulé compris entre 600 et 800 euros.

Enfin, plus de deux tiers des 10% des ménages les plus modestes enregistrent des pertes de revenu disponible en raison des mesures socio-fiscales prises depuis le début du quinquennat. Mais au delà du niveau de vie, "le vrai facteur discriminant c'est l'activité", note Pierre Madec: ainsi, les inactifs (chômeurs et retraités) ont "plutôt été mis à contribution pour financer les augmentations (de pouvoir d'achat) des actifs". Un résultat qui résonne avec le discours du président de la République et du gouvernement depuis le début du quinquennat sous l'angle: "il faut que le travail paye mieux".

Paul Louis avec AFP