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Le nouvel aéroport de Berlin entre en service, avec neuf ans de retard

Deux avions de Lufthansa et d'Easyjet ont atterri samedi sur les pistes du nouvel aéroport international de Berlin, marquant son entrée en service officielle avec neuf ans de retard et en pleine pandémie.

Maudit jusqu'au bout, le nouvel aéroport international de Berlin entre en service samedi avec neuf ans de retard et à un moment où le secteur aérien subit la pire crise de son histoire en raison de la pandémie.

Deux avions de Lufthansa et d'Easyjet ont atterri samedi sur les pistes du nouvel aéroport, marquant son entrée en service officielle. L'avion d'Easyjet, en provenance de l'aéroport berlinois voisin de Tegel, puis celui de Lufthansa venant de Munich se sont posés sur le tarmac de l'aéroport Willy-Brandt, grand projet issu de la réunification, marqué par une série noire de pannes, malfaçons et soupçons de corruption.

Le premier vol commercial, entre Berlin et Londres, est programmé pour dimanche.

Défaillances et malfaçons en chaîne

Aucune grande fête n'est prévue, le coup d'envoi de la plateforme sera donné en petit comité en raison de la situation sanitaire mais aussi de l'invraisemblable série noire qui a frappé ce grand projet issu de la réunification : défaillances, malfaçons, faillites, soupçons de corruption, négligences, démissions retentissantes.

Samedi, une centaine de manifestants de diverses associations de défense de l'environnement ont bravé la pluie et la grisaille pour protester contre son ouverture, sous forte présence policière, selon des journalistes de l'AFP.

"L'avion représente une charge énorme pour le climat. Nous n'avons pas besoin d'un nouveau grand aéroport", a affirmé Ludwig Bräutigam, 50 ans, du collectif écologiste "Extinction Rebellion".

Une quarantaine de militants de l'association "Am Boden bleiben" ("Rester au sol"), déguisés en pingouins parce que ce sont "des oiseaux cools qui ne volent pas", étaient assis dans le terminal principal. L'un d'entre eux s'est installé dans un hamac accroché au toit du bâtiment. Devenu un gouffre financier et la risée de toute l'Allemagne, le "BER", dont la construction a débuté en 2006, aurait dû ouvrir en 2011.

Le ministre de l'Economie Peter Altmaier n'a pas caché son soulagement de voir ce projet enfin démarrer. "Cela a été pour nous tous un poids de ne pas savoir, durant des années, s'il y avait une perspective que cet aéroport soit un jour opérationnel".

Même son de cloche samedi du côté d'Easyjet: "après tant d'années, c'est fantastique que le BER devienne une réalité", a confié à l'agence DPA le directeur général de la compagnie low cost Johan Lundgren.

En 2012, le chantier avait brutalement été stoppé car les dispositifs de sécurité incendie ne fonctionnaient pas.

L'inauguration, prévue quelques semaines plus tard en présence d'Angela Merkel et de 10.000 spectateurs, avait été précipitamment annulée.

27 millions de personnes par an pour le terminal 1

Système d'éclairage défaillant, escaliers mécaniques trop courts, erreurs de planification, défauts de construction, soupçons de corruption... La succession des avanies a terni la réputation d'efficacité de l'Allemagne. La crise sanitaire est venue allonger la longue liste de ces déboires, ajoutant aux angoisses des gestionnaires du BER pour l'avenir.

Après l'arrêt quasi total du trafic aérien partout dans le monde au printemps, le trafic a très lentement repris. Mais les nouvelles restrictions aux voyages mises en place en Allemagne, et en Europe, pour endiguer la deuxième vague de la pandémie vont de nouveau frapper le secteur.

Pour le troisième aéroport du pays, après Francfort et Munich, cela veut dire de longs mois à fonctionner en capacité réduite.

Les exploitants ont tablé sur un transit de 27 millions de personnes par an pour le terminal 1, le seul à ouvrir samedi. En novembre, seules 20% des capacités de vol normales sont prévues. Le terminal 2 n'ouvrira pas avant le printemps 2021, au mieux.

Même incertitude pour les espaces commerciaux de l'aéroport, source importante de revenus, alors que la gastronomie est contrainte de garder portes closes en novembre selon les nouvelles restrictions décidées mercredi par le gouvernement d'Angela Merkel.

De quoi donner des sueurs froides aux gestionnaires de la plateforme, dont le coût initial, estimé à 1,7 milliard d'euros, a déjà grimpé à 6,5 milliards. Pour aider l'aéroport et assurer l'avenir des 20.000 personnes qui doivent, à terme, y travailler, les autorités ont débloqué 300 millions d'euros d'aides financières pour l'année 2020. D'autres aides seront sans doute nécessaires, a prévenu mardi le ministre des Transports Andreas Scheuer.

C.C. avec AFP