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La sécheresse menace les récoltes de maïs

Le manque d'eau et la canicule pourraient pénaliser les rendements des cultures de maïs, principalement utilisé pour l'alimentation animale.

Le maïs souffre de la sécheresse. Selon les premières prévisions du ministère de l'Agriculture publiées ce vendredi, la récolte française de maïs devrait en effet être en recul: avec une production estimée à 12,7 millions de tonnes soit -18,5 % par rapport à 2021. Au niveau européen, Bruxelles avait déjà revu mardi ses estimations de production à la baisse pour 2022, prévoyant 65,8 millions de tonnes contre 71,71 millions de tonnes à la fin du mois de juin.

Des dégâts conséquents au-delà de 35°C

"C'est un petit peu tôt encore pour déterminer les répercussions exactes", soulignait jeudi soir Eric Frétillère, président d’Irrigants de France et producteur de maïs en Dordogne, sur BFM Business. "Irriguer son maïs abaisse les températures et amène de la fraîcheur au sein du champ", laissant espérer qu'il n'y ait "pas trop de répercussions" pour les champs irrigués, mais les cultures non irriguées sont "dramatiquement" touchées, a-t-il assuré.

Semée au printemps, la céréale est en phase de floraison en été, une période cruciale où l'épi se forme. Or, le maïs craint les températures élevées. La croissance de la plante diminue au-delà de 31°C et les dégâts sont conséquents au-delà de 35°C, en raison de la diminution de la fécondation qui entraîne des avortements de grains, et donc des épis moins remplis. Des températures largement atteintes lors des trois vagues de chaleur, et probablement à nouveau lors de la quatrième qui s'annonce. 

À la chaleur s'ajoute le stress hydrique: il y a peu d'eau disponible en raison du manque de pluie, déjà au printemps lors des semis, et de la succession de trois épisodes caniculaires à l'été, contraignant à restreindre l'irrigation des cultures de maïs... très demandeuses d'eau. La sécheresse concerne notamment l'Alsace et l'ouest de l'Hexagone, principales zones de cultures du maïs du pays. La plante, insuffisamment arrosée, forme des épis plus petits.

Des épis plus petits

Selon FranceAgriMer, 63% des surfaces de maïs grain présentaient des conditions de culture "bonnes à très bonnes" pour le maïs grain lors de la dernière semaine de juillet, contre 68% la semaine précédente et encore 75% la semaine d'avant. Alors que les rendements seront moindres cette année, les surfaces le sont aussi: de plus en plus de producteurs renoncent au maïs en raison des aléas climatiques et de la hausse des coûts.

"Nous sommes sur une pente glissante. Il y avait près de 2 millions d'hectares de maïs grain au début des années 2000, aujourd'hui on est plutôt vers 1,4 million d'hectares", explique Nathan Cordier, analyste chez Agritel, qui anticipe "la plus petite production du 21e siècle".

Les éleveurs, eux, s'inquiètent: le maïs est principalement utilisé pour l'alimentation animale. Car, en plus de la moindre production attendue pour le maïs grain, il faut aussi tenir compte du maïs fourrage, c'est-à-dire le maïs dont la plante entière est utilisée et stockée sous forme d'ensilage pour nourrir les bovins durant l'hiver. Alors que les récoltes viennent de commencer (elles sont plus précoces pour le maïs fourrage), elles s'annoncent déjà mauvaises.

Une mauvaise nouvelle, d'autant plus qu'avec des pâturages grillés par le soleil, certains pourraient être contraints d'entamer leurs stocks hivernaux dès maintenant pour nourrir leurs animaux.

Moins d'exportations, des prix plus élevés

Il n'y a pourtant pas de pénurie à craindre: la France, grand pays producteur, est exportatrice nette. Ce sont surtout les exportations qui devraient pâtir de la situation, et les pays qui en dépendent.

"Nous aurons moins de maïs pour nos voisins", souligne Nathan Cordier, qui rappelle que la sécheresse touche l'ensemble de l'Europe.

D'autres grands pays producteurs de maïs, comme la Hongrie, la Roumanie ou la Bulgarie, devraient aussi diminuer leurs exportations, tarissant les autres sources d'approvisionnement européennes. La forte tension sur l'offre et la demande risque de tirer les prix du maïs vers le haut dans les semaines à venir, alors qu'ils sont déjà anormalement élevés. Pour les éleveurs qui manqueront de nourriture pour leurs bêtes, la facture sera probablement salée.

Jérémy Bruno Journaliste BFMTV