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L’équipementier Valeo veut réduire ses coûts en France

Image d'illustration - Des salariés dans l'usine d'Amiens de Valeo.

Image d'illustration - Des salariés dans l'usine d'Amiens de Valeo. - François Lo Presti-AFP

Une nouvelle réunion se tient ce mercredi entre direction et syndicats chez Valeo. Suite à l’épidémie de covid-19 et une perte dépassant le milliard d’euros au 1er semestre, l’équipementier veut réduire ses coûts en France.

Son site d’Etaples-sur-mer (Pas-de-Calais) avait servi de décor pour l’annonce du plan de soutien à l’automobile, comme usine vitrine de la technologie de demain notamment tournée vers l’électrique et louée par Emmanuel Macron venu tout spécialement sur place. Malgré ses atouts, Valeo est pourtant rattrapé comme le reste du secteur automobile par la crise du coronavirus et les difficultés financières qui en découle.

Une perte nette au 1er semestre, une baisse des coûts salariaux en négociation

Ce mardi, l’équipementier français a annoncé une perte nette de 1,21 milliard d'euros au premier semestre et une chute de 28% de son chiffre d’affaires. "Des mesures exceptionnelles par leur ampleur ont été mises en oeuvre pour assurer la pérennité de nos opérations à savoir des économies de 570 millions d'euros et la baisse des investissements et des stocks bruts à hauteur de 384 millions d'euros", a déclaré son PDG, Jacques Aschenbroich, dans un communiqué. Valeo a aussi annoncé avoir réalisé 12.500 suppressions de postes dans le monde, dont 2000 en France.

Face à cette situation financière compliquée, l’équipementier a, en parallèle, lancé une discussion avec les organisations syndicales en France. Selon des informations de l’AFP, Valeo "a fixé un objectif de réduction des coûts salariaux français de 10%, soit 100 millions d’euros". Le but est d’améliorer la compétitivité des sites français.

"Nous souhaitons que notre ancrage en France soit pérenne mais nous faisons face à une crise exceptionnelle, d’une ampleur jamais vue. Le but de ces négociations est de limiter les conséquences de cette crise sur l’emploi, nous explique un porte-parole de Valeo. Notre volonté est de rechercher des économies par le dialogue social, c’est une réflexion pragmatique".

Baisse de salaires, du nombre de RTT, hausse du temps de travail

Sur la table, un certain nombre de propositions que la direction n’a pas voulu nous confirmer. Les forfaits jours pourraient passer de 215 à 218 jours, comme l’a expliqué un représentant de la CFE-CGC à l’AFP. L’intéressement pourrait être gelé, certains salaires des ingénieurs et cadres pourraient baisser de 5%, des primes de départ pourraient aussi baisser. Des discussions sur le temps de travail seraient également sur la table. Le tout constituerait un accord de compétitivité. Un "véritable recul social", a dénoncé la CFE-CGC, premier syndicat chez Valeo.

"L'activité est revenue presque à la normale depuis la fin du confinement, explique aux Echos l’un des représentants de la CGT Denis Bréant. La pandémie est un prétexte pour rogner les acquis sociaux".

Les syndicats s’inquiètent notamment de l’absence de contreparties sur l’emploi, mais aussi d’un accord global, là où Valeo avait plutôt pour habitude de conclure des accords par site, en fonction de leurs spécificités.

"Les dispositions catégorielles et les grilles peuvent varier sensiblement d'un site à l'autre, en fonction des accords locaux qui y ont été passés, décrypte un autre représentant du personnel dans le quotidien économique. La direction veut uniformiser les dispositions, mais en nivelant par le bas la plupart des sites".

Une nouvelle réunion de négociations ce mercredi

La crise du covid-19 présente clairement une situation inédite. La crise sanitaire pourrait repartir, laissant craindre des reconfinements locaux. La crise économique risque par ailleurs d’impacter encore l’an prochain les ventes des constructeurs automobiles, donneurs d'ordre de l'équipementier, sans compter que ces derniers présentent, eux aussi, des plans d’économies et risquent de demander des baisses de prix à leurs fournisseurs.

"La population des techniciens et cadres est prête à faire des efforts en rallongeant le temps de travail, mais les autres parties prenantes, comme les actionnaires, doivent elles aussi contribuer, explique Pascal Phan, coordinateur CFE-CGC pour le groupe. Si la direction en reste là, on n'ira pas très loin".

Une nouvelle réunion doit se tenir ce mercredi entre direction et organisations syndicales et dans les sites français, les salariés se montrent inquiets. Comme le rapporte L’Usine Nouvelle à Etaples.

"Nous n’avons pas les salaires les plus élevés en Hauts-de-France, indique Michel Sergent, le délégué FO du site. Nous sommes donc inquiets quant à la répercussion de ces réductions".

Aucun calendrier de négociations n’a été confirmé par la direction. Valeo emploie 13.000 personnes en France.

Pauline Ducamp
https://twitter.com/PaulineDucamp Pauline Ducamp Cheffe de service BFM Auto