BFM Business

L'armée française se dote d'une "Red Team" pour se préparer à la guerre du futur

L'armée française se dote d'une Red Team, cette équipe de 10 auteurs de science-fiction s'appuie sur des données réelles pour imaginer les conflits de demain.

Souvent, l'actualité dépasse la fiction, notamment en matière de conflits. Pour se préparer à tout, jusqu'à l'inimaginable, les militaires français font désormais appel à la Red Team Défense, un commando spécial créé à l'initiative du ministère des Armées.

Ces experts ne sont pas des guerriers qui ont forgé leur expérience sur le terrain ou dans le monde cyber. Il s'agit de dix spécialistes de la science-fiction* (auteurs, scénaristes, dessinateurs et de designers) sélectionnés parmi des centaines pour imaginer ce que pourraient être les conflits entre 2030 et 2060.

"La Red Team, c’est le symbole de l’ouverture du ministère des Armées en matière d’innovation. C’est renverser la table. Accepter de changer de perspective et de voir ses convictions bouleversées", a déclaré Florence Parly, ministre des Armées, lors de la présentation de leurs premiers travaux dévoilés lors du Digital forum innovation défense.

Créée à l'initiative du ministère des Armées, la Red Team travaille sous l’égide de l’Agence de l’innovation de défense (AID) en coopération avec l’État-major des armées (EMA), la Direction générale de l’armement (DGA) et la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS).

La population mondiale en 2050 selon la Red Team
La population mondiale en 2050 selon la Red Team © Red Team

Déréglement climatique et migrations

Cette équipe décline ses propositions en quatre saisons composés de différents scénarios en s'appuyant sur des données démographiques, climatiques, scientifiques et militaires. Les deux premiers (Les nouveaux pirates et Barbaresque 3.0) dévoilé récemment explorent les conséquences démographiques, économiques et géostratégiques provoqués par le changement climatique sous la forme de romans graphiques.

L'un envisage la population mondiales divisée entre ceux qui ont un pied à terre et des apatrides contraints de vivre sur des villes flottantes qui pour survivre attaquent les bases terriennes, notamment Kourou. Comment faire face à ce conflit asymétrique?

La piraterie côtière mondialisée en 2050, vue par la Red Team Defense
La piraterie côtière mondialisée en 2050, vue par la Red Team Defense © Red Team

Le second scenario explore les conséquences de la montée de la Méditerranée. En redessinant les contours, elle qui provoque la migration de dizaines de millions d'êtres humains et la modification des enjeux géostratégiques. Les conflits maritimes se multiplient et visent les navires commerciaux autonomes. La situation est telle que les Nations unies autorisent ces bateaux à disposer d'armes pilotées par une intelligence artificielle.

Des données "secret défense"

"Nous sommes prisonniers de notre mental quotidien. Pour percer le mur de l'imaginaire, il faut faire appel à des personnes qui pensent en dehors du cadre: les auteurs de science-fiction sont de ceux-là", indique Emmanuel Chiva, directeur de l’AID.

L'imagination va-t-elle trop loin? Pas tant que ça. La Red Team reste maître de ces scénarios, mais s'appuie sur des informations fournis par des experts scientifiques et militaires.

"Construire un monde à la croisée de l’imaginaire et du crédible, où se rencontrent les préoccupations géopolitiques, démographiques, technologiques et environnementales, est essentiel pour scénariser des formes inattendues de conflictualité", estime Virginie Tournay, auteure et membre de la Red Team défense.

Tout pourra être envisagé par ces auteurs de SF? Oui, mais tout ne sera pas dévoilé. Une partie des travaux est classée "secret défense" pour ne pas diffuser des données sensibles et donner des idées aux ennemis aussi bien qu'aux concurrents.

* Jeanne Bregeon, François Schuiten, Hermès, Laurent Genefort, Romain Lucazeau, Capitaine Numericus, Virginie Tournay, DOA, Xavier Dorison et Xavier Mauméjean.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco