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Wall Street rattrapée par la remontée brutale du chômage aux Etats-Unis

Les chiffres sur l'emploi américain ont fait chuté la Bourse de New York vendredi

Les chiffres sur l'emploi américain ont fait chuté la Bourse de New York vendredi - Johannes EISELE - AFP

La Bourse de New York a fini dans le rouge vendredi après un début de séance en dents de scie, les chiffres pires que prévu sur l'emploi américain reléguant au second plan le rebond du pétrole.

Le Dow Jones a perdu 1,69% pour finir à 21.052,53 points tandis que le Nasdaq a reculé de 1,53%, à 7373,08 points, et l'indice élargi S&P 500 de 1,51%, à 2488,61 points. Sur la semaine, le Dow Jones a cédé 2,7%, le Nasdaq 1,7% et le S&P 500 2,1%. Mais les trois indices avaient énormément grimpé la semaine précédente, le Dow Jones enregistrant sa plus forte hausse hebdomadaire depuis 1931.

Les acteurs du marché ont été pris de court ce vendredi par les statistiques officielles sur l'emploi américain, premier reflet des effets dévastateurs de la crise sanitaire qui paralyse une bonne partie de l'économie mondiale depuis plusieurs semaines.

Le taux de chômage, qui était tombé en février à 3,5%, le niveau le plus bas en 50 ans, est brutalement remonté à 4,4%. Quelque 701.000 emplois ont été détruits sur le mois, du jamais vu depuis mars 2009, en pleine crise financière. Et l'addition devrait s'alourdir puisque le rapport n'inclut pas les deux dernières semaines, qui ont vu près de 10 millions de nouveaux demandeurs d'allocations chômage.

"Les chiffres sur les demandes hebdomadaires d'allocations chômage (publiés jeudi) étaient déjà impressionnants. Mais le rapport mensuel sur l'emploi a encore plus surpris le marché car il suggère que les licenciements ont eu lieu encore plus tôt que prévu", remarque Quincy Krosby de Prudential Financial. "La question est désormais d'évaluer la sévérité et l'ampleur de la récession et de savoir si le marché a vraiment déjà pris en compte toutes les mauvaises nouvelles", ajoute-t-elle. "Si ce n'est pas le cas, on pourrait connaître un nouveau mouvement de baisse", prédit la spécialiste.

Le rebond des cours du pétrole

Les indices ont pourtant tenté vendredi en début de séance de faire de la résistance, à la faveur du rebond des cours de l'or noir. 

Le baril de WTI à New York, qui avait chuté en début de semaine à son plus bas niveau depuis 2002, a pris 12% vendredi après s'être envolé de 25% la veille, les investisseurs espérant qu'une réunion prévue lundi de l'Opep aboutisse à une réduction de la production. 

De quoi rassurer un peu de nombreuses entreprises du secteur aux Etats-Unis, premiers producteurs de pétrole au monde, touchées de plein fouet par la chute des cours.

Les marchés mondiaux dans le rouge

Les marchés mondiaux ont dans l'ensemble opté pour la prudence ce vendredi. Paris a terminé en baisse de 1,57%, Francfort de 0,47% et Londres de 1,18%. La Bourse de Milan a lâché 2,67%, tandis que Madrid s'est démarqué, avec une petite hausse de 0,11%.

Le marché du travail américain n'est pas le seul à pâtir de la crise liée à la pandémie, les perspectives économiques n'apparaissant guère plus florissantes en Europe. L'activité du secteur privé dans la zone euro a ainsi chuté en mars à son plus bas niveau historique, selon une deuxième estimation de l'indice PMI composite.

"Ce qui fait à peu près consensus aujourd'hui, c'est que l'on aura une baisse du PIB sur le deuxième trimestre de l'ordre de 20% à 25% entre l'Europe et les Etats-Unis, l'Asie étant dans une situation plus favorable", a estimé Régis Bégué, directeur de la gestion actions chez Lazard Frères Gestion, interrogé par l'AFP.

Sur une base annualisée, cela donne "quelque chose autour de -5% à -6% de croissance, à supposer que l'économie redémarre pendant l'été", a-t-il poursuivi. Or nous n'avons "pas de certitude sur la durée du confinement, ni sur la pente de redémarrage, qui sera probablement lente", pas plus que sur les "inquiétudes que cela va susciter chez le consommateur", a noté Régis Bégué.

"Maintenant, le marché n'est plus dépendant que d'un seul point: c'est la durée du confinement", a-t-il souligné.

Sandrine Serais avec AFP