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Un accord commercial « historique » entre l’UE et le Mercosur

La Commission européenne a annoncé un accord « historique » avec les pays du Mercosur.

La Commission européenne a annoncé un accord « historique » avec les pays du Mercosur. - Emmanuel DUNAND / AFP

Européens et Sud-Américains mettent fin à vingt ans de négociations. L’UE et les pays du Mercosur ont ouvert vendredi soir la voie à un vaste accord de libre-échange qui touchera près de 770 millions de consommateurs.

L’Europe pose le pied en Amérique latine. Après vingt années de négociations, l’Union européenne et les pays du Mercosur ont annoncé vendredi soir s'être entendus sur un vaste traité de libre-échange, touchant près de 770 millions de consommateurs. « Je mesure mes paroles avec soin car c'est un accord réellement historique », a réagi le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, depuis le Japon où il participait au sommet du G20. L’organisation économique sud-américaine regroupe le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay.

Une union face au courant protectionniste ? La conclusion de cet accord commercial envoie « un réel message en soutien à un commerce ouvert, équitable, durable », a soutenu le chef de l’exécutif européen, qui estime que « cela montre que dans ces temps turbulents [...], des compromis peuvent être trouvés ». Le président argentin Mauricio Macri a lui aussi salué un « jour historique », tandis que le Brésil se félicitait de l'engagement des deux blocs, à une époque « de tensions et d'incertitudes dans le commerce international, en faveur de l'ouverture économique ».

Dans un contexte mondial déstabilisé par la politique commerciale offensive du président américain, les négociateurs étaient entrés mercredi soir à Bruxelles dans la dernière ligne droite des discussions, pour s’entendre enfin sur ce texte attendu depuis vingt ans. L’accord UE-Mercosur permettra notamment d'éliminer de nombreux droits de douane entre les deux parties au niveau industriel et agricole, mais concerne aussi les services, les marchés publics, les obstacles techniques au commerce, les mesures sanitaires et phytosanitaires et la propriété intellectuelle.

Un quart du PIB mondial

Ensemble, les pays de l’Union européenne et du Mercosur représentent un quart du PIB mondial, soit 18.000 milliards d'euros. C’est l’un des accords les plus vastes jamais conclus par les Vingt-Huit : les deux blocs ont échangé en 2018 pour près de 88 milliards d'euros de marchandises, essentiellement des exportations de produits agricoles côté sud-américain, et des produits industriels et pharmaceutiques côté européen. Le compromis négocié par la Commission doit maintenant être approuvé par tous les Etats membres, puis par le Parlement européen.

Les Sud-Américains ont ainsi obtenu un accès accru au marché européen pour leur production agricole, en particulier la viande de bœuf. En contrepartie, les Européens ont négocié l'ouverture de leur secteur automobile, les droits élevés du Mercosur sur les voitures (35%) et les pièces détachés (jusqu'à 18%) devant à terme être éliminés. Bruxelles a par ailleurs obtenu des dernières avancées du côté du Mercosur en matière d'indications géographiques : 357 seront finalement protégées.

Un accord loin de satisfaire les agriculteurs européens qui n'ont cessé de protester ces derniers mois contre ces discussions. Le compromis comporte « certains défis pour les agriculteurs européens et la Commission européenne sera à leur disposition pour les aider », a reconnu le commissaire à l'Agriculture, Phil Hogan, qui leur promet « une aide financière » jusqu'à un milliard d'euros « en cas de perturbation du marché ».

« Inacceptable » pour les agriculteurs européens

« Pour que cet accord soit gagnant-gagnant, nous ne nous ouvrirons aux produits agricoles du Mercosur qu'avec des quotas soigneusement gérés qui garantiront qu'aucun produit ne risque d'inonder le marché européen », a poursuivi le commissaire. L'accord permettra au Mercosur d'exporter 99.000 tonnes de viande bovine en Europe sans droit de douane chaque année. « Inacceptable », a rapidement réagi la patronne du premier syndicat agricole français FNSEA, Christiane Lambert, qui évoque « une concurrence déloyale » pour les agriculteurs européens.

Dans une lettre ouverte, plus de 300 ONG européennes et sud-américaines, dont Greenpeace, ont par ailleurs exprimées leurs craintes concernant l’environnement et les droits humains. Ces organisations, qui s’étaient pour certaines déjà opposées aux précédentes négociations commerciales de l'UE avec les Etats-Unis ou le Canada, condamnent notamment « la détérioration des droits humains et de la situation écologique au Brésil » depuis l'investiture en janvier du président d'extrême droite, Jair Bolsonaro.

La rédaction