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Stiglitz fustige la politique de relocalisations de Trump

Joseph Stiglitz considère que la politique de relocalisations de Donald Trump est vouée à l'échec

Joseph Stiglitz considère que la politique de relocalisations de Donald Trump est vouée à l'échec - Joshua Lott - Getty Images - AFP

Le prix Nobel d'économie 2001 affirme dans un entretien au Monde que le nouveau président des États-Unis fait fausse route en choisissant la voie du protectionnisme.

Joseph Stiglitz multiplie les avertissements contre la politique économique de Donald Trump. Le dernier en date, ce jeudi 2 février, dans un entretien accordé au Monde par le prix Nobel d'Économie 2001.

L'économiste expose une nouvelle fois ses craintes. "Le programme de Donald Trump risque d’enclencher un cercle vicieux", lance-t-il.

"En réduisant les impôts pour les plus riches, il va creuser le déficit. Ce déficit devra être financé par l’entrée de capitaux étrangers, ce qui fera mécaniquement monter le dollar, tout comme les restrictions au commerce qu’il veut imposer. Or, le dollar fort va pénaliser durement le secteur industriel exportateur", explique-t-il.

Il "sauvera peut-être quelques centaines de jobs en convainquant des usines de ne pas délocaliser, mais cela ne compensera pas les emplois ainsi perdus", enchaîne-t-il.

La compétitivité américaine menacée

Plus loin, Joseph Stiglitz remet également en cause la politique de relocalisations du nouveau président des États-Unis. "Trump assure qu’il créera des emplois dans le secteur en taxant les importations d’automobiles ou pièces détachées venant du Mexique. Il ne semble pas comprendre que sans ces pièces importées à bas coûts, les véhicules produits aux États-Unis coûteront plus cher!", s'exclame-t-il. "L’industrie américaine ne restera compétitive que si elle continue de prendre part à la chaîne d’approvisionnement mondiale. En outre, il ne faut pas se leurrer. Les emplois industriels ainsi conservés seraient en compétition directe avec ceux des pays à bas coûts, ce qui tirera les salaires vers le bas" estime Joseph Stiglitz.

Le grand plan d'investissement de plus de 500 milliards de dollars que prévoit l'ex-homme d'affaires risque lui aussi d'échouer. "Il n’est pas impossible qu’une fois les réductions d’impôts pour les plus riches votées, les Républicains se divisent au Congrès et que le plan de relance s’arrête là", prévient tout d'abord l'économiste.

"Mais même s’il est mis en œuvre, il n’est pas certain qu’il contribue à l’activité. Les Républicains vont se confronter au même problème que Barack Obama à son arrivée: il faut au moins trois ans pour engager des projets d’infrastructures ambitieux, le temps d’acquérir les terrains, monter les plans, etc..", conclut Joseph Stiglitz.

J.M.