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Sommet européen : la question Juncker et la brouille franco-allemande

Le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker va devoir laisser sa place à la tête de la Commission européenne

Le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker va devoir laisser sa place à la tête de la Commission européenne - Eric Vidal - AFP

Les tensions entre Paris et Berlin risquent bien de compliquer le processus de nomination du prochain patron de la toute-puissante Commission.

C’est dans un climat tendu que s’ouvre à Bruxelles le sommet des dirigeants de l’Union européenne. Alors que le contexte économique est de plus en plus inquiétant, la question de la nomination du prochain président de la Commission afin de remplacer Jean-Claude Juncker dont le mandat s’achève le 1er novembre risque de cristalliser toutes les tensions, notamment entre la France et l’Allemagne.

« Je suis prudemment optimiste », a avoué mercredi le président du Conseil Donald Tusk, mandaté pour trouver un accord entre les chefs d'Etats et le Parlement, à la suite des élections européennes.

Les trois prétendants choisis par les familles politiques, l'Allemand Manfred Weber pour le Parti Populaire Européen, le Néerlandais Frans Timmermans pour les Socialistes et la Danoise Margrethe Vestager pour les Libéraux, ne sont pas parvenus à trouver une majorité au Parlement européen sur leur nom.

L'élu doit en effet obtenir le soutien de 21 des 28 dirigeants européens et rallier une majorité d'au moins 376 voix au Parlement.

La France ne veut pas du candidat allemand

« Ce n'est pas facile, car la situation politique au sein de l'Union européenne est complexe et nous avons besoin d'un accord avec le Parlement », a reconnu mardi le ministre allemand des Affaires européennes Michael Roth lors d'une réunion avec ses homologues à Luxembourg.

« Un accord entre la France et l'Allemagne est impératif pour débloquer la situation », mais « Angela Merkel n'est pas dans une situation facile sur le plan intérieur », ont confié à l'AFP deux diplomates de haut rang sous couvert de l'anonymat.

La prise de décision est compliquée par les mauvaises relations entre le président français Emmanuel Macron et la Chancelière allemande Angela Merkel, opposés sur les candidats en lice, souligne un diplomate de haut rang.

Angela Merkel soutient la revendication du Parti Populaire Européen d'obtenir le poste et défend son candidat, le Bavarois Manfred Weber, 46 ans, élu comme leur "spitzenkadidat" (tête de liste) par les partis du PPE lors d'un congrès à Helsinki avant les Européennes.

Mais Emmanuel Macron bloque sa désignation. Il considère que Manfred Weber n'a ni l'expérience ni l'autorité requises pour diriger l'exécutif bruxellois.

Il lui reproche également sa conception des rapports entre les institutions de l'UE, car elle rend la Commission dépendante du Parlement européen, explique-t-on à Paris. Une dizaine d'Etats membres partagent les objections du président Macron, selon une source française.

Partage des pouvoirs

« Si la France bloque la candidature de Manfred Weber, Angela Merkel ne pourra jamais accepter la désignation d'un Français pour la Commission », ont averti les responsables du PPE, douchant les espoirs de Michel Barnier, pourtant membre du PPE et perçu comme un recours.

Les dirigeants européens cherchent une parade, mais aucun des deux autres spitzenkadidat, Frans Timmermans et la Danoise Margrethe Vestager pour la famille Libérale, ne fait pour l'instant consensus, ont expliqué plusieurs diplomates à Bruxelles.

La brouille franco-allemande a été surmontée, nuance pourtant un diplomate. Maintenant, « nous savons ce que les Français veulent réellement », a confirmé une source gouvernementale allemande.

Il faut souligner que l'accord sur la présidence de la Commission européenne conditionne toutes les autres nominations. « S'il n'y a pas d'accord sur le président de la Commission, il n'y aura pas d'accord du tout », a expliqué un vieux routier du Parlement européen.

Les autres postes sont la présidence du Parlement, celle du Conseil, le chef de la diplomatie et la présidence de la Banque Centrale Européenne. 

Les Libéraux veulent la présidence du Conseil européen et les Socialistes obtiendraient le poste de chef de la diplomatie européenne et se partageraient les cinq années du mandat de présidence du Parlement avec les Verts, à raison de deux ans et demi chacun.

Mais « ça peut encore bouger », a averti un responsable européen. Restent à trouver les noms pour chacune des fonctions. L'accord doit respecter des exigences de parité et d'équilibres géographiques. Donald Tusk s'est engagé à faire nommer deux femmes.

la rédaction