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Sanctions contre l'Iran : Et si les Etats-Unis faisaient un geste ?

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- - AFP

Les Etats-Unis paraissent disposés à alléger en partie leur dispositif de sanctions contre l’Iran.

L’administration Trump agit manifestement sous la contrainte d’un marché qui a toujours beaucoup de mal à croire que l’Asie puisse se passer du pétrole iranien. Les Etats-Unis sont en discussion avec certains pays clients de l’Iran afin de leur octroyer des exemptions. Deux sources proches du dossier l’affirment à l’agence Bloomberg. Il reste moins d’un mois pour conclure.

A Washington, on fait valoir que les dérogations iraient à ceux qui ont montré de la bonne volonté, pour avoir déjà réduit leurs importations en provenance d’Iran. Autrement dit, si vous achetez moins avant, vous pourrez acheter plus après.Si ces exemptions américaines sont validées, elles apporteraient un certain relief au propos, lundi, du ministre iranien du Pétrole. Bijan Zangeneh soutient que le marché n’accorde aucun crédit aux prétentions de l’Arabie Saoudite de compenser les pertes iraniennes : « Des vantardises ».

De toute façon, l’épreuve de vérité est proche. Les spécialistes ont pris connaissance des derniers volumes d’exportations de l’Iran, en chute libre. Durant les sept premiers jours du mois, ils ont été ramenés à 1,1 million de barils-jour, soit 500 000 de moins qu’en septembre, déjà en net retrait. Plus un seul navire ne se dirige vers l’Europe et il y en a moins vers la Chine et l’Inde.

La clé se trouve en Inde

Le gouvernement de Narendra Modi agit, dans ce dossier, en force motrice. En position d’allié désormais stratégique des Etats-Unis dans « l’espace indo-pacifique » mais résolument attaché à sa politique traditionnelle d’autonomie, New Delhi tient un rôle essentiel. Ces dernières heures, différents officiels indiens ont fait part de leur optimisme quant à un compromis avec Washington, dès lors que les Indiens ont significativement réduit leurs acquisitions de pétrole iranien bien avant la date limite fixée par les Américains au 4 novembre.

Toutefois, pas question d’apparaître comme soumis à leurs directives. Selon une source industrielle, l’Inde s’est engagée auprès de l’Iran à lui prendre 9 millions de barils de brut le mois prochain. Deux raffineurs publics ont passé commande, possiblement en roupie, une modalité de paiement en négociation. Sentence du ministre indien du pétrole : « Nous serons guidés par notre intérêt national. »

Approche chinoise

Vu de Pékin, dans la longue série de contentieux avec les Etats-Unis, celui du pétrole iranien a jusqu’ici semblé secondaire. Cependant, il pourrait finir par arriver sur le dessus de la pile, car autant une dérogation américaine est concevable pour l’Inde, autant elle reste difficile à envisager avec la Chine, aussi parce que les Chinois disposent des moyens techniques de contourner l’obstacle.

Un diplomate américain qui a contribué à élaborer un précédent train de sanctions contre Téhéran explique que la Chine a des « tonnes » de raffineurs de petite ou moyenne taille, de ce fait sans exposition au risque mondial de bannissement par Washington. Ils ne se priveront pas de la ressource iranienne, puisque le vendeur sera forcément amené à consentir des rabais. Dans cette configuration, les très grands noms contrôlés par l’Etat chinois, comme Sinopec, pourront continuer, eux, de traiter leurs affaires internationales en dollars, sans encombre.