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PSA/Fiat-Chrysler : le bon moment pour une méga-fusion ?

Carlos Tavares, le patron de PSA.

Carlos Tavares, le patron de PSA. - ERIC PIERMONT / AFP

PSA et Fiat-Chrysler ont bondi en bourse mardi, sur fond de rumeurs de fusion. Un dossier alléchant, mais complexe à mettre en oeuvre.

« Nous avons soutenu dès le départ le projet Opel. Si une autre occasion se présente, ce n'est pas nous qui freinerons. Carlos le sait. » dit Bernard Peugeot, le représentant de la holding familiale. En clair, Carlos Tavares a désormais le feu vert de son actionnaire de référence pour un projet d'alliance. Et d'où que l'on regarde, Fiat-Chrysler reste l'hypothèse la plus citée chez les observateurs.

Déjà parce que le dossier n'est pas nouveau. A de nombreuses reprises ces dernières années, une union des deux géants de l'automobile a été projetée, puis écartée, puis évoquée de nouveau... Ils auront étudié et mis en place des coopérations a plusieurs reprise dans leur histoire (moteurs, utilitaires, etc...), mais aucun vrai projet d'alliance capitalistique ne se sera concrétisé. Pour le moment...

Question de timing

Tout est question de timing, au sein d'une industrie qui est en pleine mutation vers l'automobile du futur, et qui cherche à investir des sommes colossales, tout en essayant de mutualiser l'effort, par le biais d'alliances techniques et d'initiatives communes. Car la majorité des constructeurs est confrontée à des tendances commerciales particulièrement difficiles sur beaucoup de marché.

Ce n'est pas le cas de PSA, qui émerge sans doute comme l'ensemble le plus profitable et le plus dynamique du secteur. Avec des performances et des perspectives parmi les plus porteuses, le groupe se distingue, et son patron Carlos Tavares est sur un petit nuage... Fort de sa réussite à la tête du groupe et de l'ampleur qu'il a prise en tant que patron des patrons de l'automobile européenne.

Course à la taille

Et quand au Salon de Genève on lui demande si l'hypothèse d'une union avec Fiat-Chrysler se précise, il déclare « tout est ouvert, si on gagne de l’argent, on peut rester maître de son avenir, on peut rêver de tout »... Avant de prendre le soin de préciser que « Nous ne sommes pas à la recherche active d'un partenaire en ce moment ». 

Un appel du pied qui a fait renaître le scénario d'une alliance. Déjà pour des questions de taille. D'une capitalisation boursière (autour des 20 milliards d'euros) et des ventes annuelles de véhicules (autour des 4 millions) équivalentes, un nouveau groupe unifié pourrait rapidement rejoindre le trio de tête Renault-Nissan-Mitsubishi / Toyota / Volkswagen, qui vendent chacun un peu plus de 10 millions de voitures par an.

Internationalisation ciblée

Mais l'enjeu principal pour PSA serait une conquête facile et rapide du marché américain. Et Carlos Tavares ne l'a pas caché non plus, il nourrit des ambitions pour son groupe aux Etats-Unis, où un retour est prévu à horizon 2026. Les possibilités d'internationalisation ciblées sont une priorité pour PSA, notamment face au retournement de cycle qui pourrait toucher le marché européen. Le retour d'Opel en Russie, annoncé dernièrement, est sans doute un premier pas significatif de ce point de vue.

Une conquête de l'Amérique par le biais d'une union avec Fiat-Chrysler serait une solution rapide, efficace, pour profiter de perspectives de croissance toujours excellentes notamment sur le secteur des SUV et des Pick-Up. Le groupe réalise 65% de ses revenus nets sur le continent américain désormais.

L'Amérique et Jeep moteurs principaux

D'autant que le véritable moteur de croissance de la galaxie Fiat-Chrysler s'appelle désormais Jeep. La marque américaine représente à elle seule plus du tiers des ventes du groupe (plus que Fiat désormais), avec une progression impressionnante notamment en Europe, depuis qu'elle est aussi fabriquée en Italie (+50% rien que sur 2018). Preuve de l'importance croissante de Jeep au sein du groupe, c'est l'ancien patron de la marque, Michael Manley, qui a pris les commandes de Fiat Chrysler après le décès soudain de Sergio Marchionne. 

C'est donc la puissante identité américaine de Fiat-Chrysler qui pourrait devenir l'actif le plus intéressant pour PSA. Mais l'opération ne serait pas sans risque... Et particulièrement si l'on regarde la partie européenne de Fiat-Chrysler, qui n'est pas au mieux, avec des ventes en baisse de 2,3% sur 2018. Et particulièrement la marque Fiat, qui est sortie du « Top 10 » des ventes européennes par marque, avec une baisse de 8,8% en Europe, et même -20% en Italie.

Une bonne affaire pour Fiat-Chrysler ?

Fiat souffre d'une gamme au succès inégal, écartelée entre le succès impressionnant de la Fiat 500, mais des difficultés sur les autres segments, et en particulier peu de réussite dans le domaine très porteur des SUV. Et le renouvellement des modèles semble prendre du temps.

Un gros coup sur Fiat-Chrysler de la part de PSA signifierait donc aussi un gros chantier de rénovation et de marketing. Un obstacle de nature à y réfléchir à deux fois, surtout dans une conjoncture aussi incertaine. Autre obstacle, la famille historique aux commandes de Fiat, les Agnelli, ne semble pas pour le moment en faveur de négociations pour une alliance.

Mais l'impressionnante réussite de Carlos Tavares aux commandes de PSA et le redressement spectaculaire d'Opel, pourrait finalement constituer une option intéressante pour les Agnelli, afin de redynamiser radicalement Fiat-Chrysler, toujours en manque de vrai leadership depuis la mort de Sergio Marchionne. Une double-bonne affaire pour les 2 constructeurs.