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Pourquoi la gigantesque dette du Japon n’inquiète personne

Shinzo Abe veut privilégier les mesures de relance plutôt que l'austérité.

Shinzo Abe veut privilégier les mesures de relance plutôt que l'austérité. - Yoshikazu Tsuno - AFP

Alors qu’elle atteint plus de 200% du PIB du pays - soit bien plus que la Grèce - la dette japonaise ne provoque pas d’inquiétude particulière. Le tout grâce, notamment, à une épargne exceptionnelle. Mais la situation s’avère être à double tranchant. Explications.

Deux poids deux mesures ? Alors que la Grèce a dû payer le prix fort pour obtenir un nouveau prêt de la part de ses créanciers, le Japon, lui, continue tranquillement d’alourdir sa dette. Et personne dans le pays - ni parmi ses partenaires - ne semble s’en soucier. Pourtant, celle-ci atteint plus d'un million de milliards de yens (plus de 7.400 milliards d'euros), soit plus de 200% du produit intérieur brut (PIB). Un niveau jamais atteint par la Grèce.

Mais le Japon ne frôle pas, loin de là, le défaut de paiement. Il ne doit pas d'argent à une quelconque organisation mondiale, et est même un des plus importants contributeurs du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.

D'importants actifs à l'étranger

Principale raison: les autorités peuvent s'appuyer sur une exceptionnelle épargne nippone. La dette est en effet, à plus de 90%, détenue par des investisseurs japonais, en particulier par la Banque du Japon (BoJ) qui a lancé en avril 2014 un vaste programme de rachat d'actifs, au premier rang desquels des obligations d'Etat.

En outre, le fait de ne pas appartenir à une union monétaire comme la zone euro accorde une marge de manœuvre plus grande aux autorités japonaises, qui peuvent par exemple acheter des obligations sur le marché secondaire.

Autre élément de nature à rassurer les investisseurs, les importants placements nippons à l'étranger. "Le montant net des investissements japonais s'élevait à 367.000 milliards de yens fin 2014 (2.530 milliards d'euros au cours de l'époque), faisant du Japon le premier créancier mondial (devant la Chine) et ce depuis 24 ans", relève Harumi Taguchi, du cabinet IHS.

La relance plutôt que l'austérité

Malgré la déflation qui le hante, le Japon demeure une économie puissante - la troisième plus importante de la planète. Doit-il pour autant ignorer l'explosion de sa dette, héritage des plans de soutien massifs lancés par le gouvernement après l'éclatement d'une bulle financière au début des années 1990 ? Depuis son arrivée au pouvoir fin 2012, le gouvernement de Shinzo Abe a pris plusieurs mesures de relance: il a à lui seul dépensé des dizaines de milliards d'euros pour financer des travaux publics (reconstruction du nord-est, prévention des désastres) ou dynamiser la consommation via par exemple des bons d'achats et de voyage.

En 1992, le Japon dégageait un excédent budgétaire, et sa dette publique représentait moins de 70% du PIB. Mais 22 années de déficits (1993-2014) ont porté sa dette à un niveau inédit dans les annales de l'OCDE. Inacceptable pour les agences de notation et organisations internationales, qui lancent régulièrement des avertissements aux autorités nippones. Signe de leur agacement face au peu d'efforts, à leurs yeux, du gouvernement pour assainir les finances, Fitch et Moody's ont ainsi dégradé il y a peu d'un cran la note souveraine du pays, désormais loin de la prestigieuse note "AAA" perdue en 1998.

Une société vieillissante

La situation est d'autant plus inquiétante que le Japon fait face à des dépenses sociales élevées dans une société qui vieillit à grande vitesse. Selon l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), la part de celles-ci a doublé, de 12% du PIB en 1990 à 24% en 2013. "Vu le niveau sans précédent de sa dette publique, le Japon pourrait subir une perte de confiance dans la viabilité de ses finances", prévient Randall Jones, spécialiste de l'OCDE sur le Japon, interrogé par l'AFP. "Un tel scénario aurait des répercussions conséquentes sur le reste du monde, étant donné la taille de l'économie nippone et son vaste stock d'actifs étrangers", pronostique-t-il. Quitte ou double, donc, pour Shinzo Abe et les Japonais.

Y.D. avec AFP