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Pourquoi la Chine fait un pont d’or aux ingénieurs de Taïwan

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La Chine a principalement visé ceux qui travaillent dans le secteur le plus important de l’île : les semi-conducteurs.

Salaires importants, promotions, logements de fonction subventionnés et billets d’avion afin de pouvoir retourner dans l’île pratiquement chaque mois… Grâce à ce traitement sans commune mesure, la Chine attire de plus en plus d'ingénieurs taïwanais. Un cabinet spécialisé de chasseurs de têtes à Taipeh a évalué à plus de 300 le nombre d’ingénieurs expérimentés dans les semi-conducteurs qui, depuis le début de l’année, ont quitté le pays pour la Chine.

Et le mouvement s’accélère : ils rejoignent le millier de professionnels taïwanais très hautement qualifiés installés à partir de 2014. Un responsable de ce cabinet a expliqué que beaucoup de ceux qui se laissent tenter se disent : « en 3 années, je vais gagner sur le continent ce que je mettrai 10 ans à obtenir chez moi…e quoi me permettre alors de partir à la retraite plus tôt ».

L’agence Reuters rapporte le cas d’un vétéran du spécialiste des circuits intégrés UMC parti prendre la tête d’une équipe d’un nouveau concurrent dans l’est de la chine. UMC, c’est historiquement la première entreprise de semi-conducteurs créée à Taïwan, issue en 1980 d’un institut public de recherche technologique.

Objectif : affaiblir Taïwan ? 

Tenter de façon méthodique de récupérer les meilleures compétences de sa principale industrie répond forcément, aussi, à un dessein politique. Un ministre taiwanais juge que ce ne sont pas des entreprises mais le parti communiste chinois qui « braconne nos talents ». Les semi-conducteurs donnent à l’île le quart de son PIB. la micro-électronique représente même un outil de dissuasion internationale, car sans composants taïwanais, difficile d’assembler un téléviseur, un ordinateur ou bien un smartphone.

D’après le département américain du commerce, près d’un quart de la production mondiale de semi-conducteurs reste contrôlée par Taïwan. Une experte de ce ministère souligne que les entreprises taïwanaises améliorent toujours leur expertise, stimulée par de gigantesques projets autour d’une propriété intellectuelle de dimension stratégique mondiale. Mais à partir de 2016, Taipeh a commencé à redouter que ces recrutements chinois à prix d’or ne conduisent à son affaiblissement.

Une motivation avant tout économique ?

Avec l’offensive commerciale des Etats-Unis, la Chine est confrontée à une certaine vulnérabilité technologique. Washington a, par exemple, décidé de priver l’équipementier chinois ZTE de puces américaines.

Et les affaires seront rendues plus difficiles à mener pour les fabricants chinois de semi-conducteurs, dès lors que leur production est maintenant frappée d’une surtaxe douanière américaine. Autre paramètre essentiel, d’après les analystes du secteur, l’écart technologique avec Taïwan demeure trop grand pour que Pékin puisse espérer à moyen terme l’auto-suffisance.

Alors, Pékin a décidé d’investir davantage encore dans son plan de rattrapage initié il y a 4 ans. Le n°1 taïwanais TSMC craint, de ce fait, une accélération de la fuite de ses cerveaux. Cependant, le débauchage de quelques milliers de profils, même d’un niveau exceptionnel, risque de ne pas suffire à la Chine. Dans sa planification, l’Etat chinois estime qu’il faudrait encore 320 000 recrutements d’ici a 2020.

Benaouda ABDEDDAIM