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Pourquoi de plus en plus de Grecs renoncent à leur héritage

La ville d'Athènes

La ville d'Athènes - Public Domain -CC

Plus de 50.000 Grecs ont refusé en 2016 de récupérer des propriétés laissées par un parent décédé, soit deux fois plus qu'en 2013. Dans un pays où le chômage dépasse les 20%, les Grecs n'ont pas les moyens de payer les taxes foncières et de faire face à l'endettement de leurs aïeuls.

En Grèce, hériter d'une maison ou d'un appartement peut s'avérer être un véritable cadeau empoisonné. "Un héritage immobilier peut très bien être une malédiction au lieu d'une bénédiction", explique au Spiegel le courtier grec Dimitris Vogiatzis.

Les Grecs sont ainsi de plus en plus nombreux à refuser une propriété immobilière que leur lègue un proche décédé. Selon des chiffres communiqués mercredi 15 mars par le ministre de la Justice Stavros Kontonis, en 2016, 54.422 Grecs avaient ainsi refusé un héritage immobilier, soit près du double de 2013 (29.200). Ces chiffres sont d'autant plus frappants que l'on comptabilise environ 120.000 décès chaque année en Grèce, sachant que le taux de propriété est d'environ 75% selon Eurostat.

"Une fardeau financier"

Pourquoi les Grecs renoncent-ils à cet héritage? Tout simplement parce qu'ils n'ont pas les moyens d'assumer ces maisons. Plus concrètement, les héritiers grecs voient surtout dans l'héritage d'une propriété immobilière l'inconvénient de devoir payer une taxe foncière, introduite en 2013 par le gouvernement, ainsi que le legs de l'endettement immobilier de leurs proches, qu'ils ne peuvent pas assumer.

Dans un pays où l'économie reste sous perfusion de l'aide européenne et où le taux de chômage dépasse les 23%, le plus élevé de l'Union européenne, les héritiers n'ont souvent pas suffisamment de revenus pour faire face à ces dépenses. "Des personnes vont perdre leur maison familiale car si le père ou la mère avait des dettes, l'enfant peut très bien être au chômage et être incapable de supporter ce poids financier", déplore ainsi Giorgos Voukelatos, un avocat cité par le New York Times. "Nous arrivons dans une nouvelle ère: alors que les parents veulent laisser à leurs enfants un toit sous lequel vivre, les enfants disent 'je ne veux pas de ce fardeau'", abonde Poppy Kakaidi, autre avocat cité par le New York Times.

D'après le journal grec Kathimerini cité par le journal chypriote Famagusta Gazette, plus de 300.000 emprunteurs (3% de la population grecque ou l'équivalent de la population de Nantes) n'arrivent pas à payer leurs échéances au point de voir leurs biens saisis par la justice. Plus largement, le taux de créances douteuses (prêts sur lesquels le risque de non remboursement total ou partiel est élevé) est vertigineux: plus de 31% (contre environ 4% en France par exemple).

Effondrement de l'immobilier

La situation économique est tellement difficile que selon une association de locataires grecs citée par le Spiegel, de nombreux propriétaires ont déjà été obligés de baisser leurs loyers pour ne pas asphyxier leurs locataires. "Certains sont déjà bien contents lorsqu'ils peuvent payer la facture d'eau et d'électricité", écrit le journal allemand.

Par ailleurs, les héritiers n'ont pas envie de prendre des risques pour récupérer un bien dont la valeur s'est en fait effondrée. En parallèle d'une situation économique délétère et d'incertitudes politiques fortes, les investisseurs ont déserté le pays hellénique. Selon un rapport de la Banque de Grèce, les prix de l'immobilier commercial et résidentiel ont dégringolé de plus de 40% depuis 2008. Le nombre de nouvelles constructions a été divisé par 20 entre 2007 et 2016.

Julien Marion