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Oubliez Gates et Bezos, voici les 10 milliardaires les plus riches de l'Histoire

De Rockefeller à Carnegie en passant par Ford, Gates ou même Bezos, voilà comment les dix plus grandes fortunes de l'Histoire moderne ont amassé leur immense fortune.

Même si Jeff Bezos est parvenu jeudi à le détrôner (pendant quelques heures), Bill Gates peut s'enorgueillir d'avoir dominé le classement mondial des grandes fortunes pendant plus de 20 ans, et quasiment sans interruption. Et si le PDG d'Amazon lui dispute désormais son titre, c'est aussi parce que le fondateur de Microsoft s'est volontairement délesté d'une partie de ses actifs. En 1999, en pleine bulle internet, Microsoft avait atteint un record de capitalisation et la fortune de son fondateur avait alors grimpé à 101 milliards de dollars de l'époque, soit l'équivalent de 147 milliards de dollars aujourd'hui, bien plus donc que les 90,6 milliards de Jeff Bezos aujourd'hui.

De quoi faire de lui la personne la plus riche de l'Histoire? C'est la question que s'est posée Time Magazine il y a quelques temps. Et en reprenant les travaux d'un groupe d'économistes sur la comparaison de la richesse à travers le temps, a tenté de dresser un classement des plus grandes fortunes de l'Histoire. 

L'empereur du Mali, l'homme le plus riche de l'Histoire?

La difficulté dans ce type de classement est de comparer des choses qui ne sont guère comparables. La création de richesse peut en effet se mesurer en consommation énergétique (alimentation et utilisation de technologies). Or celle-ci a explosé avec la révolution industrielle. De 10.000 kcal en moyenne par jour et par personne au moment de l'invention de l'agriculture, cette consommation énergétique est montée à 30.000 au plus fort de la prospérité antique avant de quasiment stagner jusqu'à la révolution industrielle. Or depuis elle a explosé. Aujourd'hui un Américain moyen a une consommation de 230.000 kcal par jour. En théorie donc, un étudiant boursier occidental actuel qui utilise son smartphone, va faire ses courses en voiture et finit la soirée au McDo va consommer plus d'énergie qu'un empereur romain. "En gros nous sommes tous riches, explique dans Time Ian Morris, professeur d'Histoire à l'Université Stanford. Mais c'est parce que nos vies sont très différentes de celles des temps anciens."

Pour établir ce classement, il faut donc comparer les grandes fortunes d'antan avec le niveau de développement de leur époque tout en tenant compte de l'inflation pour comparer les patrimoines avec ceux d'aujourd'hui. Et pour se faire une idée du poids des fortunes du passé, le site MeasuringWorth des économistes a opté pour une estimation du poids de ces fortunes individuelles dans le PIB national ou mondial de l'époque. Et si l'on remonte à l'Antiquité, cette mesure donne des résultats surprenants. Ainsi la personne la plus riche de tous le temps serait Mansa Musa, empereur du Mali entre 1312 et 1337, qui possédait l'essentiel des réserves d'or et de sel de la planète à l'époque. Sa fortune incalculable serait de plusieurs milliers de milliards de dollars actuels. Idem pour l'empereur Auguste qui possédait à titre personnel un cinquième de la fortune de l'Empire romain (dont l'Egypte toute entière), ce qui représenterait 4600 milliards de dollars actuels. 

Staline, Kadhafi, ces dictateurs milliardaires

Nous avons choisi d'écarter ces exemples un peu anachroniques pour nous concentrer sur l'ère moderne, soit à partir du début de la révolution industrielle. Nous avons aussi écarté les fortunes monarchiques (souvent confondues avec celles des États) ainsi que celles des grands dictateurs (Staline avait le contrôle personnel de près de 10% du PIB de l'URSS et Mouammar Kadhafi a détourné près de 200 milliards de dollars) pour nous concentrer sur les entrepreneurs, les créateurs de fortunes légales. 

Le résultat est donc ce top 10 dans lequel on retrouve principalement des Américains, neuf sur dix si on tient compte des naturalisations (comme Stephen Girard né à Bordeaux par exemple). Qui sont ces Américains? Tout simplement ceux qui ont "construit" le système économique américain. D'Alexander Stewart, l'inventeur des grands magasins et de la vente à distance à John Rockefeller qui a fondé un empire du pétrole en passant par Cornelius Vanderbilt, le père du rail américain (et des chips!) ou encore Andrew Carnegie qui a fait fortune dans l'acier, tous ont profité du grand boom américain du XIXème siècle où tout était à construire. Et du fait d'une économie moins réglementée, ils ont souvent été à la tête de monopoles gigantesques qui mettront des années à être démantelés. 

Voilà donc les 10 plus grandes fortunes de l'ère moderne:

10. Amancio Ortega (1936), Espagnol: 85,9 milliards de dollars - Commerce et textile

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La plus grande fortune d'Europe actuelle est partie de rien (l'équivalent de 100 dollars selon la légende) lorsqu'il a créé en Espagne à La Corogne son petit atelier de confection textile en 1963. Une fabrique puis des boutiques un peu plus tard et une marque en 1975: Zara. Amancio Ortega détient toujours 59% de son empire textile et sa fortune a atteint un pic en 2016 de 85,9 milliards de dollars. Jamais un entrepreneur européen n'avait atteint de tels sommets. 

9. Jeff Bezos (1964), Américain: 91 milliards de dollars - Commerce et nouvelles technologies

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Lorsqu'il a créé sa petite librairie en ligne en 1994, Jeff Bezos, un ancien financier de Wall Street passionné de nouvelles technologies et fan de Star Trek, espérait au mieux que sa petite entreprise passerait l'année. 23 ans plus tard, Amazon est devenu un empire du commerce et de la high-tech qui vend aussi bien des livres, des casseroles que des couches-culottes ou du stockage en ligne pour les entreprises. Bezos qui possède toujours près de 20% des parts d'Amazon dispose d'une fortune (virtuelle certes) de plus de 80 milliards de dollars. Vu l'évolution du cours d'Amazon depuis un an, il est en passe de ravir à Bill Gates le titre d'homme le plus riche de la planète. Il est en tout cas le plus jeune de ce top 10 des plus riches entrepreneurs des temps modernes.

8. Alexander Turney Stewart (1803-1876), Américain: 90 milliards de dollars - Commerce

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Né en Irlande au début du XIXème siècle, il part à 15 ans pour les États-Unis où l'héritage de son grand-père lui permet d'ouvrir à New York un magasin de tissus irlandais. Pratiquant les prix les plus bas de la ville, son échoppe rencontre un grand succès et ne cesse de grandir. Il crée dans les années 1840 le concept de "department store" (les grands magasins) qui vendent de tout. À sa mort en 1876, il en possède une trentaine dans tout le pays. Il est aussi l'inventeur de la vente à distance. Devant l'afflux de lettres de consommateurs réclamant ses produits, il propose l'envoi postal de produits aux acheteurs des quatre coins du pays.

7. Stephen Girard (1750-1831), Franco-américain: 105 milliards de dollars - Négoce et finance

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Né à Bordeaux dans le quartier des Chartrons en 1750, Étienne Girard s'engage à 13 ans comme marin. Issu d'une famille de négociants, cet homme discret affublé d'une disgrâce (il lui manque un oeil) s'enrichit dans le commerce trans-atlantique et avec la Chine. Il s'installe à Philadelphie en 1876 et prend le nom de Stephen. Très doué pour le négoce, il est à la tête d'une petite fortune qu'il investit en partie dans la First Bank of the United States lorsque celle-ci est privatisée en 1811. Il fonde alors la Girard Bank qui deviendra le principal bailleur de fonds du gouvernement lors de la seconde guerre d'indépendance en 1812. À sa mort, il lègue son immense fortune estimée alors à 1/150ème du PIB américain à des œuvres caritatives de Philadelphie et de La Nouvelle-Orléans.

6. John Jacob Astor IV (1864-1912), Américain: 121 milliards de dollars - Immobilier 

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L'héritier de l'empire Astor. Fondé par son ancêtre John Jacob Astor premier du nom, un Allemand qui a fait fortune en Amérique dans le commerce de la fourrure, de l'opium et dans l'immobilier, John Astor IV fera fructifier l'empire avec l'édification notamment de l'Astoria Hotel à New York qui sera fusionné au Waldorf voisin pour donner naissance au fameux Waldorf-Astoria. Très créatif, John Jacob Astor est aussi connu pour être un inventeur (il dépose des brevets pour des turbines à vapeur, des freins de bicyclette ou des pneumatiques) et écrivain d'un roman de science-fiction sur le monde qu'il imagine en 2088. Sa mort est restée célèbre puisqu'il meurt en 1912 de retour de lune de miel avec sa deuxième épouse sur le Titanic.

5. Bill Gates (1955), Américain: 147 milliards de dollars (en 1999) - Informatique

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Un génie informatique, un talent pour le commerce et un coup de chance extraordinaire. Voilà comment expliquer la fortune de Bill Gates. S'il invente avec brio avec Paul Allen le premier langage de programmation pour un micro-ordinateur commercial en 1975 (l'Altair BASIC), c'est en 1980 que sa vie bascule. Il signe un contrat d'exclusivité avec IBM dans lequel la compagnie informatique s'engage à commercialiser un système d'exploitation Microsoft sur chaque IBM PC. Ainsi naît la saga Windows qui fera de Microsoft la plus rentable société de logiciel de la planète et de son fondateur l'homme le plus riche depuis plus de 20 ans. Bill Gates a atteint le sommet de sa fortune en 1999 en pleine bulle internet (101 milliards de dollars à l'époque, soit 147 milliards actuels). Depuis, il consacre une bonne partie de sa fortune à ses activités philanthropiques. 

4. Cornelius Vanderbilt (1794-1877), Américain: 185 milliards de dollars - Chemin de fer

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Avec les Astor, les Carnegie, les Rockefeller, les Vanderbilt constituent une des grandes dynasties de l'aristocratie financière américaine. Issu d'une vieille famille d'immigrés néerlandais, Cornelius Vanderbilt est l'archétype du self-made-man à l'américaine. Il arrête l'école à 11 ans pour travailler avec son père qui possède un petit ferry à New York et avec l'argent gagné fonde sa propre compagnie. Surnommé le commodore, il a un grand succès avec ses bateaux. Mais comprenant que le chemin de fer est l'avenir du pays, il vend ses navires pour investir dans le rail. Il rachète la compagnie New York Central Railroad et réussit avec astuce et roublardise à racheter nombre des ses concurrents. Il devient alors le grand maître du transport de marchandises et de personnes aux États-Unis. Il créé la fameuse gare Grand Central à New York en 1871, symbole de sa puissance. La légende fait aussi de lui l'inventeur... de la chips. Agacé par l'épaisseur des frites de son restaurant préféré, il réclame au chef cuisinier américain George Crum de les faire les plus fines possible. Ainsi est née la chips en 1853. Mais Vanderbilt n'a pas déposé le brevet.

3. Henry Ford (1863-1947), Américain: 200 milliards de dollars - Automobile

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Issu d'une modeste famille de fermiers d'origine irlandaise, Henry Ford est un piètre élève à l'école et il n'apprendra d'ailleurs jamais à orthographier ou à lire correctement. Mais ça n'empêchera pas ce passionné de mécanique qui apprend à réparer des montres dès son plus jeune âge de devenir ingénieur chez Edison où il développe un premier véhicule à essence, la Ford Quadricycle. Il fonde donc en 1903 la Ford Motor Company. Si les débuts sont prometteurs, c'est en 1908 que la compagnie automobile explose. Ford conçoit le modèle T, la première voiture abordable et grand public. Au lendemain de la première guerre mondiale, un foyer américain sur deux qui a une voiture possède une Ford T. Il s'en vendra 15 millions au total. Une révolution surtout dans la production avec la mise en place de la standardisation. Ford devient une icône, son groupe automobile un empire. À la fin de sa vie en 1947, sa fortune est estimée à 200 milliards de dollars actuels. 

2. Andrew Carnegie (1835-1919), Américain: plus de 300 milliards de dollars - Acier

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Carnegie, l'homme d'acier. Né en Ecosse en 1835 dans une famille de tisserands, il émigre en 1848 aux États-Unis après que la machine à vapeur a mis à mal la petite entreprise familiale. Il commence donc à travailler dans une petite filature comme ouvrier. Mais ses qualités d'organisation et sa mémoire d'éléphant vont taper dans l'oeil du superintendant des Chemins de fer de Pennsylvanie qui en fait son bras droit. Pressentant que le chemin de fer va faire exploser la demande d'acier en Amérique, il investit dans des aciéries et crée sa propre usine Carnegie Steel à Pittsburgh à proximité des mines de charbon. Grâce à une concentration verticale et une production de masse, il produit l'acier le plus abordable de la planète et rafle tous les contrats de chemin de fer. En 1892, la Carnegie Steel Company est la plus grosse entreprise du monde. En 1901 il vend tout à un groupe de financiers mené par John Pierpont Morgan (le fondateur de JP Morgan) pour la somme colossale pour l'époque de 480 millions de dollars (2,1% du PIB américain de l'époque, l'équivalent de plus de 300 milliards aujourd'hui!). Il démarre alors une carrière de philanthrope et dépense principalement dans l'éducation et la culture (la bibliothèque de Reims notamment en France). Il est considéré comme le père de la philanthropie moderne. 

1. John D. Rockefeller (1839-1937), Américain: 336 milliards de dollars - Pétrole

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Le mythe américain par excellence. Rockefeller est devenu synonyme de riche partout dans le monde. À l'origine de la légende et la dynastie, on retrouve une homme, John Davison Rockefeller, dont le père était marchand itinérant de "médicaments-miracles". Il débute comme simple comptable à Cleveland dans une petite société de transport. Il investit très tôt dans des puits de pétrole mais trouvant l'extraction hasardeuse et préfère se concentrer sur la raffinerie. Il fonde en 1870 la Standard Oil of Ohio qui devient la raffinerie la plus rentable de l'État grâce aux tarifs préférentiels qu'il obtient en mettant la pression sur les compagnies de chemin de fer qui transportent son pétrole. En 1872 il rachète 22 de ses 26 concurrents et crée un quasi monopole de la raffinerie. Son poids est alors tel qu'il dicte sa loi à l'ensemble de la filière et entame une concentration verticale en rachetant des producteurs, des vendeurs au détail, des pipelines et même des fabricants de baril.

Pour contourner la législation américaine qui interdit aux hommes d'affaires d'exercer leur activité en dehors de l'État où se trouve leur domicile, il transforme sa société en trust, une compagnie contrôlée par quelques actionnaires (les Trustees, des hommes de confiance). Ainsi naît la standard Oil Trust qui en 1901 contrôle plus de 90% du pétrole raffiné des États-Unis. Avec l'arrivée de l'automobile, la demande de pétrole explose et la fortune de Rockefeller dépasse le milliard de dollars de l'époque soit entre 300 et 350 milliards de dollars actuels. En 1911, les États-Unis mettent en place la première législation antitrust pour permettre à la concurrence de librement s'exercer. L'empire Standard Oil est fragmenté en une trentaine de firmes dont les mastodontes actuels que sont Exxon, Mobil, Chevron ou encore Esso.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco