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Nissan X-Trail « Made In UK » : les vraies raisons d'un revirement

Si le Brexit a sans doute scellé la décision de ne pas produire l'X-Trail à Sunderland, la chute brutale du diesel aura sans doute motivé industriellement la décision de Nissan.

Si le Brexit a sans doute scellé la décision de ne pas produire l'X-Trail à Sunderland, la chute brutale du diesel aura sans doute motivé industriellement la décision de Nissan. - OLGA MALTSEVA / AFP

Le nouveau SUV Nissan ne sera finalement pas fabriqué au Royaume-Uni. Mais la perspective du Brexit est loin de tout expliquer.

L'ombre du Brexit n'est pas la seule en cause. Certes, les incertitudes lourdes que fait planer ce dossier sur l'ensemble de l'industrie britannique, et particulièrement l'automobile, ont scellé la décision. Mais le revirement de Nissan concernant la fabrication de son X-Trail dans l'usine britannique de Sunderland s'explique aussi par des raisons beaucoup plus stratégiques et industrielles.

Gianluca de Ficchy, patron de Nissan Europe, l'explique en une phrase : « Nous avons pris cette décision pour des raisons économiques, mais l'incertitude persistante autour des futures relations du Royaume-Uni avec l'Union Européenne n'aide pas des entreprises comme la nôtre à planifier l'avenir ». 

Choc social et chaos logistique

Il est vrai que les perspectives liées au Brexit, d'autant plus s'il intervient sans accord, ont déjà provoqué des restructurations très significatives chez la plupart des constructeurs qui fabriquent leurs véhicules sur le territoire britannique. Tata Motors (Jaguar-Land Rover), Toyota, Ford ou BMW ont annoncé ces dernières semaines des mesures de réduction de production et de chômage partiel, face à un marché en baisse déjà marquée (-7% en 2018, -9% en termes de production), et des investissements réduits de moitié sur un an.

Les responsables de Jaguar-Land Rover avaient même averti que dans le pire des cas, il faudrait prévoir plusieurs dizaines de milliers de suppressions de postes liées au Brexit dans le secteur, qui emploie actuellement 850.000 personnes. Sans même compter, dans un premier temps, un véritable chaos logistique rendant impossible toute prévision de production au-delà du 29 mars prochain.

L'impact de la chute du diesel

Nissan avait initialement prévu en 2016 de lancer la production de son X-Trail à Sunderland, où sont par ailleurs produits le best-seller Qashqai et le petit SUV Juke, ainsi que la Leaf électrique et plusieurs modèles de sa gamme de luxe Infiniti. Il est à noter qu'ils continueront à l'être, et qu'aucune modification du plan de production n'est prévue sur les lignes de montage. L'usine emploie 7.000 personnes et fabrique 500.000 voitures par an.

Mais au-delà du dossier Brexit, ce sont sans doute des raisons bien plus tendancielles qui obligent Nissan à prendre cette décision. Car l'industrie automobile britannique a dû affronter, bien avant la menace du Brexit, une crise importante, qui lui a déjà coûté, selon les constructeurs, 5.000 emplois : la chute des ventes de diesel.

Priorités stratégiques

Dans un marché déjà en repli de 7% sur l'année, les ventes de véhicules diesel ont chuté de 30% au Royaume-Uni. Et la tendance reste largement baissière, alors que les réglementations antipollution se sont encore renforcées dans le pays. Le X-Trail est un gros SUV destiné à largement être écoulé en version diesel. Le produire à Sunderland, au Royaume-Uni, pour le vendre sur le marché domestique et aussi en exporter plus de la moitié en Europe (qui connaît les mêmes tendances), devenait une décision bien trop risquée.

Nissan, qui va confier finalement la fabrication de ce véhicule à son usine japonaise de Kyushu, aura sans doute décelé de meilleures opportunités pour son nouveau véhicule sur le marché asiatique, aux réglementations pour le moment moins strictes, et surtout toujours très demandeur de gros 4x4 et SUV. 

La décision de Nissan a beau provoquer l'incompréhension de la classe politique britannique, elle semble se baser aussi sur une forte accélération de la transformation automobile, que le processus du Brexit rend encore un peu plus complexe à gérer pour les constructeurs.