BFM Business

Nissan choisit de révoquer Carlos Ghosn

Nissan évince Carlos Ghosn de la présidence de son directoire, à l'issue du conseil d'administration.

Nissan évince Carlos Ghosn de la présidence de son directoire, à l'issue du conseil d'administration. - Ludovic MARIN / AFP

A l'issue de son conseil d'administration de ce jeudi, le constructeur japonais a décidé à l'unanimité de démettre Carlos Ghosn de ses fonctions de Président.

Un conseil à suspense, à rallonge, mais une décision ferme : les administrateurs de Nissan ont révoqué à l'unanimité leur président Carlos Ghosn, à l'issue de plus de 3 heures de réunion.

Ils ont ainsi suivi la ligne défendue par le PDG du constructeur, Hiroto Saikawa, qui avait décidé dès lundi de proposer son éviction au conseil, au vu des révélations de l'enquête en interne chez Nissan, dont les éléments ont été transmis à la justice japonaise.

Malgré tout, selon un porte-parole de Nissan cité par le Wall Street Journal, Carlos Ghosn et son adjoint Greg Kelly resteront membres du directoire de Nissan, pour éviter la convocation d'une assemblée générale. Un comité d'administrateurs aura pour charge de nommer un nouveau président du directoire.

Poursuite de l'enquête

Les arguments du « Camp Renault » n'ont donc pas porté. Deux administrateurs du constructeur français (actionnaire à hauteur de 44% de Nissan) étaient présents à la réunion. Renault et les pouvoirs publics français souhaitaient, avant de prendre toute décision, obtenir des explications de Carlos Ghosn lui-même et avoir toutes les précisions possibles de la justice japonaise sur les faits qu'on lui reproche. Renault aurait même demandé à Nissan ces dernières heures de reporter sa prise de décision. En vain. 

Au final donc, les administrateurs ont voté la destitution à l'unanimité. Pourquoi les deux administrateurs français ont-ils suivi les Japonais ? L'ont-ils fait parce que les faits apportés par Nissan sont incontestables ? Ou bien tout simplement parce que les accords signés entre Renault et Nissan en 2002 obligent tous les administrateurs à voter dans le même sens ?

A l'Elysée, on reconnaît en tous cas qu'il y a un problème de gouvernance chez Renault et un problème Ghosn. On sent donc bien que l'Etat actionnaire est en train de le lâcher. A Bercy, on renvoie la balle chez Renault. On explique que la rencontre de ce jeudi à Paris entre Bruno Le Maire et son homologue japonais a traité de divers sujets tels le G20 ou l'Exposition universelle... On précise seulement que France et Japon veulent absolument préserver l'Alliance entre Renault et Nissan.

Jusqu'à 10 ans de prison

Accusé de fraude fiscale et d'abus de biens sociaux, Carlos Ghosn est actuellement en garde à vue à Tokyo pour au moins une dizaine de jours, alors que l'enquête de justice se poursuit. 

Le procureur en charge de l'affaire a fait un point rapide alors que commençait le conseil d'administration. Très peu d'informations en ont filtré. Il a assuré que l'enquête se poursuivait, qu'elle s'annonce sans doute longue, et il a refusé de dire si Carlos Ghosn avait reconnu ou non les faits qui lui sont reprochés.

Le procureur n'a d'ailleurs donné aucune précision sur la nature réelle des charges qui pèsent sur Carlos Ghosn, tout juste a-t-il précisé que les faits qui lui sont reprochés sont « très lourds », qu'ils vont bien au-delà d'un simple délit d'initié, par exemple, et qu'il risque 10 ans de prison si jamais ils sont prouvés.